Badly Drawn Boy : One Plus One Is One (2004)  (*** 2000's ***) posté le dimanche 30 juillet 2006 09:00

Genre  :  Pop Rock UK
Note :  ***


Après l’escapade à Los Angeles, l’heure du retour au bercail semble avoir sonné pour Damon Gough. Pourtant, la distance qui sépare ce troisième Lp britannique de son prédécesseur hollywoodien relève davantage du saut de puce que de la traversée transatlantique. Sous un titre godardien en forme d’éloge à la fusion amoureuse, se révèle un contenu infiniment plus limpide que la plupart des œuvres du génial Helvète, et somme toute bien proche des premières œuvres de Badly Drawn Boy. Recentré sur des tonalités acoustiques, One Plus One Is One s’efforce de mettre en valeur très simplement des chansons qui, plus que jamais, se suffisent à elle-même et ressassent les thèmes de prédilection de leur auteur (ah ! l’amour, toujours l’amour....). On pourrait donc craindre que la routine s’installe au coeur de ces nouveaux morceaux qui ressemblent à s’y méprendre aux anciens, mais c’est oublier que Gough est décidément un prestidigitateur de classe mondiale, le Copperfield du songwriting. Pour la troisième fois, il vient exécuter le même numéro, présenter la même collection de tours de passe-passe sans que l’on arrive à repérer le début d’un bout de ficelle, sans que l’on détecte le moindre indice suspect, la plus petite carte dissimulée dans une manche ou sous son bonnet. Des mélodies qui coulent d’une source apparemment intarissable, des arrangements de flûte et de hautbois réalisés avec une délicatesse d’orfèvre, le tout déroulé le sourire aux lèvres, un doigt sur les touches du piano, l’autre dans la narine gauche. Ce sentiment de décontraction, cette capacité à gommer toute trace audible d’effort impressionnent toujours davantage et laissent à penser que Gough pourrait enchaîner les albums de ce calibre pendant un bon moment sans épuiser son inspiration. En somme, la marque des très grands.

Matthieu Grunfeld dans magic n°81 de juin 2004
© 2004 magic. Tous droits réservés.


Le rond Damon Gough revient de loin. De Californie, exactement ; de sa boulimie sucrée, de ses fantasmes hollywoodiens. Pour Have You Fed the Fish ? et à l’occasion de la BO d’About a Boy, on lui avait donné les moyens de la démesure. Comme s’il avait voulu se dépêcher d’enregistrer un sur-album de super-pop avant que l’inspiration qui s’agite sous son bonnet de laine l’abandonne, il fit une magnifique meringue pantagruélique, parfois écœurante.
L’apoplexie guettait donc. One Plus One Is One marque un retour vital vers le moins. Enregistré à domicile, à Manchester, avec son vieux copain Andy Votel, c’est l’album du retour aux sources, pures et fraîches. C’est lui, tout nu. Un Badly Drawn Boy à poil, ça peut pourtant faire peur. En l’occurrence, ça fait du bien : pas besoin d’excipient quand la poudre est si magique. Le raffinement vient au contraire d’une extrême distillation. Et ça fonctionne à merveille.
L’album est une magnifique collection de chansons à la simplicité feinte, profil bas mais front fier, aux arrangements mousseux, montés en neige. Des morceaux gentiment vieillots, des flûtiaux de CM2 ténus et charmeurs (Easy Love, This Is That New Song), des chœurs d’enfants (Year Of the Rat), des instruments papillonnant en apesanteur (Another Devil Dies). Des cordes qui vibrent dans une petite bise fraîche. Quelques tubes se cachent sous le duffle-coat, comme Summertime in Wintertime. Une voix qui tremblote derrière la fenêtre, qui semble s’excuser pour l’immensité du songwriting de son propriétaire. Dont le régime, fantastique et achevé, ne manque pas de sel.

Thomas Burgel dans Les inrockuptibles du 30 juin 2004
© 2004 Les inrockuptibles multimedia. Tous droits réservés.

Badly Draw Boy est de retour avec ce qui l’a fait connaître : des mélodies qui sentent bon la nostagie et une philosophie de la vie plutôt zen. Un sacré Graal à vrai dire...
Badly Drawn Boy, à juger par les disques qu’il sort, doit avoir pour sûr deux grandes qualités : le sens de la mélodie et du goût en général, et puis, surtout, le sens du détail. Il y a des perfectionnistes qui n’arrivent à rien, il y en a qui font des prouesses. Badly Drawn Boy (traduire littéralement ’bonhomme mal dessiné’) aka Damon Gough, avec son allure de barbu trapu mal fagoté et négligé, illustre à merveille l’idée que ce qui compte se trouve à l’intérieur. En effet, on n’imagine pas les pépites qu’il cache derrière cette façade pas très reluisante.
A l’instar de son site, très bien fichu, Badly Drawn Boy est comme un magasin de jouets dans lequel l’auditeur, tel un enfant curieux de tout se promène et y trouve au fil des écoutes, des chansons superbes, et autant d’expressions de sentiments et émotions...
Après deux EP de très grande qualité déjà, repris dans How did I get here ?, Badly Drawn Boy sort un premier album, The Hour of Bewilderbeast en 2000, remarqué par toute la presse spécialisée. C’est un album émouvant, sensible, d’une très grande qualité musicale. En 2002, l’homme se fait prolixe et sort deux galettes : la musique du film About A Boy et Have You Fed The Fish ?. Il est également connu pour avoir collaboré à UNKLE, l’album de James Lavelle et DJ Shadow. Enfin, il gère une maison de disques : Twisted Nerve, qui outre lui-même compte Alfie dans ses artistes maison. On a donc affaire à un workoolique du monde musical.
One Plus One Equals One revient à ses amours premières :(Back to being who I was before chante-t-il dès le titre d’entrée), sorte de résurrection après Have you fed the Fish ? enregistré en grandes pompes à LA. Gough s’y essayait à faire comme les autres, mais ne s’en démarquait plus trop et c’est ce qui posait problème. Le retour d’Andy Votel à la production et l’enregistrement sans fioritures, quasiment en face de chez lui, y sont certainement pour quelque chose dans ce son épuré, honnête serait-on tenté de dire.
Ici les arrangements, leur finesse surtout, la précision du tout, le temps que demande l’écoute du disque à l’auditeur (avant d’en tomber littéralement amoureux), rappelle méchamment The Hour of Bewilderbeast. On dirait que Damon Cough s’est laissé aller, n’écoutant que lui-même : Au diable les ventes de disques mirobolantes qui seraient basées sur des recettes que nul n’a encore véritablement trouvé ! Place au vrai !
Beaucoup de piano et de guitare (ses deux instruments de prédilection), d’arrangements faisant appel au modus operandi de la musique classique (orchestres, violons, flûtes) (écoutez "The Blossoms") sont présents. Mais aussi une grande imagination dans la section rythmique, toutes cymbales au devant ("Holy Grail"), dans les cuivres (qui rappellent Calexico -"Another devil dies" - ou le jazz —"Stockport"-, du jazz pur et dur même). Le jazz est peut-être la grande nouveauté - guère étonnante - dans l’évolution de BDB.
La musique est teintée de mélancolie mais est tout à la fois réjouissante, gaie, et ce contraste prend l’auditeur à contre-pied. On a même droit à une chorale d’enfants sur deux titres : "The Year of the Rat" et "Holy grail". On pense au Colour of Spring de Talk Talk, et pas seulement à cause de ce dernier point.
Des chansons comme "Four Leaf Clover" sont tout simplement magiques. Il s’en dégage un naturel qui est à mille lieues de toutes les poses que prennent certains. Et en écoutant "Fewer words", bien que courte (1.13), on se dit qu’on se trouve bien devant un petit génie de la mélodie acoustique et de l’arrangement. Les ballades se succèdent et chacune semble être plus belle (si tant faire se peut) que la précédente. Son chant doucereux, formidablement accompagné par des instruments ou des chœurs très joyeux séduisent dès la première écoute et ne vont qu’en s’accroissant au fil des écoutes.
Les paroles, et la musique qui les accompagne, avec ses crescendos appuyés sur "Takes the glory" illustrent parfaitement la philosophie de ce grand monsieur qu’est Damon Gough : Summer feels like it’s over, Winter is on the way, Summer takes all the glory, blue skies turn into grey, to live in the hearts of those that you love is not to die, like when I heard silence is gold I never saw why....
Le bien nommé "Holy Grail" clôt admirablement l’album. Il brasse tout l’album en un seul titre et c’est sublime. Magique. Pas si mal dessiné que ça le bonhomme...

Laurent sur 
Pinkushion le 2 juillet 2004
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