The Mountain Goats : We Shall All Be Healed (2004)  (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 15:12

Genre  :  Country Folk USA
Note :  ***


Cela devait arriver. Le groupe le plus militant de la scène lo-fi américaine, qui a longtemps sorti ses chansons sur des cassettes pourries après les avoir enregistrées avec du matériel de supermarché, devait bien un jour pondre un album correctement produit. Si l’idée paraît révoltante en soi, l’écoute de We Shall All Be Healed peine à susciter le moindre reproche envers John Darnielle et ses acolytes, tant l’album sonne tout simplement juste. Surtout que les Mountain Goats, qui avaient tout juste daigné mettre les pieds dans un studio pour le Lp précédent, n’ont pas ici non plus opté pour une approche spectorienne de la mise en musique : il s’agit uniquement de faire ressortir leurs chansons avec plus de clarté. Même les paroles de Darnielle, parolier de génie, n’apparaissent plus comme l’illustration d’un concept tordu (notamment la chronique d’un couple dérangé), ce que certains fans hardcore prendront pour une trahison supplémentaire. Un procès d’intention serait pourtant tellement injuste. Les treize titres de We Shall All Be Healed condensent le meilleur des Mountain Goats, agrémenté ici ou là d’un violon dissonant ou d’une batterie monolithique. Et John Darnielle n’a pas renoncé à chanter comme s’il était seul sous sa douche. Même s’ils se transforment en R.E.M., on les aimera toujours.

Gilles Duhem dans magic, n°78 de mars 2004
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John Darnielle est un homme libre qui a compris il y a bien longtemps que la valeur des songwriters se forge avec le temps. Suivant ce principe à la lettre, les Mountain Goats sont bien décidés à enfiler jusqu’à trépas des chef-d’œuvres mineurs.
Les Mountain Goats, voilà un nom qu’on aurait aimé inventer tellement ça sonne bien aux oreilles. Paradoxalement, c’est aussi un des plus ridicules (traduire littéralement "chèvres des montagnes"). Bref, outre ce détail mineur (qui se soucie du nom des Pixies ?) on imagine bien John Danielle répondre à la question "comment s’appelle votre groupe ?" et répliquer fièrement à la manière d’un 007 : "Goats, The Mountain Goats"... Imparable, non ?
Blague mise à part, je vous parle de ça car finalement John Darnielle, a certainement dû répondre souvent à cette question vue la quasi-confidentialité des Mountain Goats durant près d’une décennie. Heureusement, le temps des compilations repiquées sur cassettes et distribuées bon gré mal gré par quelques disquaires indépendants semble déjà loin depuis leur signature chez le label 4AD, comme tout le monde sait chantre de l’indie rock 80’s, qui semble ré-émerger qualitativement après une décennie sous perfusion (le dernier Mojave 3, Mountain Goats donc, mais aussi le prochain Blonde Redhead).
Même si on ne peut pas parler non plus d’explosion mainstream, il est certain que le regain d’estime perpétré par Tallahassee l’année dernière a permit à cette figure de l’indie-folk d’ouvrir son audience vers de plus larges sphères médiatiques. Fort heureusement, John Darnielle n’en a pas pour autant changé ses habitudes : le revoilà déjà avec un nouvel album qui prolonge un peu l’esprit du précédent.
We Shall All Be Healed a été enregistré au Bear Creek Studios à Washington, en compagnie du fidèle Peter Hughes, le claviériste Franklin Bruno et deux nouveaux intervenants, Christopher McGuire (batterie) et Nora Danielson (violon). Le producteur Tony Doogan, (Belle & Sebastian) a passé le relais à John Vanderslice, ex-Meka Ultra, qui a également sorti quelques albums solos chez Barsuk. Mais bon, tout cela n’a pas vraiment d’importance car on n’achète pas un album des Mountains Goats pour ses prouesses de production mais pour ses comptines pop écorchées, ce ton à la fois moqueur et apitoyé si caractéristique de la personnalité de John Darnielle.
Peut-être est-ce dû à son ancien job d’infirmier, mais le leader des Mountain Goats aime se préocuper de son entourage, le choyer et prendre de ses nouvelles. Tel un Saint-Bernard des montagnes, il se transforme en épaule chaleureuse où l’on peut se reposer en toute confiance. A la manière d’un Jonathan Richman, John Darnielle est un troubadour qui, malgré le soutien d’un groupe s’approprie égoïstement l’esprit d’une chanson. De ce fait, et malgré une production nettement meilleure que ceux précédant Tallahassee, on a toujours le sentiment d’entendre notre homme seul sur une estrade conter ses petites tranches de vies. Lui seul compte finalement.
Le sentiment s’accentue par le fait que les chansons des Mountain Goats ne sont pas vraiment pop : "Slow West Vultures" démarre comme une chanson des Go-Betweens période Spring Hill Fair pour finalement basculer vers une folk song sans réel refrain. On sent bien que le groupe veut gommer cette faiblesse en revêtant d’arrangements luxurieux son répertoire, comme sur le néanmoins très réussi "Quito". Les chansons paraissent alors presque embarrassées par ce surplus de friandises, laissant peut-être passer le côté essentiel, cet art de raconter des histoires.
Bien sûr, on ne rechigne pas à cette perfusion de testostérone jamais outrancière, mais on se dit que finalement tout cela ne sert pas à grand chose. Les chansons des Mountain Goats vêtues de leur squelette se suffiraient à elle-mêmes. Finalement, on ne se refait pas.

Paul-Ramone sur pinkushion - 25 février 2004
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C'est armé, encore une fois, de sa fidèle guitare sèche et accrocheuse que nous revient John Darnielle en 2004. Se plaçant dans le créneau d'un rock acoustique extrêmement bien ficelé, the Moutain Goats nous présente les treize nouveaux titres composant We Shall All Be Healed, album produit de manière très "Lo-Fi", comme à l'habitude du groupe. Evoluant dans un univers musical simple et terriblement attachant, the Mountain Goats dégage une humilité rare et touchante, et a toujours choisi de privilégier le travail de composition au travail (excessif ?) de production.
Ces Américains possèdent une approche dynamique tout simplement irréprochable. Le jeu de John Darnielle peut se montrer totalement frénétique et névrosé (l'époustouflant "Home Again Garden Grove" par exemple). De plus, cette aptitude à alterner morceaux calmes et morceaux rapides, permet au répertoire de the Moutain Goats d'atteindre une envergure des plus intéressantes. Tour à tour, grave, sérieux ou intimiste, the Mountain Goats sait également se montrer plein de charme. Cet attrait envers ce groupe n'est pas déplaisant, bien au contraire. "The Young Thousands" s'impose comme un titre d'une efficacité implacable tout comme "Home Again Garden Grove" qui apparaît comme une ballade acoustique jouée sous speed. A contrario, certains morceaux se singularisent et parviennent à étinceler grâce à leur limpidité et leur douceur exaltantes, "Your Belgian Things", "Mole" ou encore "All Up The Seething Coast" sont donc de ceux-là. Par ailleurs, on ne reprochera pas à the Mountain Goats de s'électriser (légèrement) par moment, ce qui confère à We Shall All Be Healed une nouvelle dimension, comme sur "Quito" ou "Palmcorder Yajna".
Susciter l'intérêt encore et encore, entraîner l'auditeur vers des ambiances nouvelles mais pourtant tellement familières, surprendre et enthousiasmer, voilà à quoi pourrait ressembler le credo de ce combo. Faisant preuve d'une maîtrise parfaite des rythmiques et d'une énergie contrôlée, the Mountain Goats parvient à convaincre de son efficacité grâce à son dynamisme exubérant à toute épreuve. Un beau tour de force.

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