The New Year : The End Is Near (2004)  (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 15:04

Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  ***


Ne pas s’attendre ici à la moindre objectivité de ma part. Depuis le premier album de Bedhead, il y a plus de dix ans, les disques des frères Kadane font partie si intimement de ma vie, et leur pouvoir de consolation est tellement important, que je serais bien incapable de les juger autrement qu’en tant que fan. À titre indicatif, ces deux-là m’obsèdent à tel point qu’ils m’ont conduit à acheter la guitare Fender Mustang vintage aperçue sur une de leurs pochettes, à entretenir parfois une pilosité faciale improbable, à visiter le Texas... Surtout, grâce aux frères Kadane, j’ai fait la connaissance d’individus passionnants ayant avec eux le même problème que moi, la fréquentation hebdomadaire minimale d’au moins un de leurs enregistrements nous paraît â la fois un plaisir immuable et rassurant, et un rempart efficace contre l’envie d’en finir. Nous autres sommes à nouveau comblés avec ce deuxième Lp de The New Year, après les retrouvailles bouleversantes de Newness Ends il y a trois ans. Depuis quelques semaines, The End Is Near a pris le contrôle de mon existence avec la même implacable efficacité qu’une addiction à la codéine. Après plus d’une centaine d’écoutes, il fait ombre à tous les autres disques en ma possession. Quand je ne l’écoute pas, il me manque autant qu’une maîtresse en exil. Le temps ne semble pas avoir de prise sur ces chansons, que les gens normaux qualifient invariablement de “déprimantes”. Elles sont cette fois sensiblement plombées par la perte de proches, ralenties dans leurs constructions mais toujours aussi bouleversantes. Sur Disease, sommet de The End Is Near, il faut entendre Matt Kadane chanter avec une rage froide et toute albinienne (“I don’t know about God but I’m sure there’s a devil... ”) pour comprendre â quel point cet album m’est totalement indispensable. Le reste ne vous regarde pas.

Étienne Greib dans magic, n°82 de juillet 2004
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Avec une fidèle constance, les frères Kadane continuent de déverser un spleen fédérateur argumenté de Telecasters lumineuses et de larsens brumeux. Et encore une fois, la fin justifie les moyens.
Malgré leur modeste reconnaissance et le statut ultra-culte qui leur convient depuis plus de 10 ans, Matt et Bubba Kadane, sont ce qu’on appelle des valeurs sûres. Aussi imperturbables que des colonnes de marbre grecques, les illustres ex-Bedhead résistent sans sourciller à l’épreuve du temps. On se souvient de la relative difficulté à se procurer leurs premiers albums, qui les avaient naturellement confinés à ce statut d’artiste underground, pour ne pas dire «maudit», pour rester poli. Récemment, grâce aux rééditions 2002 sur le label Touch and Go, l’heure de la réhabilitation avait sonné et permis à une nouvelle génération de découvrir ce groupe un peu trop en avance sur son temps. Malheureusement il était déjà trop tard, les «têtes de lit» ont déjà rendu les armes quatre ans auparavant et s’en sont allés former The New Year en compagnie de Chris Brokaw (ex-Come/Codeine).
Trois ans après le formidable The Newness Ends (2001), qui confirmait que la paire de Telecaster avait toujours de belles choses à nous offrir, voilà donc cette très attendue seconde galette. Usant toujours de dérision macabre, le second album s’intitule «la fin est proche», sorte de clin d’oeil à l’esprit fataliste du disque précédent... Vous comprendrez donc qu’ici on ne parle pas de l’arrivée du printemps, ni de l’éclosion des coquelicots. Dans l’ordre des choses, on suggérera donc pour les prochains albums les titres suivants : Happy new year, This is the end, The neverending Story, The end that should not be...
Blague mise à part, il est agréable de voir que malgré des textes à la noirceur évidente, les frères Kadane savent se tourner en dérision et ne se complaisent pas dans cette image un peu trop caricaturale d’artiste écorché jusqu’à la moelle.
Depuis i>The Newness Ends, les frères Texans ont émigré à Boston, plus près du fidèle Steve Albini d’ailleurs toujours crédité en tant qu’ingénieur - Matt et Bubba se réservant l’attribution de producteurs.
La première chose notable, c’est que le disque demeure plus coloré que son prédécesseur. The New Year semble pour la première fois faire des concessions - non pas en terme commercial, loin de là, mais plutôt dans le sens artistique. Plusieurs instruments étrangers (violons, pianos, vocaux) font leur apparition, non pas de manière fortuite, mais plutôt justifiée, histoire de donner quelques variations à leurs compositions usuelles. La matière se veut ainsi plus profonde. En ce sens, on se retrouve tout de même un peu déboussolé lorsque "The End’s Not Near", la première plage du CD commence : des notes de piano sont nettement discernables et tendent vers ses harmonies répétitives si chères à Pinback.
Autre détail, troublant : la voix. Jusqu’à présent, la ligne de conduite chez les frères Kadane était la suivante : ce n’est pas le chant qui est roi, ce sont les guitares qui se font nobles. Le chant ici s’écoute mais ne se fredonne pas, ce sont les guitares qui s’en chargent. Or, sur la table de mixage, le curseur «chant» semble avoir été pour la première fois monté d’un cran. Les compositions ont pris une tournure légèrement plus pop, comme sur "Disease", ou "Age of Conceit", qui poussent le bouchon jusqu’à se fendre de choeurs. Pas de quoi se faire du mourron non plus, ces petites notes sont utilisées à bon escient.
Il reste enfin ce pourquoi on écoute leurs disques : cet intrigant et fascinant travail sur les guitares qui a fait la renommée du groupe, tour à tour menaçant et rêveur. "Plan B" est sans conteste le tour de force du disque. Une sorte de phénomène boule de neige qui atteint un paroxysme d’intensité et fait l’effet d’une bourrasque menaçante qui s’accable sur nos malheureuses oreilles.
"18", seule pièce montée, culmine sur près de 8 minutes de larsen, mais n’apporte pas grand chose à l’entreprise, les frères s’étant montrés plus inspirés par le passé. Ils se rattrapent sur "Stranger To Kindness", ballade crépusculaire à laquelle se greffent des violons jamais putassiers.
Ils nous le prouvent encore sur ce disque, The New Year reste toujours une des trois meilleures formations rock dans l’art de distiller une tension fiévreuse, basée sur l’économie de moyen (vagues de larsen et Telecaster aussi pure que du cristal). Plus que tout autre groupe de rock ils ont su transcender cette formule empruntée aux modèles New Yorkais (Television, Sonic Youth), et en faire leur marque de fabrique. Mais comme on dit, «il y a l’art et la manière de la faire», et à ce jeu là, les frères Kadane n’ont plus rien à prouver depuis longtemps.

Paul-Ramone sur pinkushion - 15 juin 2004
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