nlf3 [trio] : Viva ! (2003) (*** 2000's ***) posté le dimanche 25 juin 2006 11:07

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Genre  :  Rock alternatif France
Note :  ****


Dans le jazz ou le rock, le trio est peut-être la formation la plus glorifiée, charriant une sorte de mystère essentiel, un millésime sulfureux et séduisant où se croisent fantasmes d’instabilité et désir de puissance. Dans un trio jazz, par exemple, piano, basse et batterie se confondent et entretiennent des relations étroites, presque siamoises. En rock, le trio a souvent été au cœur de la power-pop, comme si, à trois, il fallait dégager davantage d’énergie pour se faire entendre.
Des rares disques en trio du mésestimé mais génial pianiste Sonny Clark et jusqu’aux enregistrements enflammés de Nirvana, le trio est un objet fantasmagorique virulent, souvent à la limite de la violence pure et simple. En musique électronique, en revanche, cette donne est peu commune. Le genre est plutôt propice aux exercices solitaires, voire aux duos de chambrée. Dans un tel contexte, nlf3 [trio] est une exception joliment notable. Le premier album de la formation, un double CD sorti fin 2000, témoignait en tout cas de cela. Leur nouveau disque, le plus court mais très enlevé Viva, témoigne d’un intérêt encore plus prononcé pour les fusions en tout genre, passées aux moulinettes électroniques les plus variées. Le disque puise tout autant dans l’electro primitive du krautrock que dans les décalcomanies acidulées des contemporains anglais du label Warp. Bien que fondé sur des bases improvisées, Viva est d’une cohésion surprenante ; et ses divers morceaux sont souvent des vraies vignettes mélodiques, parfois presque pop, plutôt que des instantanés d’improvisation libre. On y croise ainsi des relents de tropicalisme brésilien, des airs de samba, des colorations psychédéliques aussi, comme pouvait en distiller Can, entre rythmique métronomique inlassable et guitares en spirale permanente.
Sur ses deux albums, le trio aligne aussi la liste du matériel utilisé, qui se révèle très éclectique, depuis des guitares classiques jusqu’aux synthétiseurs les plus primitifs. Alors que beaucoup d’albums de musique improvisée et d’électronique souffrent du même mal autiste et quasi autarcique, Viva n’est jamais un disque replié sur lui-même : empruntant aux deux mondes, il réussit à en synthétiser une essence très fluide. Idéalement, chaque foyer devrait en posséder une copie, de préférence en vinyle : les craquements des sillons et l’accumulation de la poussière patinent avec bonheur cette musique très organique, de fin de nuit, mais extrêmement palpable et comme phosphorescente. 

Joseph Ghosn  dans Les inrockuptibles du 05 juin 2003
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Revenus de leur projets annexes en groupes (Don Nino et Luke) ou en tant que producteurs (Yann Tiersen, Herman Düne, Dirty Three...), Nicolas Laureau, Ludovic Morillon, Fabrice Laureau sont de retour sous nom de code nlf3 [trio] trois ans après leur premier double album, Part 1 - Part 2. nlf3 [trio]. Trois hommes et autant de possibilités d'infini et d'indéfini. Infini pour cette musique qui semble se construire dans l'espace au fur et à mesure que l'on avance dans l'univers de Viva !. Indéfini pour cette faculté que possède nlf3 [trio] à brouiller les pistes, à convier jazz comme électronica, rock comme hip hop, blues comme afrobeat dans seize instants sonores et à perdre définitivement en route toutes ces références pour s'aventurer sur un chemin personnel et exigeant.
Avec son deuxième album, nlf3 [trio] se veut ainsi le champ d'expérimentation et d'investigation d'une musique qui aurait conservé du free jazz sa liberté de mouvement, son ouverture et cette manière live de capturer les émotions humaines ici passées par le prisme des machines actualisant par là sa forme aux technologies modernes. Free music. John C. & JLG On A Boat. Structures sourdes, répétitions, fragments, samples réinjectés en temps réel dans une matière sonore qui se fait sculpter en direct. Tortoise. Entre écriture et improvisation, Viva ! possède le vertige de ces moments où tout semble possible, où tout reste à faire. Sculpter l'instant. Electricité âpre. Un jeu de batterie en finesse. Une basse sombre. Mélodica et Fender Rhodes.
Pourtant pour un groupe dont la vocation première fut de composer des musiques pour des films expérimentaux à La Cinémathèque de Chaillot, Viva ! manque parfois justement de mouvement et frôle en quelques rares occasions l'ennui. Cette musique qui se réclame d'une certaine forme d'organicité (notamment dans les prises de son) manque ainsi parfois d'humanité. Un manque occasionnel qui ne saurait toutefois assombrir l'échappée réussie à l’image de l’éruptif And The Chalk Breaks que constitue cet album. Viva !

Gaylor Olivier
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