Genre : Pop & Folk Norway
Note : ****
Depuis qu’ils ont décrété en 2001 Quiet Is The New Loud, Erlend Øye et Eirik Glambek Bøe ont suscité bien des vocations. Mais personne n’est arrivé à la cheville du premier album de Kings of Convenience qui a permis de situer la ville de Bergen sur la carte du monde. Enfin de retour après la suractivité discographique du premier (un album décevant par-ci, un mémorable Dj Kicks par là sans compter quelques featurings) et l’absolu silence du second, on pouvait douter de la capacité du tandem à se régénérer sans se disperser pour autant. La présence de la dulcinée d’Eirik Glambek Bøe sur la pochette du disque est un signe du changement dans la continuité que renferme Riot On An Empty Street. Soit douze chansons d’obédience acoustique toujours autant influencées par l’héritage Simon & Garfunkel (Homesick en ouverture intemporelle) mais plus arrangées qu’avant (Love Is No Big Truth à titre exemplaire), discrètement groovy (I’d Rather Dance With You) et parfois ouvertes à une présence extérieure. L’omniprésente mais lumineuse Feist, LA révélation féminine de l’année propulse ainsi Know-How et surtout The Build Up vers des altitudes insoupçonnées qui n’ont d’égal que le sommet des montagnes norvégiennes. Toujours aussi facétieux, les Kings of Convenience ont failli intituler ce disque Dire Straits. Dommage. On imaginait déjà la tête de quelque acheteur se décomposer en magasin.
Franck Vergeade dans magic, n°82 de juillet 2004
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En 2001, les K.O.C. sortaient leur premier CD Quiet Is The New Loud, qui révélait le son étrange et élégant produit par deux jeunes Norvégiens apparemment déterminés à devenir les Simon et Garfunkel du nouveau millénaire gentilles chansons acoustiques et douces harmonies étudiantes. Les critiques s'extasièrent sur leurs arrangements spartiates et leur musique ensorcelante, et Quiet... s'attira un public culte dans l'Europe entière. Hélas, l'attention et les ventes ne firent qu'embrouiller le duo, qui se sépara brièvement (Eirek Glambek Boe démarrant des études de psychologie, Erland Oye se muant en populaire DJ disco-pop) avant de se réunir l'an dernier pour enregistrer ce nouveau disque. Lequel reprend l'affaire où son prédécesseur l'avait laissée, Boe et Oye paraissant toujours résolus à recréer la luxuriante sensibilité pastorale de Simon & Garfunkel ou du Nick Drake de Bryter Layter. On recense également ici quelques tentatives de pop commerciale enjouée, comme le contagieux quoique superficiel I'd Rather Dance With You mais le duo se singularise surtout en exploitant la fibre douce-amère (cf. Homesick, rumination sur la solitude, ou l'ennui vague de The Build Up). A l'arrivée, Riot... manque des compos inspirées qui illuminaient leur énigmatique premier album, mais impressionne quand même grâce à ses harmonies et arrangements séduisants, et l'appoint de la chanteuse canadienne Feist.
Nick Kent dans Libération du vendredi 25 juin 2004
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Aïe aïe aïe… On imaginait bien qu’il ne serait pas aisé de donner un successeur à ce Quiet Is The New Loud d’île déserte, disque hors du temps ne ressemblant à rien de ce qui peut s’enregistrer aujourd’hui… Mais on n’imaginait certainement pas ça. « Ça » c’est un disque qui nous laisse inexorablement indécis, sans opinion véritablement tranchée…
Concrètement, Riot On An Empty Street c’est « Kings of Convenience 2 le retour (ils reviennent et ils sont toujours tendres) ». Sauf que non, pas exactement. Mais beaucoup quand même. Et pas assez en même temps… Bref, vous voyez un peu le casse-tête…
Bien sûr, et malgré les pérégrinations européano-clubbesques d’Erlend Oye (l’autre moitié du groupe, Eirik Glambek Boe, dans toute sa classe kingsofconveniesque en a profité pour terminer ses études de psychologie), on n’imaginait pas un changement radical de direction. Mieux même, on ne le souhaitait pas. Homesick constitue ainsi une entrée en matière rêvée pour ceux qui se languissaient de retrouver le duo acoustique : « je perds quelques ventes et mon patron va faire la gueule mais je ne peux m’arrêter d’écouter ces 2 douces voix mêlées à la perfection », soit très exactement la traduction par les mots de l’essence du groupe, sur fond d’arpèges électro-acoustiques divins. Un de leurs meilleurs titres assurément. Cayman Islands continue dans cette même veine miraculeuse, comme du Nick Drake susurré par des Simon and Garfunkel au touchant accent norvégien : sublime. Tous les morceaux acoustiques en vérité, sur lesquels les 2 comparses rivalisent en parfaite harmonie de délicatesse et d’émotion contenue, sont de véritables moments de grâce pure (Gold in the Air of Summer). La participation pourtant très à propos de la délicieuse Leslie Feist sur 2 titres s’apparenterait ainsi presque à une intrusion dans un univers qu’on imaginait éternellement dual.
Pourtant, déjà, le malaise (que voilà certes un bien grand mot !) s’installe. Ce titre d’abord (Emeute au milieu d’une rue déserte) : plus qu’un prolongement évident, n’est-il pas un écho paresseux et dévalorisé à ce Quiet Is The New Loud puissamment revendicatif, véritable déclaration d’intention esthétique voire philosophique ? Et pourquoi avoir repris, note pour note, inflexion pour inflexion, Surprise Ice qu’on trouvait déjà sur le premier album ? Bien sûr, les Kings of Convenience ont en quelque sorte fait de l’immobilisme une véritable profession de foi mais là…
L’album contient pourtant dans toute sa partie centrale des titres plus enlevés, plus arrangés. Oh, ils ne sont pas mauvais, loin de là, et ils feraient le bonheur de bien des songwriters tiédasses et sans inspiration. Seulement quand on a épinglé à son tableau de chasse des Toxic Girl, des Weight of My Words ou aujourd’hui donc des Homesick, des titres comme Sorry or Please ou Live Long font pâle figure.
Alors quoi ? Retour à la case départ. Ce disque est bon, voire très bon, et il y a fort à parier qu’il séduira sans retenue ceux qui découvriront le duo par son biais. S’il était paru avant son prédécesseur nous aurions peut-être même là aussi parlé de chef d’œuvre. Mais de manière très égoïste et sans doute injuste, on aurait presque souhaité que Quiet Is The New Loud reste un disque isolé, gratuit, héroïque et surtout unique.
Laurent Garcia sur www.Benzinemag.net
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