Genre : Rock alternatif UK
Note : ****
Quel objet ! Rien que la luxueuse pochette semble trahir la présence du chef-d’œuvre qu’elle renferme. C’est d’ailleurs sur celle-ci que l’on peut déceler l’amorce d’une ouverture dans la démarche New Order. Bien que déformés et sous un papier calque, ne montrent-ils pas leurs visages au grand jour ? Leur légendaire austérité/intégrité et leur hermétisme éthique s’estompe donc avec le temps et cela se ressent surtout dans la musique. «Movement» était par exemple une recherche personnelle exaltante, «Power, Corruption & Lies» un cri d’espoir violent, «Low-Life» est une fête des sons et de la musique de notre époque. Et comme toutes les autres galettes de New Order, il constitue un must qui vous donne 1000 raisons d’y croire encore, qui vous réapprend le rock comme on devrait le jouer plus souvent, tout cela avec 8 morceaux qui éclipsent le reste de votre discothèque pour les 3 mois à venir (on peut aussi bien mettre 6, 8...).
Ça commence tout bêtement en plus. Un coup sec de charley, une petite mélodie à l’harmonica, on nage presque dans «Love Me Do». Ensuite bien sûr quand Albrecht se met à chanter l’histoire de ce soldat qui rentre chez lui pour apprendre sa propre mort sur le télégramme que tient sa femme, on sait que c’est du sérieux. C’est «Love Vigilantes», un rock sobre et direct sans synthés, un quasi retour aux sources. Après «The Perfect Kiss», qui fut pourtant choisi comme single en Angleterre, parait plus léger, linn drums, synthés cette fois-ci, vaguement funky, le frisson n’est pas là.
«This Time Of Night» par contre, drivé par un Albrecht sombre et déterminé, prend une tout autre dimension grâce à des refrains gagnants ; écarté Ultravox, balayé Tears For Fears, et ce pratiquement sur leurs terrains, je vois d’ici les vieux adeptes sortir leurs surins. Si ces derniers ont un doute (non justifié d’ailleurs), qu’ils foncent sur «Sunrise», l’hymne N.0. par excellence, le morceau qui fera sauter en l’air tous les heureux témoins de leurs concerts à venir.
La face 2, qui débute par le grandiose instrumental «Elegia» (on pense à Oldfield, car les N.0. savent tout faire, et avec plus de tripes que quiconque), est une leçon pour tous les muzacos du globe sur l’utilisation intelligente et créative des instruments contemporains. Jamais guitares et synthés ne se sont si bien mêlés pour tendre vers l’authentique, le pur rock qui devrait être le but des groupes qui perdent leur temps dans des chasses aux charts.
Avec «Low-Life», New Order a réussi en beauté là où Gang Of Four s’est enlisé dans un funk mou et où The Sound est tombé dans le piège nihiliste. So long, la 8e écoute sera pour moi tout seul.
Georges Daublon dans BEST n°204 de juillet 1985
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