Genre : Folk Rock Canada
Note : ***
Au contraire des Rolling Stones, dont il fut un jour question qu’il occupe le très convoité poste de second guitariste, Neil Young continue, trente-six ans après ses débuts remarqués au sein de Buffalo Springfield, à enregistrer des disques d’une effarante tenue. Au point d’élever son petit dernier au niveau des classiques Everybody Knows This Is Nowhere, After The Goldrush et Zuma. Concept-album retraçant l’épopée de la famille Green et du village qui l’abrite, l’électrique Greendale enchaîne les ballades midtempo avec une nonchalance et un militantisme écologiste à faire pâlir les légions anti-folk du globe. Ainsi, sur Falling From Above, le Canadien oublie parfois de chanter dans son micro, alors que sur l’enlevé Double E sa vieille Gibson noire se fait jumelle de celle du bluesman Hound Dog Taylor, son idole de toujours avec Jimi Hendrix. L’unique titre acoustique, le précieux Devil’s Sidewalk, figure quant à lui ce que le Loner a enregistré de mieux dans le genre, avec cette corde de mi grave distendue à l’excès qui bourdonne tout au long du morceau. Souligné par un harmonica distordu, cette chanson convoque les démons de l’Amérique jadis croisés chez Woody Guthrie et Bob Dylan. Mais c’est finalement avec Grandpa’s Interview, monument de douze minutes sans refrain (!), que Young offre le meilleur de lui-même, comme au temps béni de Cortez The Killer. Plutôt que de se perdre en solos rageurs comme sur les dispensables Mirror Ball et The Year Of The Horse, le vieux baba indiscipliné canalise son énergie et martèle un rythme avec la régularité d’un marteau-piqueur. En jetant aux orties ses formulaires de retraite et son rocking-chair, Neil Young vient d’annoncer l’un des avis de tempête les plus rafraîchissants de cet été de canicule. Le talent de ce type est simplement écœurant pour la concurrence.
Renaud Paulik dans magic n°74 de septembre 2003
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Avec Greendale, Neil Young, ce vieux coyote éploré, fait dans le transversal, le multimédia et le conceptuel. Son nouvel album est présenté comme un roman musical et va de pair avec un film familial tourné par Neil Young lui-même. Tous deux racontent l’histoire de la famille Green, dans la petite ville côtière de Greendale, des grands-parents à la petite-fille, avec un meurtre de policier, le diable qui s’en mêle, une critique des médias et un message politico-écologique en prime. On peut trouver l’arbre généalogique et la biographie de la famille Green sur le site www.neilyoung.com, et on devra s’en contenter pour le moment puisque le DVD du film ne sort pas en même temps que le disque – c’est vraiment bête.
Greendale est un projet intéressant et ambitieux, dont la bande-son ne permet sans doute pas de prendre toute la mesure. Pour apprécier Greendale-le-disque, il faut être vachement anglophone et attentif aux paroles. Car Neil Young a chiadé le récit plus que les arrangements musicaux. Ici, il joue ce qu’il a toujours si bien joué : un folk-rock bluesy sans surprise ni prétention. Les chansons prennent leur temps, la guitare granuleuse dialogue sans fin avec le chanteur reconnaissable entre tous. Neil Young joue comme s’il était au fond du saloon de Greendale, dans la pénombre, occupé à roder ses nouveaux morceaux, sans le moindre spectateur pour lui coller la pression. Comme d’hab’, il compose des chansons subtilement douces-amères, à la fois puissantes et retenues, sur le fil d’un rasoir émoussé. Il se débrouille très bien pour créer les conditions d’une musique orageuse avec sa guitare et sa voix lancinantes.
Mais, à Greendale, l’orage éclate rarement. La rythmique pépère, parfois même poussive, tire l’album vers une monotonie pesante sur la longueur. Pour un Bandit gracieusement arrangé, ou un Be the Rain qui décolle enfin, il faut s’enfiler des kilomètres de boogie-blues convenu (Grandpa’s Interview dure près de treize minutes, et c’est au moins dix de trop). On pourrait le dire autrement : de Greendale, Neil Young rend très bien l’ennui provincial. L’album se laisse écouter, mais il nous laisse aussi aux portes de la ville, à la première page du roman musical, dont on attend de voir les images pour trancher.
Stéphane Deschamps dans Les inrockuptibles du 20 août 2003
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