Papa M : Hole Of Burning Alms (2004) (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 15:00

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Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  ***


Compilation de faces B, morceaux rares, reprise inédite et chanson de Noël, Hole Of Burning Alms est un fourre-tout génial qui permet de survoler la carrière solo d’un des derniers seigneurs de la musique américaine moderne, David Pajo. On ne reviendra pas ici sur tous les groupes historiques que ce vieux complice de Will Oldham éclaira de son jeu de guitare brillant, pour se concentrer sur son projet à géométrie variable, ce M aérien devenu paternel ators que Pajo se décidait à passer derrière le micro avec le bonheur que l’on sait. C’est d’ailleurs tout le mal de Hole Of Burning Alms, aux trois-quarts instrumental, de passer après le bien chanté Whatever, Mortal. Pourtant, ce disque vaut le détour, ne serait-ce que pour cette reprise séminale du Turn! Turn! Turn! des Byrds, dont les seize minutes figurent parmi ce que Papa M a enregistré de plus beau depuis sa formation. Figurant la quintessence d’un style dont le sens de la dynamique évoque le Crazy Horse des meilleures années, la six-cordes volage de ce natif de Louisville y tient un discours aussi passionnant que ceux du Loner en son temps.  L’incontournable Last Caress (face B de 1998), interprétée à dos de colline avec une simple acoustique et quelques bourdonnements d’insectes en guise de chœurs, est une nouvelle merveille sentimentale à la mélodie finement ouvragée. Principalement composée de titres aphones datant des périodes M, M Is The Thirteen Letter et Aerial M, la première face de cette compilation pour initiés permet de redécouvrir des spirales sublimes comme Vol De Nuit (paru sur Monade en 1996, puis sur Vivea en 1998), Mountains Have Ears (édité sur M Is en 1997) ou les plus anciens Safeless et Napoleon (Palace Records, 1995). En attendant l’hypothétique parution de l’intégralité des sessions de Whatever, Mortal et surtout un nouvel Lp en cours de composition, le retour du seul M décemment recommandable arrive à point nommé pour égayer le printemps.

Renaud Paulik dans magic, n°79 d'avril 2004
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Ceux qui ont vécu sur Mars ces dernières années l’ignorent peut-être, mais David Pajo est un pilier de la scène rock de Louisville/Chicago : membre fondateur de Slint, puis collaborateur de Tortoise, Bonnie "Prince" Billy, Pullman, The For Carnation, Mogwai, Matmos et... Zwan (eh oui, les faux pas, ça arrive à tout le monde, même aux meilleurs). Depuis 1995, ce touche à tout (guitare, basse, batterie, percussions, piano, banjo, sitar...) mène parallèlement une carrière solo prolifique, sous différents pseudonymes : M is the thirtheenth letter, M, Aerial M, et ces dernières années Papa M. A l’heure où il enchaîne les EPs (six sont sortis entre mars 2003 et mars 2004), voici venue cette compilation de b-sides et autres raretés intitulée Hole of Burning Alms, une rétrospective centrée sur la période 1995-2000. Une initiative à saluer, puisque la plupart de ces titres figurent sur des disques aujourd’hui épuisés.
La tracklist suivant un ordre chronologique, c’est donc par les deux titres de l’EP  M is the thirtheenth letter que débute Hole of Burning Alms : écrits en 1995, Safeless et Napoleon font d’ailleurs figure de trait d’union entre deux époques, puisque l’on ressent nettement sur les riffs abrupts et froids du premier tout l’héritage issu de Slint, tandis que le second apparaît comme une belle introduction aux premiers albums de Mogwai. Ce savoir faire né chez Slint et qui influença considérablement le rock des années 90, David Pajo le met en lumière de façon moins austère sur les deux titres suivants : Vol de nuit (tiré d’un Split EP avec Monade, sorti en 1996) puis Wedding song n°3 (tiré de l’EP M is... sorti en 1997 sous le nom d’Aerial M), un titre pertinent basé sur des alternances accélérations/décélérations, qui fut l’objet par la suite de plusieurs remixes (Post Global Music, 1999). Il est clair que sur ces quatre premiers morceaux, Pajo se sent comme un poisson dans l’eau, et s’il livre des titres très efficaces dans ce domaine où il excelle, on ne pourra pas en dire autant de sa première incursion dans l’électronique (Moutains Have Ears, 1997) qui manque cruellement de créativité et dont le côté répétitif s’avère particulièrement ennuyeux.
Après cet intermède à base d’électronique, Vivea (1998) reprend les éléments classiques (batterie, guitare) auxquels Pajo adjoint le piano pour aboutir à une belle réussite emprunte de mélancolie. C'est alors dans le son de la basse que l'on ressent son passage chez Tortoise, une influence qui sera d’autant plus affirmée sur le superbe She Said Yes (1999). On notera par ailleurs la présence de Last Caress (1998), une étonnante reprise des Misfits, puisque c’est avec une guitare acoustique minimaliste et une voix timide que Pajo dresse l’antithèse absolue de ce titre aux origines hardcore.
Devenu Papa M en 1999, on commence alors à mieux percevoir les différents terrains de jeu de David Pajo. Ces différents visages apparaissent d’ailleurs sur les treize minutes de Travels in constants (sorti en 1999 chez Temporary residence) dans une qualité hétérogène, le titre s’ouvrant sur quatre minutes d’electro barbante, avant de glisser vers une phase atmosphérique et contemplative à la guitare, pour finalement s’achever sur une partie chant/guitare acoustique enregistrée au clair de lune (des convictions qu’il mettra plus en avant par la suite, en 2001 sur Papa M Sings par exemple). Pour voir Pajo marquer des points dans son passage de l’électrique vers l’acoustique, c’est sur Up North Kids n°2 (1999) qu’il faut se pencher, puisque c’est un véritable petit bijou mêlant basse, guitare et banjo qu’il signe ici, annonciateur de sa grande réussite folk qu’est l’album Whatever, Mortal (2001). Arrive ensuite Turn Turn Turn (2000), la surprenante reprise des Byrds : planante, ensoleillée, elle insuffle un grand vent de liberté sur plus de seize minutes.
Au regard de la qualité remarquable de l’ensemble, tant dans l’acoustique que dans l’électrique, on pardonnera aisément à David Pajo ses quelques faux pas électroniques. Hole of Burning Alms reste une rétrospective hautement recommandée, aussi bien pour les fans que pour ceux qui désireraient s’initier. Voilà désormais quinze ans que David Pajo déborde d’activité, et la qualité étant régulièrement au rendez vous, on peut se demander si dans quelques décennies, il n’y aura pas des "anthologies David Pajo", un peu à l’image de ces luxueux coffrets sortis ces dernières années et consacrés aux génies du jazz... car il est bien évident que David Pajo a la trempe d'un génie.

Antoine D. sur 
Millefeuille.fr le 5 avril 2004
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