Genre : Post Rock UK
Note : ****
Troisième album des gentils extra-terrestres, Rock Action n'a en fait de rock que les instruments utilisés pour l'actionner : guitare électrique, basse, claviers et batterie. Pour le reste, les huit morceaux ici présents doivent autant à Chuck Berry que le célèbre film de Joe Dante à Georges Méliès. En effet, Mogwai se joue des carcans et des genres avec une nonchalance typiquement écossaise, se défilant à toute tentative de classification. Alors qu'il est de bon ton dans le post-rock de reléguer le chanteur au rôle de roadie, le groupe s'accroche à son micro et évite ainsi de tourner trop rond. Soupçonné de redondance, le quatuor s'aère la tête en invitant banjos, violons, trombone et trompette à venir égayer ses compositions. 2 Rights Make 1 Wrong et Secret Pint , qui clôturent le disque avec distinction, convoquent les claviers de Joy Division et les fulgurances de My Bloody Valentine, le savoir-faire de Robert Smith et le lyrisme de Mercury Rev. Ce qui, finalement, n'a rien d'étonnant quand on sait que Mogwai a une fois encore confié la production à Dave Fridmann (The Flaming Lips, Mercury Rev) qui, mais est-ce vraiment une surprise, est parfaite. Alors que Rock Action, pas encore dans les bacs, se télécharge déjà allègrement sur Napster, le guitariste Stuart Leslie Braithwaite prend la parole pour vanter les louanges de sa magnifique pochette et son souci de bien faire les choses. Sans fétichisme aucun, faites donc une action rock : achetez ce disque !
Renaud Paulik dans magic! n°50 avril 2001
© 2001 magic. Tous droits réservés.
"Skip James, les gens lui donnaient de l'argent pour qu'il s'arrête de jouer, parce que sa musique était trop triste." Dans les loges très château français de l'Udnotheater, salle de concerts de Reykjavik belle comme une maison de poupée (ces ouvrages de dames au murs ...), Stuart Brathwaite, chanteur de Mogwai, confesse son bon goût : "J'adore le country-blues. Son House, Blind Willie Johnson, Robert Johnson, Skip James, tout ça c'est mon truc." On lui pardonne donc d'avoir, quelques minutes plus tôt sur scène, essayé de nous faire jaillir le cerveau par les oreilles.
Mogwai, les gens leur donnaient de l'argent pour pour qu'ils arrêtent de jouer, parce que leur musique musique était trop forte." C'est peut-être ce que se raconteront un jour nos petits-enfants, en se chamaillant comme des idiots pour savoir quel était le meilleur groupe du monde au début du siècle. Assurément pas Mogwai. Même dans nos plus misérables moments d'égarement, comme la fois où on a fait mine de trouver le post-rock intéressant ou de se suicider en écoutant les disques de Tortoise ( et mourir d'ennui), on n'a jamais prétendu que Mogwai était le meilleur groupe du monde. Juste un de ces bons groupes qui permettent de patienter en attendant le prochain album de My Bloody Valentine. Mogwai fut simplement en son temps, il y a quatre, cinq ans, le meilleur ouvrier du monde dans le métier de la plomberie sonique, option installateur de douche écossaise. Une bonne surprise. Grand groupe d'un mouvement mineur — le "post-rock" —, Mogwai ne fut pas l'équivalent ni la somme de ses influences (Slint, Sonic Youth, God Machine, My Bloody Valentine ...), mais plutôt une soustraction : celle du chant, du glamour, du compromis et surtout de l'idée que ça ne décollera jamais, que c'est beaucoup trop lourd. Lourd, massif, blindé, Mogwai a pourtant toujours réussi à faire décoller ses chansons ( c'est là son petit miracle ), le long d'albums instrumentaux ou de concerts impressionnants.
Pour ceux qui ont oublié le début, on peut résumer la musique de Mogwai en deux mots : "bruit/calme". Ou "plus/moins". Ou "soleil/nuage". Une dynamique tension/explosion assez commune dans le rock (et dans les geysers d'Islande), adorée et poussée à son extrême par Mogwai – un groupe qui ne savait sans doute pas faire grand-chose, mais le faisait très bien. "Bruit/calme, bruit/calme, bruit/calme, c'était nous au début et nous étions les meilleurs. Mais aujourd'hui c'est différent. Plein de groupes font ce que nous faisions à l'époque et nous, nous sommes passés à autre chose" annonce Stuart, qui est personnellement passé au chant, pendant que son groupe passait aux guitares acoustiques, au piano, à l'orchestre à cordes, au banjo. Et pourquoi pas à la trompette ? Oui, il y a aussi de la trompette sur le nouvel album de Mogwai. Le mal-nommé Rock action est l'album le plus pop de Mogwai. Ce groupe à l'image austère ( mais en fait , il s'agit d'une bande de joyeux Ecossais déconneurs ) a réussi à faire pousser du gazon, des fleurs et de la beuh dans le désert électrique de sa musique. Ce n'est pas encore l'Oasis, mais plus tout à fait l'idée qu'on se fait d'un trekking sur la lune. Mogwai semble s'éloigner du cœur du volcan, la violence n'est plus qu'un grondement, un souvenir ensommeillé, une abstraction. Parfois, on dirait les Stooges repris par Labradford. Avec plus de Stooges que de Labradford. Il faut savoir que, même s'il y a de la guitare acoustique sur Rock Action, aucun des membres de Mogwai n'en possède personnellement. Pas de ça à la maison. Ni sur scène, où Mogwai donne des chansons de Rock Action des versions Mach 3, triple efficacité. Accompagné d'un quatuor à cordes très tendues, Mogwai ressemblait à Reykjavic à un gang de surfeurs casse-cou cherchant la plus grosse vague. Et quand ils l'ont trouvée, ils laissent le public un bon quart d'heure seul face au déluge, les instruments poussés à fond, un mur de bruit blanc à la fois intense et désagréable.
Conclusion en forme d'avertissement pour le concert du 14 mai à Paris : il est permis de manquer la fin de Mogwai.
Stéphane Deschamps dans Les Inrockuptibles du 08 mai 2001
© 2001 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.
Mogwai est devenu en l’espace de cinq ans et trois albums une telle référence en matière de musique à guitares qu’ils ont pour ambition avec “Rock Action” rien moins que de remettre à plat la définition du rock. Gardons à l’esprit qu’ils ont popularisé, aux côtés de Tortoise, la notion de post-rock au milieu des 90's, ce qui leur confère une indéniable préséance morale sur le genre, on en conviendra. Voici donc le rock du XXIe siècle selon Mogwai, quatre petits Écossais qui ont fait du chemin ; beaucoup de violons, plus de voix que sur “Young Team” et “Come On Die Young”, une production toujours soignée signée Dave Fridmann (Flaming Lips, Mercury Rev, d’autres façonneurs du futur du rock), et une sérénité nouvellement acquise, sensible par l’absence d’explosions de guitares hurlantes qui caractérisaient jusqu’à présent le style Mogwai. Si le groupe reste fidèle à sa patte si reconnaissable (ces longues mélopées sinueuses, y a pas à dire, c’est beau), elle est donc ici considérablement enrichie. On comprend le message que le groupe veut faire passer : le rock évolue, le rock est en pleine action. Le troisième millénaire sera rock ou ne sera pas.
Patrick Haour dans Rock Sound hors série n°19
"Un an de rock : 2001 en 300 disques"
© 2001 Rock Sound. Tous droits réservés.

