Genre : Pop Rock Canada
Note : ***
Découverte sur le magistral premier album de Gonzales, remarquée dans l’ombre pléthorique de Broken Social Scene, la Canadienne Leslie Feist possède tous les atours de la gent féminine chantante. Plus jolie que Patti Smith jeune, plus charnelle que Tracey Thorn (Gatekeeper), plus groovy qu’Alison Statton (le single Mushaboom), plus audacieuse que Björk (Leisure Suite), plus vivante que Billie Holiday (Let It Die), plus sensuelle que Sade (One Evening), plus glamour que Chan Marshall (Lonely Lonely), plus mystérieuse que PJ Harvey (When I Was A Young Girl, pioché dans le répertoire d’Alan Lomax), plus envoûtante que Tanita Tikaram (Secret Heart, cover de l’indispensable Ron Sexsmith), plus féminine que George Michael (la fantastique reprise d’Inside And Out des Bee Gees), plus touchante que sa compatriote Joni Mitchell (la fantastique ballade conclusive Now At Last, signée du regretté Dick Haymes), Feist remporte tous les suffrages au petit jeu des comparaisons subjectives. Pour autant, aussi justifiées soient-elles, elles ne doivent pas masquer la personnalité dont Feist fait preuve sur cet enregistrement longue durée, le second après l’inaperçu Monarch (1999). Mélange d’aplomb, de fraîcheur et d’ingénuité, cette demoiselle pétrie d’un talent ahurissant a donc commencé par officier en groupe avant de voler de ses propres ailes. Cette multi-instrumentiste, depuis peu Parisienne d’adoption, se joue des styles avec une sobriété et une modestie exemplaires, auxquelles les arrangements imaginatifs de Gonzales et le mixage limpide de Renaud Letang ne sont pas étrangers. Let It Die ou la naissance d’une future star.
Franck Vergeade dans magic n°78 de mars 2004
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Des grands écarts et des rebondissements incessants, l’album de Feist en dévoile autant que sa déjà longue carrière, à moins de 30 ans, compte d’expériences entrecroisées et démultipliées, le plus souvent dans l’ombre des autres : Gonzales, Peaches, Broken Social Scene, récemment Albin De La Simone le temps d’un duo surréaliste, Elle aime. Maintenant, son tour à elle est venu. Feist raconte qu’elle a trouvé l’illustration idéale de sa vie d’artiste la première fois qu’elle a grimpé en haut de l’Arc de triomphe, en remarquant les avenues qui partaient dans toutes les directions possibles depuis la place de l’Étoile. Mais l’étoile, désormais, c’est elle, le triomphe ne devrait d’ailleurs pas tarder à la surprendre dans son anonymat.
Sur Mushaboom, premier single virevoltant, un bouquet d’instruments de nature féerique parfume instantanément la pièce, et chaque note résonne comme une bulle de champagne éclatant sur du cristal Burt Bacharach. Quant à sa voix, joliment ébréchée par moments, elle épouse pour l’occasion le rebondi velouté d’un sirop de pêche et la couleur pain d’épice d’une Dionne Warwick nouvelle vague. A l’autre extrémité de ses talents d’interprète, quelques chansons plus loin, lorsqu’elle s’approprie un chant folk traditionnel tiré du fabuleux fonds d’archives de l’ethnomusicologue Alan Lomax (When I Was a Young Girl), elle semble attisée par la même fièvre griffue d’une Cat Power.
Non seulement elles tiennent debout, les chansons de Feist, mais elles s’aventurent même à jouer les funambules sur un fil de soie, ou à faire des pirouettes, ou encore à glisser d’un pas leste vers la variété la plus suave – One Evening possède même de faux airs ambrés à la Sade – sans jamais perdre leur équilibre naturel. Si la métaphore de la place de l’Étoile colle parfaitement à la croissance en mille éclats de la carrière de Feist, on peut avancer sans risque que Let It Die en constitue les Champs-Elysées, son chef-d’œuvre, sa plus belle ligne d’horizon : un disque à la fois majestueux et accessible à tous, impressionnant de prime abord mais très vite familier, un peu tapageur avec ses arrangements en décoration de Noël, mais aucunement vulgaire.
Christophe Conte dans Les inrockuptibles du 10 mars 2004
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