Genre : Pop Rock UK
Note : ***
Naïveté ou confiance aveugle dans des options artistiques jusque-là irréprochables, on s’est pris à beaucoup espérer à l’annonce par Perry Blake d’un retrait de la scène. Déclarant ne plus pouvoir se concentrer sur les deux tableaux, l’irlandais se tourna tout entier vers ses enregistrements studio. Las, ses ambitions sont bien modestes, son goût du risque bien fade. Blake se contente d’une vaste redite, d’une déclinaison sans passion des réussites d’hier, tantôt pop, tantôt soul. Il prend ainsi le risque de briser le fragile équilibre (entre grâce et pose, entre mélancolie et lamentation), dont ses chansons tiraient leur beauté, n’offrant plus que des coquilles certes joliment vernies mais néanmoins vides. Lies Lies Lies ou We Couldn’t Decide sont très maniérées, les arrangements de cordes de You’re Not Alone sont trop chics et mélodramatiques pour convaincre. Heureusement, Perry a des ressources et séduit encore, au détour des inflexions jazzy d’une trompette (Native New-Yorker) ou d’une guitare slide (Ava). Il y a ici au moins quatre chansons impeccables. Ainsi, We Are Not Stars, Songs For Someone, Tropic Of Cancer et The End Of The Affair offrent des mélodies opulentes et accélèrent sensiblement le tempo général. Malheureusement, elles sont soigneusement dispersées sur le disque. À moins de jouer de la télécommande, on est donc condamnés à s’ennuyer par intermittence.
Vincent Théval dans magic n°80 de mai 2004
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Lorsqu’on l’interroge sur ses motivations au moment d’enregistrer Songs For Someone, Perry Blake répond avoir voulu composer une collection de morceaux éclectiques. Si ce quatrième album est polychrome, alors sa palette de nuances s’étend du bleu ciel au bleu nuit. Pas de rouge magenta ni de jaune citron ici, Songs For Someone s’écoute le soir ou la nuit, si possible celle du dimanche à lundi, lors de ces instants qui n’existent pas vraiment pour eux-mêmes, mais qui appellent à ricocher sur l’achevé ou cogiter sur la suite.
Pour enregistrer le successeur de California, l’Irlandais est retourné en Italie et a fait appel à nouveau au producteur Marco Sabiu. Composant des ritournelles lyriques dignes d’un Neil Hannon, rendant hommage à l’écrivain Graham Greene (sur le somptueux The End of the Affair), assumant son penchant pour les arrangements à outrance, Perry Blake y a élaboré la version 10/18 de la musique symphonique, confectionnant une collection de mini-sérénades de poche qu’on peut garder sur soi et balader partout.
Certains regretteront la prévisibilité de l’ensemble. La pureté gracile, le timbre juvénile et la gueule de timide du fond de la classe condamnaient Perry Blake à l’étiquette de songwriter sensible, perdu dans un monde de gros malades. Ce nouvel album n’y changera rien. Peu importe : Blake confirme son talent d’authentique ascète, auteur de récitals sauvages, paradoxaux pour l’effet qu’ils procurent : celui d’un soupir dans une portée musicale, d’une minute de silence dans le brouhaha. Songs For Someone porte bien son nom : il réunit tous les symptômes de l’album écrit pour quelqu’un en particulier et pas pour mille personnes. Parce qu’on ne veut pas faire de l’ingérence, on ne demande pas qui. Une certitude s’impose néanmoins : quel qu’il soit, ce quelqu’un est parti. Ça donne toujours de belles chansons. Pour tout le monde.
Johanna Seban dans Les inrockuptibles du 21 avril 2004
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Lors de sa dernière escapade discographique, Perry Blake avait quitté les espaces feutrés et mélancoliques de "Still Life" pour aborder toute la richesse de la musique noire et plus particulièrement de la soul américaine sur un "California" très fortement inspiré par Curtis Mayfield et Marvin Gaye. Pas toujours convaincant, cet exercice de style aura au moins permis au crooner irlandais d’ouvrir de nouveaux horizons pour ses morceaux, comme en témoigne ce "Songs For Someone" en forme de récapitulatif. Alors que chacun de ses disques précédents se cantonnait dans un style particulier, le chanteur semble avoir trouvé sur ce quatrième album studio l’équilibre parfait pour ses nombreuses aspirations musicales.
Des flirts électroniques de son premier album éponyme aux ambiances orchestrales du live "Broken Statues", on retrouve ici un panorama complet des différents styles abordés par l’irlandais depuis le début de sa carrière. La bonne nouvelle, c’est que tout cela est mis au service de sa plus belle collection de chansons à ce jour. Tout commence avec un We Are Not Stars très moderne, lorgnant vers le trip-hop (si ce terme a encore un sens), petit frère direct du merveilleux Little Boys & Little Girls de 1998 qui introduisit la carrière de Blake. Entre quelques relents de soul (Native New-Yorker) et une poignée de titres langoureusement épurés (You’re Not Alone, Ava), le disque se permet des détours plus surprenants, comme sur Travelling, subtile ballade dans le sens pop du terme, ou We Couldn’t Decide, avec ses faux airs de mini opéra.
La voix de Perry Blake s’est toujours mariée à merveille avec les voix féminines. Par le passé, le crooner a d’ailleurs chanté en duo avec Helena Noguerra, Émilie Simon ou encore Nancy Danino (pour une version franco-anglaise de Ordinary Day, Un Jour Comme Les Autres). Sur "Still Life", Françoise Hardy elle-même était venue épauler la subtile mélodie de War In France. À nouveau, "Songs For Someone" recèle son lot de chœurs féminins venant souligner les contours des compositions, comme sur ce Coming Home qui n’aurait pas dépareillé sur "California". Finalement, la décision du chanteur d’écourter sa dernière tournée pour se concentrer sur le travail en studio semble avoir porté ses fruits, comme le confirme Lies Lies Lies, premier single épatant produit de main de maître. En revanche, à l’écoute de ces chansons qui ne demandent qu’à s’épanouir sur scène, on peut espérer que Perry Blake ne deviendra pas seulement un petit rat de studio, même prodige.
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