Genre : Rock alternatif UK
Note : ***
Ce cinquième album d’Arab Strap signe le retour à une écriture à quatre mains de la part des deux Écossais après des expériences solitaires plus ou moins heureuses, Lucky Pierre pour Aidan Moffat et Malcolm Middleton sous son seul patronyme. Comme bien souvent dans ces cas-là, la magie n’opère qu’ensemble, leurs talents se complétant à merveille. Seulement, on pourra noter au gré de ce nouvel opus quelques ratés dans une mécanique dramatique pourtant bien huilée. Un constat loin d’étre alarmant, méme si certains titres déçoivent pour leur inconsistance chronique (The Week Never Starts Round Here) et d’autres souffrent d’une production brouillonne. Heureusement, il n’est ici question que de baisse passagère de régime tant Monday At The Hug & Pint recèle de nouveaux trésors à la hauteur de nos légitimes espérances. Tout d’abord, les arrangements se font plus riches et donnent une nouvelle dimension à leurs compositions. Ensuite, leur marque de fabrique — une boîte à rythmes cheap et bancale — leur permet une nouvelle fois de toucher régulièrement au génie : The Shy Retirer, Peep Peep, Flirt ou Serenade en témoignent de la plus belle manière. Enfin, Fucking Little Bastards surprend par sa violence : batterie militaire, guitare glauque et agressive, Arab Strap fait son Pornography en moins de cinq minutes particulièrement malsaines. Naviguant en permanence entre désillusion et optimisme, frustration et libération, Arab Strap poursuit coûte que coûte sa route semée d’embûches. En cela, Monday At The Hug & Pint constitue un passage obligé vers des jours que l’on espère forcément meilleurs.
Robert Alves dans magic, n°70 d'avril 2003
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L’éjaculation précoce, les séparations sordides, la baise morbide, la mort du désir, les échecs compulsifs : en Ecosse, on préfère gratter ce qui démange et en rire. Autant remuer la merde à gorge déployée plutôt que de la planquer dans un coin de sa dépression, jusqu’au débordement fatal.
Mal compris, ces marasmes superposés ont l’odeur âcre et moisie du glauque. Mais, observés du regard second degré et clinique d’Aidan Moffat, ils ne sont qu’une parfaite illustration de ridicule pur : à crever de rire. Les textes du barbu malin, crus et hilarants, sont emprunts de tous les péchés intimes du mâle : ses obsessions, son alcool triste, ses doigts qui sentent. Une poésie de la testostérone : gênante pour les mecs, encyclopédique pour leurs copines. Le problème d’Arab Strap fut d’avoir, sur les mornes Elephant Shoe et The Red Thread, poussé le vice jusqu’à trop faire entrer en résonance textes et musique. Les rires jaunes que les mots faisaient éclater s’étouffaient sous le poids mort de leur non-musique, de leur nihilisme mélodique.
Mais Monday At The Hug & Pint – du nom d’un pub où ils se sont apparemment souvent cramés – est, à leur niveau, un joli coup d’éclat. Las de l’ennui, ils abandonnent le vide pour écrire des chansons pop, pleines et lumineuses. Ils prouvent ainsi une maîtrise égale et synergique du numérique et de l’analogique sur le sensationnel Flirt, au chant mélancolique et rancunier jusqu’au dégoût, ou sur The Shy Retirer, chatoyant et élégamment arrangé. Le bouillant et explosif Fucking Little Bastard, les pieds dans la lave mais la tête dans les étoiles, rappelle que, comme Mogwai, ils savent déplacer les volcans et méritent décidément bien mieux que cette image collante d’alcolos crados, de tristes sires.
Thomas Burgel dans Les inrockuptibles du 07 mai 2003
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