Genre : Rock alternatif UK
Note : ****
Plutôt hermétiques au travail du temps, les Tindersticks apportent une nouvelle pierre à un édifice commencé il y a plus de dix ans déjà. Une oeuvre en apparence homogène et robuste, mais, en réalité, accouchée aux forceps, souvent dans le doute et au prix de crises sévères. Après l’épuisement qui suivit Curtains, la renaissance ratée de Simple Pleasures, celle, plus réussie (et illustrée par une série de concerts sublimes), de Can Our Love, le dernier opus de la formation emmenée par Stuart Staples semble marquer un ancrage durable, une vitesse de croisière. Waiting For The Moon, produit par le fidèle Ian Caple, convoque autant les choeurs soul que les cordes dramatiques, transpire la mélancolie sans prôner le désespoir. Staples, sobre, y chante d’ailleurs d’une voix étonnamment claire (on comprend ce qu’il dit) et — fait dérangeant — aiguë. La faiblesse de certains textes ou l’indigente simplicité de construction de Trying To Find Home ou My Oblivion feraient regretter la première trilogie des Tindersticks, âge d’or qui leur vaut notre éternelle affection, si la simple justesse des arrangements ne rendait le tout convaincant. Un ovni survole ce disque, adaptation musicale réussie de 4:48 Psychosis, pièce culte de Sarah Kane en forme de note de suicide, dont un extrait est récité sur fond de guitares saturées. Par tradition, un duo masculin/féminin - avec cette fois la chanteuse Lhasa De Sala sur Sometimes It Hurts - apporte une tonalité tendre au disque. Au finish, Waiting For The Moon s’inscrit naturellement dans la continuité de Can Our Love, et nous rassure quant à ce sextette qui vieillit bien.
Gilles Duhem dans magic, n°72 de juin 2003
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Quel autre groupe pourrait s’autoriser telle fantaisie macabre ? Waiting for the Moon, sixième album des Tindersticks, débute par une chanson sur l’euthanasie et par cette phrase on ne peut plus accueillante : "Mes mains autour de ta gorge…" Gros carton en prévision dans les campings cet été. Sur la pochette de l’album, il est écrit que l’album fut enregistré entre septembre 2001 et janvier 2003. Le temps s’est dilaté chez les Tindersticks, qui avaient pour habitude auparavant de boucler leurs albums en deux-trois mois maximum. L’inspiration aussi s’est dilatée, le nouvel album offrant une variété de textures, de styles, de rythmes et d’épaisseurs sonores comme aucun des cinq précédents n’en avait étalé.
Après l’abus de tons verdâtres et bleutés sur les deux précédents, les Tindersticks retrouvent ici le goût du pourpre, du soufre, du carmin, du brûlé vif. Le goût du risque aussi, à travers des chansons qui ne se contentent jamais d’aller d’un point à un autre mais creusent ou bâtissent d’imposants tunnels ou reliefs, alternent les plaines sereines et les subites accumulations rocheuses sur lesquelles ces cordes, qui se dépelotent lentement pour mieux se tendre, finissent par s’abattre tel un orage de laine et de verre. Un titre comme My Oblivion, sans doute l’un des plus impressionnants jamais écrits par le groupe, ressemble à du Tindersticks classique avant de laisser apparaître, entre les balayages circulaires des violons, des surpiqûres jazz (batterie en reflux, arpèges métalliques, bruine de vibraphone) qui donnent comme l’impression d’un big-band à la dérive, d’orchestre du Titanic en route vers les profondeurs.
Pour son probable tour d’honneur, le producteur Ian Caple a fait un dernier joli cadeau aux Tindersticks en les aiguillant sur la chanteuse franco-canadienne d’origine mexicaine Lhasa De Sala, qui illumine le duo Sometimes It Hurts, donnant une réplique piquante à l’ours Stuart comme l’avaient fait avant elle Carla Torgerson des Walkabouts, Isobel Monteiro de Drugstore et, surtout, Isabella Rossellini. Ce second single extrait de Waiting for the Moon, légèrement space-country à la sauce Lee Hazlewood/Ennio Morricone, est le probable futur gros hit de l’été. Sur la Lune.
Christophe Conte dans Les inrockuptibles du 25 juin 2003
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Au lieu de se laisser bêtement endormir par leurs dix ans de vie commune, les Tindersticks s’offre une nouvelle nuit de noces sous les mystères de la lune : contre toute attente, le somptueux Waiting For The Moon ravive la flamme, aujourd’hui plus brûlante que jamais.
Bien sûr qu’on attendait quelque chose depuis Simple Pleasures et Can Our Love… : que les Tindersticks sursautent à nouveau en sueur en pleine nuit, qu’ils se laissent à nouveau étrangler par les cordes d’Alfred Hitchcock ou du Velvet Underground, que la lune leur rende une nouvelle fois ses beautés accidentées et ténébreuses, que les rideaux enfin se déchirent sur la voix de Stuart Staples, sous la pluie et l‘orage.
Sur Waiting For The Moon, les Tindersticks fixent aujourd’hui comme jamais la pleine lune, la diversité de ses paysages et de ses mystères, comme si c‘était là le meilleur miroir où refléter leur écriture. Les Tindersticks d’aujourd’hui lui ressemble finalement beaucoup : de loin, Waiting For The Moon présente les mêmes faces cachées, les mêmes crevasses inconnues, les mêmes chemins cabossés, les mêmes reliefs accidentés, les mêmes espaces de quiétude, de lumière, tout ce qui d‘ordinaire fait rêver et trembler du bord de la fenêtre. C’est à peine si on les reconnaît d‘abord, quand les douces mains de Dickon Hinchcliffe viennent nous prendre à la gorge en plein sommeil. Until The Morning Comes, un magnifique cauchemar posé sur l’oreiller, avant de dire adieu et de retrouver les Tindersticks comme on les a toujours rêvés, sur les cordes tendues de Say Goodbye To The City, comme si Waiting For The Moon était finalement une nouvelle première rencontre plutôt que de belles retrouvailles. Maintenant que les Tindersticks ont franchi leurs dix ans d’existence (Trouble Every Day, peut-être), on n’attendait rien d’autre qu’une nouvelle nuit de noces sous les étoiles, pour abattre la routine, entendre à nouveau les tressaillements du cœur et les froissements de nerfs, raviver la flamme sans trop regarder en arrière et retrouver l’intensité, la magie empoisonnée des premiers baisers, au milieu des roses électriques, des vertiges acoustiques et des passions orchestrales. Sur Sometimes It Hurts (en duo avec Lhasa De Sala), Waiting For The Moon, Running Wild ou surtout l’éblouissant My Oblivion, le mariage au paradis d’hier a retrouvé les couleurs les plus fascinantes, les Tindersticks les beautés escarpées de leur musique et un souffle tout neuf, intense et magnifique comme aux premiers jours. La lune, finalement, est pleine.
Jérôme Olivier © 2003 merry.go.round Tous droits réservés.

