Genre : Chanson française
Note : ***
À mon tour de l’être... remué. C’est peu, c’est rien, mais si Dominique A oublie de poser l’ensemble de ses doigts sur le manche, John Parish, lui, fait de même, pour compléter avec les notes les arrangements restant à naître, ni minimalistes, ni discrets, juste à leur place dans l’univers de l'”Ascentiel”. Tranquille, libéré et épaulé, Dominique A chante, avec moins de circonspection, pas pour autant avec prestance, ses histoires... Pornographes ? Souriantes ? À double-fond ? À fond propre et souillé ? Oui, quand même, quoique... Dominique A, en observateur de son ombre fidèle, se projette. Beau, il l’est. Et il sourit, mine de rien. Même si. Même si la porcelaine, au fond de la rétine, inversée, renvoie et projette l’image de la cuisine, du lavabo, lieu particulier de ses méditations mélodiques et narratives. Lieu-objet, familier, surtout pas résidentiel, normalement. Ça dépend chez qui, tout dépend de la situation. Ça peut faire mal d’être moins blanc, moins froid que cette porcelaine entachée et si domestique. Mais comme, suppose-t-on, il faut aimer quand même, quelque chose ou quelqu’un, ce seront les hommes, les femmes et la fatalité douce-amère qui joueront la scène. Dominique A est de ceux-là, metteur en scène, acteur, spectateur, victime pour ceux qui y croient. On lui pardonne d’avoir ce courage volatil, cette pensée décalée, pleine d’humour et d’humeurs. Dominique chante l’amour et la vie, depuis tout le temps. Mais aujourd’hui avec une bienveillance sacrificielle qui vaudrait bien une Leçon De Piano. C’est agréable. On accepte alors ses cernes, les histoires trop petites pour les êtres sublimés qu’elles ont créé... Ah Dominique, salaud, pourquoi ces vœux ? Sont-ce les meilleurs (Auguri en italien) ? Venise n’arrange rien. Un masque, une mélodie, une histoire, et l’arrivée à destination... Les flots. Toujours.
Jean-Fabien Leclanche dans magic n°55 d'octobre 2001
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Inespéré maillon fiable entre Barbara et Alan Vega, Dominique A fait partie de ces bardes experts tellement à l'écart de la médiocrité ordinaire qu'on les estime incapables de nous décevoir un jour – et ce n'est pas ce cinquième album de très belle tenue qui risque de venir lézarder un si coriace pressentiment. De fait, après l'aventureuse traversée des ténèbres entreprise il y a deux ans avec l'impressionnant Remué – disque crucial dont Auguri porte, épars mais saillants, les stigmates – Dominique A reprend ici goût à des ambiances plus contrastées. Mais il n'a en route rien perdu de la fébrile justesse et de la profonde authenticité qui caractérisent son art et sa manière. Rares sont les chansons qui donnent autant que les siennes l'impression de jaillir ex abrupto du cœur de leur auteur pour foncer droit au nôtre : peut-on ainsi imaginer une chanson plus immédiatement touchante que Pour la Peau, l'épidermique acmé d'Auguri ? Il est vrai qu'au long des quatorze petites cantates contenues dans Auguri le maître de cérémonie joint l'agilité extrême du geste musical (la production de John Parish, plus encore que chez PJ Harvey, rend l'amidon doux et sensuel comme le talc) à la précision incisive des paroles.
Jérôme Provençal dans Les inrockuptibles du 16 octobre 2001
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