Great Lake Swimmers : Great Lake Swimmers (2004)  (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 16:39

Genre  :  Country Folk USA
Note :  ***


Je ne reçois plus jamais de disques en service de presse (sauf une BO de temps à autre). L’autre jour, la poste dépose sur mon bureau un énigmatique CD : pochette gris beigeasse, bande noire, juste ce nom (ou ce titre ?), Great Lake Swimmers, et le nom du label, très frères coenien. Il allait machinalement rejoindre dans la poubelle du service cinéma la ration quotidienne des quelque cent cinquante communiqués de presse inutiles lorsqu’un vieux réflexe atavique et le titre de la première chanson, Moving Pictures Silent Films, me font jouer ce CD auquel je crois très mollement. Et là, le truc dingue : c’est vachement bien ! Qui donc m’a envoyé un disque aux Inrocks ? Mystère…
Seule certitude, c’est un putain de bon disque. Du country-blues livide, mélancolique, glandulaire… L’Amérique désenchantée, modeste, timide, comme on l’aime. Des guitares boisées, qu’on croirait jouées au creux de l’oreille. On entend le frottement des doigts sur le nylon des cordes, le moindre coup d’ongle, on sent presque l’odeur de pin de la caisse. Et la voix du chanteur… Pas le style à aller bombarder Bagdad ou Bercy, plutôt le genre à se faire latter et traiter de pédé à la sortie d’un banquet de la section texane du Parti républicain. Et à torcher de sacrés titres, comme Moving Pictures Silent Films. Ce disque, c’est le meilleur Neil Young depuis le dernier meilleur Neil Young. C’est Harvest repris par Sparklehorse. Ou Palace essayant d’imiter Rust Never Sleeps. C’est la complainte de jeunes gens fragiles hululant doucement à la lune dans les grands espaces glacés de l’Amérique bushienne. Une bouteille jetée à la mer, que le ressac a amenée jusqu’à mon burlingue, et dont j’accuse ici réception avec émotion et empathie. Vous êtes vaguement écœuré par la profusion MP3 ? Fatigués des hypes hebdomadaires ? Picorez les Great Lake Swimmers : c’est goûteux, léger, 100% bio, ça passe tout seul, ça nettoie les oreilles et l’esprit. Des disques comme ça, je veux bien en recevoir un par mois. 

Serge Kaganski dans Les inrockuptibles du 14 avril 2004
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Great Lake Swimmers est la dernière découverte de l'excellent label parisien Fargo. Derrière ce nom se cache un jeune canadien du nom de Tony Dekker. A l'écoute de son premier album éponyme on se doute que le gars a du passer le plus clair de son temps à écouter Neil Young, Nick Drake, et plus récemment Elliott Smith. Découvert sans le vouloir, cet album est d'ores et déjà un disque incontournable parmi ceux sortis cette année. Bien que largement influencé par les artistes cités plus haut, ce nageur des grands lacs pratique un folk unique et ultra-personnel.
Enregistré dans un vieux silo à grain, ce disque a une sonorité propre, ou se mêle une multitude de sensations et de saveurs. Cette musique traditionnellement encrée dans une imagerie de grand ouest américain, se fait, ici, onirique et empreinte de mystère. Tout au long des dix chansons, on a l'impression de voler dans un semi rêve, guider par la voix enchanteresse de Tony. De «Moving Pictures Silent Film» en passant par «Moving Shaking» la mélodie, mélancolique, nous enveloppe et nous emmêne vers un monde imaginaire proche de celui de Tolkien. Elfique à souhait, «Merge, A Vessel, A Harbour» est d'une tristesse à pleurer, une des meilleures chanson de l'album avec «The Animals Of The World» qui s'impose comme un coup de génie, avec sa mélodie et sa construction redoutable. Un grand artiste naît à nos oreilles à l'écoute de ce morceau. Nous n'avions plus entendu pareille émotion depuis le regretté Elliott Smith. Dans un style passablement différent, Great Lake Swimmers fait figure d'héritier. En 2004, on a encore la chance de pouvoir découvrir des artistes aussi doués. Avec Adam Green (entre autre), Great Lake Swimmers s'inscrit dans la nouvelle vague des songwriters bourrés de talents. Nul doute qu'il compte parmi les plus talentueux et les plus inventifs. Ce premier album est un rêve éveillé et il laisse entrevoir à son auteur un avenir radieux.

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Great Lake Swimmers : Great Lake Swimmers (2004)