YEAH YEAH YEAHS : Fever To Tell (2003)  (*** 2000's ***) posté le dimanche 25 juin 2006 10:30

Genre  :  Pop Rock USA
Note :  ***


En ces temps de revival garage, on s’en est malheureusement rendu compte : la hype court vite. Et une (petite) poignée de singles aura suffi à Yeah Yeah Yeahs pour être intronisé illico réponse de New York à... New York. Chouchou de la presse rock comme des magazines de mode — l’image omniprésente du groupe se réduisant surtout à sa chanteuse fantasque, trashy et glamour, Karen O —, ce phénomène ne devrait pour autant pas faire de l’ombre aux Strokes. Car musicalement, c’est moins vers le Velvet ou Television qu’il faut lui chercher des influences que chez Royal Trux ou Pussy Galore, hérauts d’un rock noisy et déconstruit dans les années 90. Avec sa structure minimaliste (un bassiste de plus aux Assedic), Yeah Yeah Yeahs s’appuie sur un mélange brouillon de vocalises provocantes et de rythmiques heurtées, équilibre instable qui plus souvent qu’à son tour tombe en carafe. Souvent dispersés, peut-être paresseux, les trois New-Yorkais sont pourtant capables d’accoucher de très bons morceaux de rock amphétaminé, contagieux (Date With The Night, Pin...) et parfois même touchants (No No No). A l’arrivée, donc, un album partagé entre coups d’éclat et coups de bluff de la part d’un groupe assez atypique pour devenir superstar, pour peu qu’il soigne autant ses compositions que son look.

Gilles Duhem dans magic n°71 de mai 2003
© 2003 magic. Tous droits réservés.

Karen O, la chanteuse des Yeah Yeah Yeahs, est la petite amie d’Angus, le chanteur des Liars. Ils forment le couple le plus sexy du rock – au moins depuis Kurt Cobain et Courtney Love. Les Yeah Yeah Yeahs se sont formés en 2000, après que Karen O a quitté l’Ohio pour New York. Fever to Tell, le premier album du trio, succède à une poignée de singles et de concerts déjà mythiques, notamment en première partie des Strokes ou des White Stripes. Sur scène, Karen O n’hésite pas à se produire en petite culotte, à montrer ses dentelles. A l’entendre gémir sur Fever to Tell, on se dit pourtant qu’elle n’a pas besoin de ses dessous pour captiver ses auditeurs : sa voix sanglante et légèrement nasillarde d’aiglon carnivore suffit à capter toute l’attention. Sur Black Tongue, elle pousse de petits hurlements et dit à un amant de garder pour lui sa "langue noire". Sur Cold Light, elle transforme une rencontre nocturne en prestation sexuelle sauvage.
Lorsque le disque, qui dure trente-sept minutes – c’est-à-dire le temps de plusieurs jouissances précoces – touche à sa fin, Karen O et son groupe s’apaisent doucement. Ils entonnent une complainte en forme de ballade entêtée, sur laquelle la voix de Karen O est prise entre ses propres échos lointains et des guitares tourbillonnant à l’envers : exactement le genre de berceuse claustrophobe qu’aurait pu écrire le Velvet Underground s’il avait été mené par une fille. Caché à la fin du disque, un morceau presque acoustique rappelle que les Yeah Yeah Yeahs, avant d’être un groupe de punk-rock, ont été un groupe de punk-folk – et suggère, peut-être, un futur plus apaisé. Malgré les petites touches lo-fi qui subsistent dans Fever to Tell, Karen O sera alors une de ces icônes excessivement adulées, quelque part entre une PJ Harvey vraiment sexy et une Courtney Love moins poseuse et poreuse.

Joseph Ghosn dans Les inrockuptibles du 30 avril 2003
© 2003 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.

Déposez un commentaire !

Mieux vous connaître (facultatif) :

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.59) pour vous identifier.

Aucun commentaire pour l'article:
YEAH YEAH YEAHS : Fever To Tell (2003)