Genre : Country Folk USA
Note : ***
Pour beaucoup d’entre vous, le dénommé Sufjan Stevens est peut-être encore un inconnu. Qui ne devrait pas le rester longtemps. Vingt-huit ans au compteur, originaire de Detroit mais résidant à Brooklyn, ce jeune homme avec déjà trois albums derrière lui, tous parus sur la micro-structure Asthmatic Kitty (le troisième, réalisé en 2003 et distribué en France en catimini, Greetings From Michigan : The Great Lakes State devrait être bientôt “réédité” par Rough Trade), cultive autant les idées farfelues (il ambitionne de réaliser cinquante disques, chacun inspiré par l’un des États américains, ce genre) qu’une sensibilité musicale à fleur de peau. Ainsi, on n’entre pas dans son univers en braillant et débraillé. C’est à pas feutrés qu’il faut se familiariser avec ce répertoire dont la fragilité n’a d’égale que la beauté. Folk d’un nouveau millénaire, pop boisée pour milieu urbanisé, psychédélisme sans substances interdites : les chansons de ce songwriter touché plus que de raison par la grâce sont un peu tout ça à la fois. Banjo, guitare acoustique (mais jamais sèche) ou électrique (mais toujours claire), choeurs angéliques et claviers raffinés sont les rares ornements de ces compositions baignées d’un halo tamisé, d’une élégance attendrissante. Ici ou là, Stevens peut bien retrouver un cousin éloigné (Tom McRae sur le troublant A Good Man Is Hard To Find), se rappeler au souvenir d’un vieil oncle (Neil Young, le temps de l’électrisant Abraham), il reste au final toujours un fils unique, dont on rêve de devenir le meilleur copain, sans pourtant parvenir à le connaître tout à fait, le cerner parfaitement. Mais, parfois, c’est vrai, il suffit juste d’un cygne...
Christophe Basterra dans magic, n°79 d'avril 2004
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Les Stooges, le MC5, la Motown, Eminem, les White Stripes… Longtemps, on a cru que le Michigan, ce poumon crevé de la vieille Amérique industrielle, n’enfantait que des durs à cuire et des tempéraments de feu. Mais l’an passé, on découvrait l’autre Michigan, celui de Sufjan Stevens : un album aux allures de territoire autonome, une enclave poétique dans laquelle ce héraut sans armure portait l’oriflamme d’un songwriting paré de dentelles acoustiques, vibrant au son des hautbois, des trompettes et des xylophones. Avec Seven Swans, ce bel inconscient réinvente aujourd’hui le folk anglo-américain autour d’une guitare, d’un banjo et d’un piano – et tout indique que son petit coin de paradis n’a pas changé. Au pays de Stevens, l’imaginaire est au pouvoir et règne en monarque éclairé : il légifère par le biais de mélodies aussi digressives qu’intelligibles, d’arrangements fleuris qui exaltent la sensibilité de l’auditeur, de textes illuminés composant un étrange imagier (références bibliques, histoires de donjons et dragons, confessions surréalistes).
Déjà présents sur Michigan, les membres de l’étrange Danielson Family se fondent dans le décor, apposent ici et là leurs voix d’enfants de chœur, quelques coups de batterie, trois ou quatre lignes de basse. Ça n’est pas la folie des grandeurs, non, mais c’est bien mieux : Stevens possède l’audace non calculée des timides, et cette singularité farouche qui est l’apanage des doux rêveurs. Il faudra suivre de près ce drôle de paroissien, qui redéfinit l’air de rien les canons du songwriting américain.
Richard Robert dans Les inrockuptibles du 14 avril 2004
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