Nouvelle Vague : untitled (2004)  (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 15:02

Genre  :  Easy listening France
Note :  ***


Au départ, tout semble ici affaire de mots plutôt que de musique. Bossa-nova, new-wave, Nouvelle Vague : trois courants artistiques désignés par la même expression mais séparés géographiquement et historiquement par une distance apparemment irréductible. Partant de ce constat indéniable, mais tout de même un peu tiré par les cheveux, Marc Collin et Olivier Libaux se sont mis en tête de réunir ces trois pôles en réinterprétant, dans un style bossa, une série de morceaux anglo-saxons originellement enregistrés au début des 80’s, tout en sélectionnant des interprètes féminines aux voix évocatrices des égéries 60’s associées à Godard ou Truffaut. Surprise à l’arrivée : ce qui ressemblait à s’y méprendre à une fausse bonne idée, ce qui aurait pu n’être qu’un simple jeu langagier amusant se transforme, au fil des écoutes en une vraie trouvaille musicale totalement inattendue, à mille lieues de ces réinterprétations fantaisistes qui semblent parfois n’avoir pour but que de figurer en bonne position dans les blind-tests télévisés du samedi soir et autres compilations afférentes. Avec une intelligence artistique que ne possèderont jamais les époux Ardisson, Collin et Libaux sélectionnent les titres avec pertinence, des plus connus (Just Can’t Get Enough de Depeche Mode, transformé en une irrésistible samba) aux plus pointus (le magnifique In A Manner Of Speaking de Tuxedomoon, déjà revisité en son temps par Martin Gore). Ils les dépouillent ensuite de leurs oripeaux électriques pour n’en conserver que la trame mélodique et rythmique et mieux les couler dans un moule qui semble étonnamment conçu pour les accueillir. Les interprètes féminines triées sur le volet, au rang desquelles figure en tête l’étincelante Camille (une voix capable de tout), servent de leur timbre à la fois sensuel et diaphane des textes pas toujours commodes, comme ce Too Drunk Too Fuck, débarrassé des relents de bière qui traînaient chez The Dead Kennedys et, du coup, rendu incroyablement sexy. Pour ajouter à la polysémie initiale, on pourra désormais donner un sens inédit à l’expression Nouvelle Vague : une bonne blague qui se transforme en un excellent disque.

Matthieu Grunfeld dans magic n°81 de juin 2004
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En géométrie sentimentale, on parlerait d’un parfait triangle amoureux, un peu diabolique mais tellement évident qu’on se demande pourquoi personne n’y avait songé plus tôt. De quoi s’agit-il ? De reprises façon bossa-nova de morceaux tirés des brumes de la new-wave, dans un esprit amateur et faussement frivole qui évoque en contre-champ la Nouvelle Vague, cette dernière servant d’appellation générique au projet. Bossa-nova, new-wave, Nouvelle Vague : trois homonymes dont les liens de sang n’apparaissent pas à première vue.
C’est à l’un des musiciens trentenaires français les plus intelligents, Marc Collin, que l’on doit cette équation de départ, complètement accidentelle. Il s’adjoint les services d’Olivier Libaux, ex guitariste des Objets dont le doigté de Nylon s’accommode à la perfection avec la fragilité de ce projet funambule. Pour tester la solidité de l’ensemble, mieux valait d’emblée s’attaquer à une montagne. Love Will Tear Us Apart, classique foudroyant de Joy Division et totem de ce romantisme d’outre-tombe avec lequel il n’est pas évident de plaisanter, sera le premier à subir les outrages du duo, qui fait appel pour l’occasion à une chanteuse brésilienne inconnue, Eloisia.
C’est là que le projet Nouvelle Vague, déjà fort malin à la base, devient un vertigineux jeu de miroirs entre deux époques distantes d’environ vingt ans. Car dans les grandes largesses musicales de ce qui fut raccourci sous le terme new-wave, on comptait déjà l’ébauche d’une bossa déracinée des rivages de Rio pour atterrir au cœur du spleen européen, via Everything But The Girl, Weekend ou Isabelle Antenna…
Par un élégant retour de boomerang, on retrouve aussi cette trace de la neo-bossa dans Nouvelle Vague, à travers les voix boudeuses et le nacré épidermique des accompagnements. On y perçoit aussi l’influence naturelle de ces gourmandises sixties estampillées "lounge" mais qui procurent d’augustes frissons hors des heures de cocktail : Astrud Gilberto, le harem des sirènes de Sergio Mendes, jusqu’à Claudine Longet pour la pointe d’accent français. Pas l’ombre en revanche de cette trivialité ironique à la Señor Coconut, l’ensemble baignant dans une solennité qui traduit une admiration sans distance pour ces écritures fondatrices.
Après avoir établi des listes de chansons à reprendre, Libaux et Collin s’arrêteront sur une demi-douzaine de chanteuses invitées et une quinzaine de titres, des classiques (The Cure, Depeche Mode, XTC, PIL, The Clash) et des marottes plus obscures (Modern English, The Undertones, Tuxedomoon, une face B des Specials). Ils osent même le grand écart absolu en sélectionnant un Dead Kennedys éthylique (Too Drunk to Fuck), un Killing Joke psychotique et, pour ce qui s’avérera la plus belle réussite du disque, le Marian des Sisters Of Mercy, qu’ils extirpent de sa caverne pour l’envoyer tutoyer le soleil.

Christophe Conte dans Les inrockuptibles du 30 juin 2004
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