Arab Strap : The Red Thread (2001) (*** 2000's ***) posté le dimanche 11 juin 2006 07:30

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Genre  :  Rock alternatif UK
Note :  ****


C'est par une belle et pure chanson douce que commence ce cinquième album d’Arab Strap. Manque de bol pour les romantiques, elle s'intitule Amor Veneris. Et dès la seconde, Last Orders, un rythme titanesquement plat et un harmonium crève-coeur donnent définitivement le ton. Aidan Moffat et Malcolm Middleton renoncent aux chants des sirènes, de retour au bercail Chemikal Underground après une parenthèse forcément vouée à l’échec sur une major, trop contente de se débarrasser de ces oiseaux de mauvaise augure. Et prouvent à nouveau leur implacable supériorité sur le genre humain en disséquant nos failles les plus intimes. Ce groove terne, cette tension lâche, ces guitares au lyrisme infectieux et discret sont jusqu’à présent la meilleure illustration du renoncement humain dans ce qu’il peut avoir de plus subtil et de plus délibéré. Il y a bien la formidable éclaircie du single Love Detective, rappelant notre Gainsbourg national, et le rythme robotique et chancelant d’une dernière plage logiquement titrée Turbulence. Mais The Red Thread, disque immense et terrifiant, est recouvert d’un voile noir. Et permanent : Haunt Me donne même l’occasion de prouver à nouveau que quelques notes de guitares aiguës peuvent décapiter un sentiment humain comme le firent les Smiths sur The Death Of A Disco Dancer. Aussi, il n’est pas besoin d’analyser les paroles, une simple citation suffira : "At least we know we’re gonna fuck’em all, at least we have satan". Que Marilyn Manson et ses sbires aient la décence de se taire. À jamais.

Étienne Greib dans Magic n°48 de Février 2001
© 2001 (Hi Press). Tous droits réservés.

Et si, avec ses guitares aux caresses rêches et son lyrisme à la pornographie glauque, Arab Strap était le groupe le plus élégant du moment ?   Arab Strap enregistre des disques pornographiques, au sens où Gombrowicz l'entendait. Des disques maussades et glaçants, ivres de sexe, d'alcool, de désespoir et de fureur, où la frustration déchaîne des torrents de haine, où les actes sont motivés bien moins par la raison que par l'instinct. Des disques marqués du sigle "parental advisory", dont on dévore le livret avant même de les écouter. D'où un grave malentendu : tandis qu'on s'échine, un dico d'anglais ouvert sur les genoux, à traduire ces histoires de cul tristes, ce rabâchage maladif de rancoeur amoureuse et de misère sexuelle — étalage obscène de chair froide et blême —, l'essentiel du message artistique d' Arab Strap passe à la trappe. A savoir, que ce duo d'Ecossais mal dégrossis, chantres du plus sordide des quotidiens, génère une musique insidieuse, obsédante et singulière, incroyablement belle et raffinée. Une musique qui s'insinue plus qu'elle ne s'impose, mais dont la force indéniable frappe au plexus autant qu'à l'esprit. Schizophrènes à plus d'un titre, Aidan Moffat et Malcolm Middleton oscillent constamment entre prosaïsme et lyrisme. Au phrasé monocorde de l'un répond l'étrange musicalité de l'autre. Chacun de leurs morceaux est comme une crue ... Au départ, un arpège de guitare, une mélodie informe, dite plus que chantée, une boîte à rythmes, un trait d'orgue, du silence. Puis, lentement, cette mince digue cède de partout, incapable de contenir son propre flux ; s'engouffre alors par des brêches béantes une marée de guitares reptiliennes, un flot de cordes et de choeurs au souffle froid, tandis que se dilatent l'espace et le temps et que s'abîment les critères de couplets et de refrains (The Long Sea). Il y a quelque chose d'orgiaque dans la musique d'Arab Strap, une approche coïtale du rythme, un art consommé de la montée en puissance. En même temps Moffat et Middleton professent un tel dégoût d'eux-mêmes que jamais leur démarche ne tourne à la recette, au procédé. A l'horreur de leur sujet répond l'élégance perverse avec laquelle ils le traitent, la finesse de l'instrumentation, la subtilité, la richesse harmonique d'un songwriting toujours en porte à faux, en recherche d'autre chose (Haunt Me). A ce titre, The Red Thread constitue sans doute la plus haute marche d'une discographie en forme d'escalier qu'Arab Strap emprunte résolument dans le sens de la montée. Le septième ciel n'est plus très loin.

Gilles Dupuy dans Les Inrockuptibles n°279 du 27 Février 2001
© 2001 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.

Le ministère écossais du tourisme peut tenter par tous les moyens de conférer à son pays une image riante et accueillante, les quatre joyeux drilles de Arab Strap semblent vouloir rendre tous ses efforts vains en distillant une musique qui décidément convient mal à cette époque de printemps naissant. Le cinquième album du groupe se place en effet dans l’optique annoncée à la sortie de “Philophobia” en 1998, à savoir une détermination à faire sérieusement de la musique dépressive, en dignes héritiers de Joy Division. Minimalisme et grisaille sont donc les maîtres mots de “The Red Thread”. Voix d’Aidan Moffat souvent plus murmurée que chantée, guitares éparpillées, quelques violons lancinants (le bien nommé “Haunt Me”), batterie lointaine, voire remplacée par une boîte-à-rythmes simpliste (il n’y a guère que “Turbulence” pour apporter un ultime, mais relatif, sursaut rythmique), les chansons de Arab Strap glissent comme la pluie sur la fenêtre du salon un samedi matin d’automne. Vous voilà prévenus. 

Patrick Haour dans Rock Sound hors série n°19
    "Un an de rock : 2001 en 300 disques"

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