David Grubbs : Rickets & Scurvy (2002) (*** 2000's ***) posté le vendredi 23 juin 2006 09:12

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Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  ***


Comme souvent avec les grands disques, les premières écoutes de Rickets & Scurvy, le dernier album solo de l’ex-Gastr Del Sol David Grubbs, laissent à l’auditeur un sentiment mitigé, à la limite de la déception, sans toutefois parvenir à l’expliquer. Moins accrocheur que The Thicket, chef-d’œuvre absolu du maître de cérémonie, le présent opus nécessite une assiduité certaine à son égard pour enfin révéler ses multiples qualités. En un mot, il se mérite. Guitariste phénoménal de précision, Grubbs y tresse une fois encore — mais sans jamais verser dans la redite — de minutieux canevas où se déploient ses mélodies, évoquant à l’occasion les premières aventures solitaires de Brian Eno ou les circonvolutions répétitives de Robert Fripp. Essentiellement axé sur une alchimie guitare-piano éprouvée, ce disque a vu, entre autres invités de haute volée, Noël Akchoté, John McEntire et Dan Brown s’attarder sur sa conception. Il convient d’ailleurs ici de souligner que, malgré ce casting de musiciens pour le moins cérébraux, Rickets & Scurvy n’a rien d’un disque éprouvant à écouter. C’est au contraire un David Grubbs ouvert sur le monde que l’on croise sur les splendides Don’t Think, Aloft ou Transom, imparables chansons dont le temps ne saurait ternir la bienséance musicale. Enregistré entre Brooklyn (Rare Book Room) et Chicago (Soma) pour le compte de l’enfin recommandable label FatCat Records, Richets & Scurvy témoigne de toute la délicatesse dont savent parfois faire preuve les Américains.

Renaud Paulik dans magic, n°62 de juin 2002
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Féru d’expérimentations tous azimuts (notamment aux côtés des agitateurs du label Rectangle), David Grubbs se veut aussi un chantre du songwriting le plus classique – deux facettes pas nécessairement contradictoires et qui ont, en tout cas, trouvé un terrain d’entente idéal le temps de Rickets & Scurvy. En tous points radieux, cet album, dont l’apparente simplicité n’a d’égale que la flagrante intensité, s’avère un digne rejeton de Camoufleur (1998), grandiose chant du cygne de Gastr Del Sol, le plus célèbre des groupes confidentiels des années 90. Gastr Del Sol abattu en plein vol, ses deux copilotes, Jim O’Rourke et David Grubbs, poursuivirent solitairement leurs planantes explorations en long, en large et en travers d’une americana bis. Dans la lignée d’un Mayo Thompson et de son mythique Red Krayola, Grubbs et O’Rourke s’évertuent, en authentiques documentalistes de notre temps, à inventer un folklore tranquillement excentrique et résolument moderne, recherchant ses racines pour mieux, ensuite, les arracher et les jeter au vent. Ritournelles incongrues, folk déviant, blues futuriste, divagations électronisantes (avec l’aide des petits gars de Matmos), couplets d’ici et ponts d’ailleurs, piano triste et guitares folles : tous ces éléments se fondent en un ensemble aussi hétéroclite qu’harmonieux sur lequel, en manière de coup de grâce, Grubbs trimballe son improbable voix d’angelot déchu. L’un des morceaux a pour titre A Dream to Help Me Sleep ("Un rêve pour m’aider à dormir") : il est clair que nous avons affaire ici à un rêve qui aide à vivre. 

Jérôme Provençal dans Les inrockuptibles du 31 juillet 2002
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