Echo & the Bunnymen : What Are You Going To Do With Your Life ? (1999)  (*** 1990's ***) posté le dimanche 04 juin 2006 18:10

Genre  :  Rock alternatif UK
Note :  **


À l’annonce d’une reformation d’Echo & The Bunnymen, voici deux ans, beaucoup étaient restés sceptiques, tant le groupe mené par l’intarissable Ian McCulloch avait effectué un parcours presque sans faute durant des années 80 qu’il avait marqué du sceau de sa classe, avec comme point d’orgue un album intouchable, le légendaire Ocean Rain. Pourtant, la bonne tenue de l’album Evergreen avait fait taire la plupart des détracteurs et autres esprits chagrins. Qui risquent fort de se réveiller avec la sortie de What Are You Going To Do With Your Life ?. Car rarement on avait entendu le tandem McCulloch-Sergeant aussi peu inspirés — exception faite, bien évidemment, du fourvoiement Electrafixion. Ici, les mid-tempos s’enchaînent sans jamais éveiller la moindre émotion. Pourtant, tous les ingrédients sont réunis : les arrangements touchants de cordes, la voix suave de McCulloch, les arpèges graciles de Will Sergeant et quelques trompettes perdues. Mais, la machine tourne en rond, la magie n’opère pas — ou plus —, tant les protagonistes ne semblent pas vraiment convaincus par les morceaux qu’ils interprètent. Pire, le fragile Get In The Car, seule véritable réussite ici avec, dans une moindre mesure, le très bacharachien When It All Blows Over, laisse entendre qu’on se retrouve en présence d’un groupe qui n’est plus qu’une ombre de lui-même, une image d’autant plus facile que Les Pattinson, bassiste de la première heure, aurait abandonné ses deux compagnons d’aventure. Un constat encore plus difficile à accepter que What Are You Going To Do With Your Life ? est exactement le genre de disque que l’on déteste ne pas adorer. Vous avez dit nostalgie ?

Christophe Basterra dans magic! n°29 d'avril 1999
© 1999 magic. Tous droits réservés.

Le septième album des Bunnymen est en fait le troisième album solo de Ian McCulloch. Et son premier chef-d'œuvre.

On est d'abord saisi d'une légère appréhension en découvrant la pochette où, pour la première fois en vingt ans, Ian McCulloch figure seul. Chez les Hommes Lapins, par les temps qui courent, on a visiblement du plomb dans le râble. Réunis en grande pompe en 97, les voilà de nouveau au bord de la dispersion générale. Le bassiste Les Pattinson, retenu par ses devoirs familiaux, n'a pas souhaité poursuivre la cure de jouvence entreprise il y a deux ans avec le très acclamé Evergreen. Will Sergeant, quant à lui, se voit relégué à un humiliant rôle de potiche, comme si McCulloch avait brutalement décidé de lui faire payer les arriérés de ce malheureux faux pas de 90, l'album Reverberation, où le guitariste usurpa le nom d'Echo & The Bunnymen pour s'emparer des commandes d'un groupe alors moribond.
Bref, le septième album d'Echo est avant tout un album d'ego : dominé, vampirisé, occupé d'une extrémité à l'autre et dans tout son volume par un McCulloch ravi de pouvoir cabotiner comme il l'entend.
Mais contrairement à ses semi-ratages solo précédents (l'attachant mais fluet Candleland et le très bâclé Mysterio), cette fois il a pris soin de chaudement l'entourer, d'assurer à sa voix des arrières confortables sur lesquels elle s'étend, s'entortille, se pâme et se fond comme dans un écrin sur mesure. Jimmy Webb is God, proclamaient il y a de ça quelques mois les malheureux Boo Radleys, ce à quoi plusieurs chansons des Bunnymen se chargent ici de faire écho, à commencer par Rust, single de rêve, littéralement emporté par une rivière de cordes dont Big Jim aurait pu de son divin doigté border le lit.
Pas de sortie en mer agitée façon Ocean rain cette fois : McCulloch, au bord de la quarantaine, préfère désormais aux affrontements houleux le calme mélancolique des décors d'eau douce et des feuillages tremblants, les violons replets aux pizzicati cinglants, un amical soleil semi-couchant et à une pleine lune tueuse. What are you going to do with your life? devrait logiquement s'attirer les foudres de tous ceux qui, en entendant les noms de Bacharach, Don Costa ou Mancini, sortent illico leurs gousses d'ail et voient l'écume du fiel leur monter aux lèvres. Dans les aumôneries cold-wave intégristes (ça existe encore ces cochonneries ?), on risque plus de le brûler vif que de lui brûler un cierge.
La chanson titre, modelée d'après les rondeurs sublimes d'Everybody's talking, ouvre une voie royale, un boulevard des coeurs brisés, sous les semelles d'un McCulloch qui, dès lors, n'a plus qu'à dérouler sa foulée élégante sur neuf chansons dont aucune (hormis peut-être la surchargée Lost on you) ne lui coupera le souffle ni brisera son élan. Deux d'entre elles, parmi les meilleures (Get in the car et When it all blows over), reçoivent la visite, pour une fois très courtoise, des Fun Lovin' Criminals, mais rien n'y change : McCulloch ne laisse pas une miette de l'album lui échapper, et à la question posée par le titre on devine à l'avance sa réponse : "Je serai Sinatra, Bowie et Leonard Cohen à la fois." Le pire, c'est qu'on l'en croit désormais capable.

Christophe Conte dans Les Inrockuptibles n°193 du 7 avril 1999
© 1999 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.


Ceux-là en énervent plus d’un et depuis lurette. Non content d’arborer un patronyme ridicule, ce groupe d’outre-tombe remue également la tourbe avec quelques réminiscences qui sentent franchement le charnier : de l’heroic fantasy, à vrai dire... A une époque improbable, entre passé et futur, certains Ecossais arboraient maints velus orangs-outangs sur le faîte du crâne et portaient pour armures de hideux pardessus surmontant des réservoirs à météorismes directement sortis des Domaines, l’ennui, précisément, est que ce groupe enregistra à l’époque deux ou trois des six albums fréquentables aujourd’hui de la scène dite nouvelle vague anglaise, pénétrant avec une inédite délicatesse le psychédélisme américain, Television, et l’après-punk de Thatcher. L’ennui aussi, c’est que ces surdoués de Liverpool démontrèrent historiquement que toute réunion n’était pas vaine — “Evergreen” est aujourd’hui pour certains le plus palpitant chef-d’œuvre du groupe — et qu’ils étaient encore capables d’appliquer l’équation, à la veille du 21ème siècle, comme on dit. On comprend que d’autres s’énervent en écoutant Ian McCulloch mettre chaleureusement un doigt dans l’oigne au gars qui a un orgelet chez Radiohead, tout comme à Bono Vox et ses prêches à la Kouchner... Ici, tout en cordes acoustiques douces-amères et cantiques plus proches de Fauré que de Leonard Cohen (cette vache sacrée de la critique rock), McCulloch et son Sergeant de guitariste signent leur arrêt de mort : on ne pardonne pas aux vieilles légendes décaties de se surpasser, on préfère leur voir emprunter un parcours soigneusement balisé...

Nicolas Ungemuth dans Rock & Folk n°382 de juin 1999
© 1999 Rock & Folk. Tous droits réservés.

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