Genre : Pop Rock UK
Note : **
Un quatuor écossais au nom improbable sacré meilleur nouveau groupe britannique depuis... Oui, trois fois oui, tant le pays tout entier semblait s’enfoncer dans les ténèbres (The Darkness, beurk...) de la médiocrité. Heureusement, après un premier single, Darts Of Pleasure, mal accueilli dans ces colonnes mais qui gagne à la réécoute au-delà d’un arrière-goût de Pixies, l’arme fatale Take Me Out (The Strokes rencontre The Rapture) annonçait un album de haute volée. Belle promesse tenue par ces Écossais franchement pas radins, qui réconcilient esthètes trentenaires amateurs de leurs compatriotes Josef K et fans forcenés de Hot Hot Heat, à la fois capables de faire danser les filles (Auf Acshe, à la Duran Duran) et se pâmer les critiques (ah cette Matinee, très Orange Juice). Certes, leurs références sont bien dans l’air du temps, tout en mélodies anguleuses, lignes de basse rondes et bondissantes. Mais dans ce registre surencombré du revival post-punk, Franz Ferdinand tire avantage de son jeune âge en se jouant des querelles de chapelles (Wire sonne joyeux sur Tell Her Tonight) et se démarque par des qualités d’écriture (40 Ft tient la dragée haute au meilleur de The Coral) bien au-dessus de la seule copie carbone de Gang Of Four. Dans sa quête des nouveaux Strokes, la maison Rough Trade a choisi de signer à tout-va ce qui porte guitare, de The Libertines pour les plus évidents à British Sea Power pour les plus improbables, mais c’est bel et bien Domino, label indé jusque-là austère, qui a décroché la timbale avec Franz Ferdinand. Plus vifs que The Smiths ou Blur, dont les premiers albums furent à juste titre éclipsés par leurs successeurs, ces quatre nouveaux jeunes gens dans le vent ont déjà conquis le trône vacant de la pop britannique. “Wunderbar !“
Matthieu Grunfeld et Nicolas Plommée dans magic n°78 de mars 2004
© 2004 magic. Tous droits réservés.
En intitulant l’an passé son premier single Darts of Pleasure ("flèches de plaisir"), Franz Ferdinand donnait l’indication de son cœur de cible : un public plutôt jeune et hédoniste ayant jadis plébiscité Supergrass et les Strokes, cherchant avant tout la jouissance immédiate d’un rock vitaminé à l’enthousiasme pop. Un single plus loin (le fédérateur Take Me Out) et le quatuor écossais amené par l’impétueux Alex Kapranos (chant/guitare) est en passe de ratisser bien plus large que prévu. Franz Ferdinand, nom chipé au fameux archiduc d’Autriche – référence assez culottée –, figure en effet désormais en tête de toutes les listes de promesses pour 2004 et sur les lèvres unanimes de ceux qui les ont déjà vus sur scène.
L’enjeu, toujours le même, consiste à concilier l’embrasement électrique et lapidaire du punk avec les sudations et les génuflexions du funk, à jumeler la cave de répétitions borgne et le dance floor en habit de lumière. En onze titres sans temps morts, quarante minutes sans déchets, Franz Ferdinand parvient à faire oublier combien de combattants ont déjà foulé ce champ de bataille-là. Et donne l’illusion qu’on s’y déploie pour la première fois. Les plus perspicaces, ou les moins amnésiques, verront dans l’intelligence débridée des compositions ou la voix élégamment théâtrale (et l’utilisation sporadique de l’allemand seconde langue) se refléter l’ombre d’un grand groupe mort sans gloire : The Monochrome Set.
Le propos n’étant pas de détailler les branches de l’arbre généalogique de Franz Ferdinand, aussi touffu qu’un chêne tricentenaire, on préférera comptabiliser les bouquets inédits que le groupe compose : accordant la grâce aristocratique des orchidées avec la rugosité prolétaire du chardon, quelques herbes folles et parfumées avec la sagesse de mélodies couleur tournesol. Il s’agit d’un premier album, avec toute la pétulance, la fraîcheur, la jeunesse qui perlent un peu partout. Dès le prochain, ils seront peut-être déjà chiants et prévisibles, et c’est l’une des raisons pour lesquelles mieux vaut en profiter sans tarder, avant que les flèches du plaisir ne se transforment en piqûres d’anesthésique.
Christophe Conte dans Les inrockuptibles du 18 février 2004
© 2004 Les inrockuptibles multimedia. Tous droits réservés.

