Stina Nordenstam : The World Is Saved (2004)  (*** 2000's ***) posté le dimanche 23 juillet 2006 15:03

Genre  :  Rock alternatif Sweden
Note :  ***


Il faut être bien sec pour ne pas fondre devant les charmes de Stina Nordenstam et ses pop songs joyeusement mélancoliques. À l’instar de Mark Linkous de Sparklehorse, la jolie Suédoise développe depuis plus de dix ans un univers très personnel, éminemment lié à l’enfance, où rêve et réalité se jouent de nos sens pour le meilleur. Sixième chapitre d’une discographie sans accrocs, The World Is Saved suit la même voie royale que son prédécesseur This Is, soit un habile dosage d’electronica minimaliste, de cordes et de cuivres, sur lequel vient se greffer le canevas pop de rigueur. Moins médiatisée que Björk, cette cousine mutine d’Hope Sandoval et inspiratrice d’Émilie Simon ne manque pour autant pas de talent de composition et d’interprétation... Et encore moins de grâce, elle qui dispose certainement des plus belles jambes du métier ! Mais sur The World Is Saved, c’est plus avec une Sarah Vaughan du siècle nouveau qu’une quelconque bimbo que l’on a affaire, et les sonorités modernes qui l’accompagnent ne masquent en rien ce blues vieux comme le monde. Ainsi joue Stina, seule dans son appartement de Stockholm, ou en compagnie de Jonas Nyström à la tête d’un orchestre philharmonique, femme-enfant dont les mots bleus savent faire de nos songes des instants de paix. On ne connaît guère que Robert Wyatt et Mum pour ainsi sauver notre petit univers...

Renaud Paulik dans magic n°85 de novembre 2004
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La rare Stina Nordenstam est comme ses albums : un mystère. On se doutait que la Suédoise n’était pas le modèle archétypique du cru – elle est même son exact opposé : une petite crevette malingre, une petite fille prématurément vieillie. Quand elle chante, son timbre ressemble à son corps frêle : un petit flux un peu perdu dans un brouillard givré, distant et flou. A peine susurrés, expirés, ses mots éreintés semblent se perdre dans l’éther, se brûler dans l’air glacial. On y capte, dans un même souffle, la souffrance et sa cure.
Depuis le précédent This Is, depuis toujours certainement, le chaos et la destruction ont été les invités permanents de la vie de la Suédoise. Son successeur, The World Is Saved, a été conçu sans plan, à la maison, par tâtonnements. Jusqu’au jour où Stina a réalisé qu’elle s’était extraite du marasme – et qu’elle avait au passage écrit un album. Elle n’hésite alors pas à décrire son album comme optimiste, du moins plus optimiste que This Is. Pourtant, la lumière transperce ici bien timidement l’obscurité collante dont elle ne se débarrassera, croisons les doigts, jamais totalement. Le doux Winter Killing a beau affirmer que l’on est en sécurité à ses côtés, on continue à guetter les chutes de corps, les angoisses récurrentes – qui rôdent, perpétuellement menaçantes. Le dramatique Parliament Square, récit ouvert de ses cauchemars apocalyptiques, se laisse envahir par de discrètes ronces dissonantes. Le magnifique et mouvant The Morning Belongs to the Night ne s’extrait qu’à grand-peine de méandres orageux, d’arrangements impétueux.
Dans Butterfly, qui raconte l’histoire inquiétante d’un homme se muant lentement en papillon - probablement l’une des pièces les plus édifiantes de cet album –, la voix fluette et tremblante de la Suédoise se mesure à d’inquiétants chœurs spectraux, se perd dans un dédale d’instrumentations en strates alambiquées. Sa pochette le suggère : c’est un album ésotérique, un conte insolite. De ceux qu’on aime écouter à l’orée du sommeil, qui plongent les rêves dans des univers inconnus, les font osciller entre paix et cauchemar.

Thomas Burgel dans Les inrockuptibles du 20 octobre 2004
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Quel étrange papillon de nuit que cette Stina Nordenstam. Coincée dans sa tour de verre, la belle Suédoise sort de sa retraite périodiquement pour délivrer des merveilles d’émotion repliées. Toujours aussi belle et magnifiquement ignorée, Stina Nordenstam est l’une des rares femmes à avoir développé dans le rock un univers à la fois singulier et onirique, où sa voix susurrée semble plonger dans un autisme bouleversant. D’une cohérence impressionnante, la discographie de cette timide suédoise mérite que l’on se penche dessus.
Depuis 13 ans, cette insaisissable musicienne sort des disques à sa propre cadence (environ tous les quatre ans, si l’on omet l’album de reprise People are Strange), ne donne jamais de concert, et demeure à l’abri du besoin - elle serait mariée à un richissime homme d’affaire. Tout cela contribue à intensifier le mystère autour de cette étoile polaire inaccessible.
This Is, son disque précédent, semblait vouloir faire des concessions pop auprès d’un public plus large. Entouré de deux producteurs vétérans, Tchad Blake et Mitchell Froom, Stina Nordenstam avait également convoqué un illustre admirateur, le faux suédois Brett Anderson, le temps d’un duo mémorable. Malheureusement, alors que toutes les cartes semblaient en main, le public la boude une fois de plus et Sony résilie son contrat.
Du fait de cet échec patent, on pensait que la belle n’allait pas donner de nouvelles avant un bon moment. Et voilà qu’elle casse la dynamique instaurée et sort moins de deux plus tard un inattendu sixième album sur son propre label A Walk In The Park. Enregistré à Stockholm avec quelques réputés musiciens du cru, Goran Kajfés et Johan Berling (du label
Häpna), Stina a préféré cette fois produire toute seule ce sixième album. C’est un peu cliché de dire ça, mais The Word Is Saved se veut plus personnel que This Is. On sent que la mystérieuse brune semble s’être fait une raison à l’égard du statut de songwriter culte et du coup s’assume totalement désormais. Plus apaisée, elle déclare elle-même que The World Is Saved est un disque teinté d’optimisme.
Pourtant, de par son agencement labyrinthique, The World Is Saved montre une Stina Nordenstam qui semble être retombée dans son mutisme légendaire, préférant se cloîtrer à l’écart de la foule bruyante. Elle chante des comptines sans réels refrains et à la tonalité ambiguë, où sa voix et ses atmosphères enfantines se démarquent de paroles souillées.
Toujours touchée par une ultra-sensibilité, cette grande dame à la voix de gamine laisse planer un voile de mystère autour de ses chansons de porcelaine, et de son innocence trompeuse (“Butterfly” où elle raconte l’histoire d’un homme qui se transforme progressivement en papillon éphémère, fait écho à ses relations sentimentales).
Cette voix de petite fille perdue au milieu de la foule n’a pas bougé depuis son single “Another Story Girl”. Souvent classiques et discrets, ses arrangements avec des instruments à vent (clarinette, flûte, trompette) apportent un air glacial, limite enneigé à ces chansons douces en forme de flocon de neige. “Winter Killing”, avec sa mélodie et cette guitare qui semble sortir d’un transistor de poche démontre quand même que Stina Nordenstam sait toujours composer des pop songs introspectives à la beauté baroque. Autre merveille, “The Morning Belongs To The Night” ensorcelle telle une délicieuse berceuse où semble flotter derrière nous un drap blanc. Sur “I’m Staring Out The World”, elle chante au-dessus d’arrangements empruntés à une bande originale de film muet, brisant sa voix de porcelaine entre arrangements à corde d’avant-guerre et mise-en scène digne d’un instant dramatique du grand écran.
The World Is Saved fait partie de ses œuvres furtives que l’on tente d’attraper en vole, sans jamais pouvoir les tenir entre nos mains. Voici le genre de disque que l’on préfèrera écouter en baissant le volume, de peur de briser la communion qui s’est instauré entre nous et l’artiste.

Paul Ramone sur 
Pinkushion le 8 décembre 2004
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