Genre : Pop Rock UK
Note : **
Quand, en 1997, Radiohead publie son troisième album OK Computer, la face du rock s'en trouve changée. Sa production novatrice, son ambiance irréelle, la façon dont Yorke et les siens capturent un monde finissant dans toute sa tristesse, sa colère et sa beauté savent toucher le c|ur des gens comme personne. Tandis que ses rivaux à guitares cherchent encore à réécrire les veilles chansons des Beatles, Radiohead puise déjà audacieusement son inspiration dans le futur.
Bien sûr, après les superlatifs, le retour de bâton menace. Dans le magazine anglais Mojo, la première critique de Kid A est une descente en règle – «de la branlette comparé à OK Computer». De semblables attaques vont se multiplier dans les semaines à venir, émanant de gens pour qui Radiohead aurait renié son originalité afin de sauter dans le wagon techno et se prendre pour Aphex Twin. Tout faux: KidA n'est pas le successeur décevant d'OK Computer, mais une progression logique, quoique radicale. Et pourrait bien s'avérer un album encore supérieur.
Risqué. Yorke et les siens ne facilitent pas la tâche de l'auditeur en plaçant au début les deux titres les plus risqués de l'album. Soit Everything in its Right Place où Yorke pose plusieurs voix sur un piano électrique distordu, pour un résultat réminiscent de la musique inspirée de Terry Riley que Robert Wyatt composait avec Soft Machine. Et la chanson titre, un divin flottement synthétique sur lequel Yorke, voix méconnaissable trafiquée au vocoder, aligne des mots incompréhensibles. National Anthem, qui suit, est plus conventionnel, avec un riff de basse grondant, un drumming abrasif et les cris enfantins du chanteur servant une formidable nouvelle chanson brusquement détournée en son milieu par une séquence anarchique au saxophone, qui sonne comme une jam imbibée entre Ornette Coleman et ses copains. Après quoi, How to Disappear Completely est le titre le plus susceptible d'enchanter les fans de base. La voix envoûtante de Yorke racontant s'être perdu lors de vacances en Irlande plane sur cette superbe ballade à la guitare acoustique, encore sublimée par des arrangements de cordes à la Nick Drake.
Treefingers, un instrumental au synthé, installe ensuite une ambiance new age particulièrement relaxante, qui change vite avec Optimistic, sa rythmique tribale digne de Bo Diddley et la bizarre voix haut perchée mortellement efficace dans le registre parano. Puis vient In Limbo, remarquable réussite dans le genre postrock à la Tortoise, où Yorke dépeint la lente autodestruction d'un homme dans un monde illusoire. Et Idiotecque, du pur Underworld, suivi de Morning Bell, qui rappellera une fois de plus le Soft Machine vintage. Enfin, Motion Picture Soundtrack, final légèrement décevant, se distingue par un déluge d'orgue et de harpe.
Certains regretteront l'absence de guitares sur la plupart des chansons de KidA, dont l'esprit d'ensemble n'est pourtant pas si éloigné d'OK Computer –seulement plus orienté «tout-synthétique» dans son exploration en territoire postrock.
Hybride parfait. Certes guère commercial, ce n'est pas pour autant un album inaccessible. Si on l'écoute sans a priori, son charme agira du début à la fin. Tout au long des années 90, la plupart des groupes à guitares ont essayé de s'adapter au boom electronica pour emmener leur musique vers le XXIe siècle. Très peu y sont parvenus. Radiohead est de ceux-là: un collectif suffisamment doué et courageux pour créer un nouvel hybride parfait. KidA s'impose comme un nouveau pas en avant essentiel dans la carrière du groupe le plus important du monde.
Nick Kent dans Libération du 02 octobre 2000
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Quatrième album de la formation reine des années 90, Kid A permet à Radiohead d'aborder sereinement le nouveau millénaire, tranquillement installé sur trône que la presse et le public lui ont dressé. Sereinement ? pas si sûr que ça... En effet, même si cet album demeure dans le même goût que son prédécesseur, l'ambition affichée étant de dépasser les cadres limités de la chanson pop, Kid A se révèle autrement plus gonflé qu'OK Computer. Fini le neo rock-prog, Thom Yorke et ses compères radicalisent leur propos, s'évadent définitivement de leur suiveurs en mal de reconnaissance (en vrac Mansun ou Six by Seven). En substance : une petite heure de musique qui en laissera beaucoup perplexes, en ravira beaucoup d'autres, mais qui ne manquera pas d'en intriguer la plupart. Peu de singles en vue (on ne s'en plaint pas) mais quelques chocs telluriques, notamment l'incroyable Idioteque, peut être le plus beau titre jamais composé par Radiohead, aux beat savants et à la voix paranoïaque, l'élégiaque Motion Picture soundtrack et son orgue magique, ou Everything in its right place et son minimalisme contemplatif. Au final Kid A s'apparente, à une longue fuite en avant de Radiohead...
Pascal Bertin dans Les Inrockuptibles n°190 du 13 octobre 2000
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Dernière livraison en date, “Kid A” annonce chez les Oxfordiens un tournant sans précédent. Deux premiers titres hypnotiques mettent les choses au point : “Everything In Its Right Place” et “Kid A” ne contiennent pas une seule note de six-cordes. La beauté des sons suffit à convaincre celui qui écoute. Dans son nouveau laboratoire, Radiohead a pu tout tenter. La formule, a priori moins évidente, est époustouflante. Le chant de Thom Yorke y est étonnamment assagi. “The National Anthem” fait appel à une section de cuivres free frissonnante. “How To Disappear Completely” est le morceau le plus apaisant jamais enregistré par le quintette. On y entend la première guitare lointaine. Après une pause instru qui fait trembler les murs préfabriqués (“Treefingers”), “Optimistic” et “In Limbo” enchantent selon une formule bien plus classique. Par-dessus une simple boîte à rythmes, “Idioteque” fait exploser toutes les barrières préétablies, capable de convertir les plus hostiles à l’électronique. “Morning Bell” rappelle que Thom peut faire passer toutes les émotions dans sa voix. L’harmonium de “Motion Picture Soundtrack” clôt l’album avant un final (plage cachée) qui s’arrête net. En suivant les recettes de son précédent “OK Computer”, Radiohead risquait de se caricaturer (c’est un moindre mal). “Kid A” est d’un courage désarmant. Tout oscille entre songe et réalité sur ce quatrième album apaisé. “This is not happening”, murmure le chanteur avant de changer d’avis peu de temps après, dans “Idioteque”, beaucoup plus convaincu. L’avenir et quelques dizaines d’écoutes trancheront. Pour l’heure, “Kid A” s’élève encore au-dessus de tous les précédents élans du groupe.
Basile Farkas dans Rock & Folk n°398 d'octobre 2000
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