Archive : Take My Head (1999)  (*** 1990's ***) posté le dimanche 04 juin 2006 18:48

Genre  : Pop Rock UK
Note :  *


Il est des naufrages que l’on observe avec contentement et d’autres qui font mal, comme pour une fausse-couche. Archive appartient à cette famille d’artistes fragiles, sensibles à la pression des atmosphères. Une bulle d’air, qui au lieu de s’étendre et de se libérer, se ratatine et, au final, implose. Londinium, moteur détonateur de cette tragédie sera pourtant un album important. En 1997, Archive est un quatuor composé de Danny, de Darius, la base neuronale du groupe, d’un rappeur, Rosko, et de la chanteuse Roya. L’Angleterre hypnotisée est alors manipulée par Bristol. Le premier album d’Archive, proche de l’esthétique trip hop, se révèlera toutefois infiniment plus complexe, plus délicat, plus raffiné que les autres productions de la période. Une expérience fatale. Archive disparaît corps et âme, sans plus d’explications, la dépression s’installe. C’est maintenant que leur pays a repris ses esprits que nos deux anti-héros ont décidé de ressusciter leur formation sous un visage nouveau. En l’occurrence celui de Suzanne, égérie soul, personnage central, noyau dur du second volet d’une expérience musicale désormais en rupture avec Londinium. Abandonnant le tissage de textures sonores trop complexes, la mise en écho des phrases numériques et des cordes langoureuses, Archive a sélectionné un nombre restreint de matières pour se produire dans un registre ouvertement pop. Le métal, le bois, la sève des jeunes pousses, le miel servent d’"élémentaux" aux dix titres de Take My Head. Certains dénoncent déjà l’ambiguïté mainstream de morceaux tels que Brother, Rest My Hand On You ou The Pain Gets Worse, lesquels renvoient sans pudeur au format pop d’un Texas. Pour ceux-là, qu’une trop grande facilité sonore et mélodique insupportent, ces chansons condamnent Archive sans appel. On pourrait penser que le groupe a perdu les pédales, que leur soul est trop sirupeuse, trop épaisse pour être honnête. Peut-être... Reste que You Make Me Feel, Take My Head, Well Known Sinner ou Love In Summer, agissent comme une série d’électrochocs soul, fiévreux, alliant le baroque à la superbe des architectures métalliques d’aujourd’hui, phalliques, bombardées d’ondes. Et pour ces minutes-là de folie pure aussi, on peut annoncer le retour d’Archive. En grande forme.

Jean-Fabien Leclanche dans magic! n°31 de juin 1999
© 1999 magic. Tous droits réservés.

C’est l’histoire d’un groupe qu’on a viré par la porte et qui revient, non pas par la fenêtre mais par la lucarne du grenier restée entrebâillée. Ainsi, tandis que leur premier album d’obédience trip-hop laissa une jolie trace trublionne, ces quatre Anglais (la bio ne le précise pas) remontent en première ligne avec un album docile tout plein et terriblement mainstream de chansons faites sur mesures pour Suzanne, la voix de l’affaire (les noms de familles sont également absents : plutôt que d’en inventer, on s’en tiendra aux prénoms). Ce que stipule en revanche le texte accompagnant ce bel album qui se love dans l’oreille interne comme un furet dans son terrier, c’est le nom d’autres artistes, auxquels le journaliste un peu con (il y en aurait) se devrait de comparer ces gens si de références il venait à manquer. Peu probable. Et donc les noms de Sinead O’Connor, Massive Attack et Portishead sont lâchés en pâture comme autant de pierres d’achoppement censées sauver le plumitif. Malheureusement, à Rock&Folk, on écoute aussi les disques et dans les pots qu’on nous tend, on ne découvre pas que des roses. Pour ne pas que la lourdeur d’un biographe retombe sur le dos de ce quatuor révélé pop, on se contentera de préciser que Archive n’est pas encore de la trempe des précités mais que son virage chanson est plutôt réussi. Pas certain non pius que les bidouilles qui se carambolent parfois derrière les vocaux éthérés de la miss soutiennent véritablement ses humbles prouesses mais, pour une fois qu’une bande de jeunes délaissent les machines pour de vrais instruments en bois, on ne va pas faire la fine bouche. Quoique...

Jérôme Soligny dans Rock & Folk n°382 de juin 1999
© 1999 Rock & Folk. Tous droits réservés.

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