Genre : Rock alternatif UK
Note : ***
Belle façon de tester les amateurs de Belle & Sebastian que de leur faire écouter cet album. Gageons qu’une bonne partie sera déçue par sa tournure, prouvant du même coup que la mythologie lo-fi-twee-cutie attachée au groupe importait finalement plus que ses compositions. Mais voilà, Stuart Murdoch a pris de la bouteille. Sans pour autant prendre une ride ni perdre son goût du jeu, l’Écossais a su s’extraire d’un carcan dont il se sentait lui-même prisonnier. Au risque d’être mauvaise langue, on avancera même que le départ d’Isobel Campbell n’est pas étranger à cette métamorphose. Car métamorphose il y a. La voix, d’une part. Si elle reste reconnaissable dès le prime abord, elle a perdu de son aspect chevrotant et mièvre pour s’étoffer, onduler et moduler au gré des mélodies de la plus élégante manière. La production, elle, a bénéficié du coup de patte, voire de patine, de Trevor Horn, rendant le son plus compact et les variations plus nettes. Pas de Buggles ni de tATu ici, rassurez-vous, hormis quelques rares touches électroniques dont on se demande même si elles ne sont pas dues à cet impayable Stuart lui-même. Alors, Murdoch, néo-magnat de la musique ? Rien n’est plus faux, car on retrouve, intactes, ses influences originelles, de Felt à The Smiths, en passant par The Left Banke ou... Belle & Sebastian. S’il a toujours eu le sens du jeu, cette fois le gaillard semble s’y être livré sans filet, ici en faisant claquer une guitare new-wave (I’m A Cuckoo), là en incluant des trompettes pour Holiday Inn circa 82 (You Don't Send Me). Et quand il s’adonne à l’exercice de style pur, c’est toujours avec malice et subtilité, comme sur Piazza, New York Catcher aux faux airs de chanson à boire poguesienne ou ce Step Into My Office, Baby, sa mini-symphonie, son Good Vibrations à lui. L’heure de l’émancipation est enfin arrivée pour Stuart Murdoch, espérons que cela lui assure de meilleurs lendemains que Brian Wilson.
Estelle Chardac dans magic n°75 d'octobre 2003
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Il a y sept ans, Belle & Sebastian a sorti If You’re Feeling Sinister et le monde a changé. La pluie après le ciné, les péages qui pullulent sur l’autoroute, les pantalons serrés en bas, le changement d’heure : tout est devenu dérisoire face au chef-d’œuvre pop de la fanfare de Glasgow. D’autant plus que la merveille avait à l’époque été suivie d’une somptueuse poignée de singles. Il ne s’agissait pourtant que d’un simple recueil de morceaux orchestrés par Stuart Murdoch, l’un de ces chansonniers à la voix chancelante qui constituent une espèce endémique du Royaume-Uni. Mais même après mille écoutes et autant de désillusions sur les amours passées, If You’re Feeling Sinister fait de la résistance et demeure toujours parmi les albums que l’on ne pourra jamais décemment faire cocus.
Certes, les Ecossais ont déçu par la suite, notamment avec la très scolaire bande originale de Storytelling de Todd Solondz. Leurs concerts, avec leurs florilèges de niaiseries et leurs airs de grands ralliements de la compagnie des lapins bleus, en ont agacé beaucoup… Mais impossible toutefois de perdre totalement espoir et depuis sept ans, chaque annonce de nouvel album réveille un espoir inavoué d’y retrouver les charmes des commencements du groupe.
Hélas, Dear Catastrophe Waitress échoue à la tâche. Si l’on y trouve des sympathiques morceaux hantés par le Forever Changes de Love (Dear Catastrophe Waitress et ses éruptions de violons envoûtants, If She Wants Me et son orgue éloquent), la qualité de l’ensemble est minée par des compositions plus faibles (Stay Loose, navrante tentative disco qu’on imagine plutôt égayer un jeu vidéo pour Amiga). Trop vite, Dear Catastrophe Waitress prend des allures de compilation – fourbi où se côtoient jolis morceaux rustiques (Pizza, New York Catcher) et pompeuses sérénades à la If You Find Yourself Caught in Love, surproduites par le revenant Trevor Horn (Frankie Goes To Hollywood, Tatu). Il y a cinq ans, le groupe commençait son album The Boy with the Arab Strap avec cette chanson : It Could Have Been a Brilliant Career. Effectivement, gamineries, caprices, futilités et facilités mis à part, cette carrière aurait pu être grandiose.
Johanna Seban dans Les inrockuptibles du 8 octobre 2003
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AHAH
loser