Genre : Electronic France
Note : **
Voilà un album que l’on attendait depuis belle lurette. Promis plusieurs fois, annoncé sous le manteau, il a fait monter la tête de tous les prédicateurs et preneurs de paris clandestins. Attendu comme un grand disque de house ou, en tout cas, de musique électronique, Organique se révèle avant tout comme un grand disque, tout court. En ce sens, Arnaud Rebotini, alias Zend Avesta, a bien gagné son pari, lui qui, au détour des interviews, cite à tour de bras et dans le même panier Debussy, Talk Talk et les premiers petits maîtres techno du Detroit 60’s — comme si ses compositions ne pouvaient être réduites à un seul genre, à un seul moment, à un seul lieu... Effectivement, Organique n’est jamais réductible à un sous-genre, à une sous-catégorie quelconque. Il fait plutôt partie de la famille, forcément réduite, des disques sans port d’attache, mais qui, tout de même, respirent l’air de l’immédiateté, de la pop, tout bêtement. Et comme tout bon disque de pop, Organique compte pas mal d’invités venus pousser la chansonnette ou le texte : Roya Arab, Mona Soyoc, Hafdis Huld, Philippe Poirier et Alain Bashung. Ecoutez, par exemple, Aspiration, et vous comprendrez de quoi on parle : il y a ici de la mélodie, du souffle, de la vie, tout bêtement encore. Et derrière les mélodies pop, qui nous renvoient parfois aux meilleurs moments d’Isabelle Antena, voire de Young Marble Giants, on entend aussi des convolutions quelque peu déjantées, qui ne sont pas sans rappeler les meilleurs moments du minimalisme le plus abrasif de Steve Reich ou Philip Glass. Pourtant, une fois encore, ce disque est loin d’être la somme de ses ingrédients. Il est, d’abord, ce qu’il annonce, c’est-à-dire organique et, donc, vibrant, humain, la tête dans les nuages, le piano un tantinet bancal. Finalement, on ose une autre comparaison. On songe aux disques de Curtis Mayfield, plein d’ambition et de recherche, de précision et d’expérimentations. “ Roule miracle “ susurre Bashung. Un miracle palpable, qui se balade entre les oreilles, bien organique.
Joseph Ghosn dans magic! N°40 d'Avril 2000
© 2000 magic. Tous droits réservés.
L’an passé, l’un des titres du premier maxi de Zend Avesta, Karlheinz Stockhausen is a funky drummer, aura indiqué façon pirouette l’ampleur de la tâche que s’était assignée l’architecte d’Organique, le français Arnaud Rebotini : en terminer avec son passé électro (sous les noms d’Aleph ou de Black Strobe) pour investir les champs électroacoustiques laissés en friche depuis les années 60 et y célébrer, à la frontière de la pop pastorale, les noces de Steve Reich et de Mark Hollis, du GRM (Groupe de recherches musicales) et de Craig Armstrong, de This Mortal Coil et de Massive Attack.
L’opacité fut à son comble lorsqu’on apprit le nom des sirènes invitées à prêter leur voix sur les titres chantés de ce disque : Roya Arab (ex-Archive), Mona Soyoc (ex-Kas Product) et Hafdis Huld (ex-Gus Gus). Un tiercé féminin que complètent Alain Bashung et Philippe Poirier (Kat Onoma) et un orchestre en chambre dirigé par un jazzman, le contrebassiste Vincent Artaud. Telle affiche ne ferait toutefois pas un disque si les compositions de Rebotini, autodidacte et musicien limité, n’étaient pas d’une stupéfiante beauté. Contemplatif et vertigineux, on apparentera par défaut son style à celui dans lequel Björk s’est épanouie depuis sa carrière solo. Soit de savants tressages d’électronique mouvante et de cordes émouvantes, intensément séduisants à l’oreille mais forgés avec des matériaux abrupts, des dissonances et des cassures, à la fois empreints de gravité et de désirs frivoles. Il faut entendre les clarinettes papillonner autour de la voix d’Hafdis comme des lucioles (One Of These Days) ou, à l’autre bout du spectre, une foudre de métal s’abattre sur le Mortel battement/Nocturne de Jean Tardieu visité en creux par Bashung. Quant aux plages instrumentales, bien plus que des ponctuations, elles révèlent les talents sorciers du démiurge Rebotini, capable de faire d’une suite mélodique simplissime un véritable palais de glace musical.
Pascal Bertin dans Les Inrockuptibles du 05 avril 2000
© 2000 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.
L’avènement des musiques électroniques a certainement contribué à donner un second souffle aux musiques instrumentales, de Peace Orchestra à DJ Cam en passant par tous les sous-Lalo Schifrin et les sous-Brian Eno du nouveau monde digital. Heureusement, certains ont tout de même choisi de s’engouffrer dans cette faille pour y injecter nouveauté et créativité, à travers une culture musicale dépassant la sacro-sainte musique classique. Avec ce premier album entrant à 50% dans la catégorie instrumentale, Zend Avesta semble avoir joué sur les stéréotypes du genre (gothiques, lyriques, classiques...) pour concocter quelque chose de personnel, mélange d’instrumentation organique, arrangements pompeux mais agréables et grooves funk sur lesquels viennent déclamer divers vocalistes aériens. Dans l’ensemble, la démarche est cohérente, la musique entraînant de gré ou de force vers les ambiances assez réussies d’“Aspiration” (avec Mona Soyoc des feus Kas Product), “A La Manière” (avec l’ex-chanteuse de Gus Gus), l’incroyable “Ich Will Dir Helfen” ou le brinquebalant “Qu’Est-Ce Qui M’A Pris” avec Philippe Poirier. Pourtant, la magie disparaît parfois et les titres tombent complètement à côté de la plaque comme sur “The Watcher” ou le final metal de “Mortel Battement! Nocturne”, qui avait pourtant très bien commencé grâce aux belles performances de Bashung et du groupe. “Organique” est un coup d’essai (si l’on occulte divers projets et collaborations postérieures) globalement réussi, mais qui aurait bien mérité un Alain Cluzeau ou un Philippe Thessier Ducros à la prise et au mix pour faire décoller la production.
Stéphane Hervé dans Rock & Folk n°393 de mai 2000
© 2000 Rock & Folk. Tous droits réservés.
Avec ce premier album solo, Zend Avesta, alias Arnaud Rebotini, rejoint d'emblée les rangs d'une certaine élite hexagonale actuellement occupée à changer le son et la forme mêmes de la musique populaire du nouveau millénaire. Originaire du sud de la France, ex-DJ et membre de Black Strobe, Avesta crée un précipité éclectique fascinant d'idiomes musicaux - le classique, la world, le jazz et même le hard rock se voient ici juxtaposés, refondus, et enluminés des vocaux et mélodies de vocalistes invités pour habiller l'ensemble. Le titre le plus remarquable du lot, Mortel Battement/Nocturne dévoile de fait la voix plaintive d'Alain Bashung sur une pièce de piano à la Satie qui enfle jusqu'à se muer finalement en cacophonie heavy metal secouée de guitares stridentes. Avec ça, tout le reste de l'album ou presque n'a rien à envier à l'intoxicante collaboration de Bashung. La chanson qui donne son titre à l'album s'apparente à la musique de chambre new age la plus cool qui soit, One Of These Days est un trésor de folk halluciné et le très James Bond The Watcher, avec les vocaux perçants à la Shirley Bassey de l'ex-chanteuse de Kas Product Mona Soyoc, vaut n'importe quel extrait du dernier album de Portishead. Recommandé.
Nick Kent dans Libération du 20 juin 2000
© 2000 Libération. Tous droits réservés.

