GENE CLARK  (*** BIOS ***) posté le mardi 15 août 2006 07:00

GENE CLARK


 [Harold Eugene Clark]
chanteur, compositeur et guitariste de folk et country-rock américain, 1962-1991 : né le 17-11-1941 à Tipton, Missouri, mort le 24-05-1991 à Sherman Oaks, Californie.

Surtout connu pour avoir été un membre fondateur et le principal compositeur des Byrds en 1964 et pour les avoir quittés le premier, il a laissé des enregistrements solo intéressants et personnels. Cette œuvre restreinte recèle des merveilles méconnues et un chef-d’œuvre, No Other.

De souche paysanne, Gene Clark grandit dans une ferme du Missouri, l’aîné d’une famille de treize enfants. Il se consacre très tôt à la musique, apprenant d’abord la mandoline puis la guitare. Après sa scolarité il fait partie de plusieurs groupes d’inspiration folk — Sharks, Rum Runners, Surf Riders — avant d’intégrer en 1962 les New Christy Minstrels, un groupe à géométrie variable qui verra passer dans ses rangs John Denver, Barry McGuire ou Kenny Rogers. Il reste avec eux près d’un an et demi, très précisément jusqu’au jour où il entend pour la première fois «She Loves You» et «I Want To Hold Your Hand» des Beatles : «Cette nuit-là, j’ai bien dû les écouter quarante fois d’affilée.» Entre le folk commercial et ultra-conservateur des New Christy Minstrels et la révélation qu’il vient d’avoir, «magique, mystique même», il n’hésite pas longtemps. Dès le lendemain il quitte le groupe, direction Los Angeles où il partage un appartement avec un ami et, en attendant de savoir exactement ce qu’il est venu chercher ici, écoute les Beatles «jour et nuit». Un soir au club Troubadour, il tombe sur un type qui chante leurs chansons, seul dans son coin, Jim McGuinn. La suite est connue : rencontre de David Crosby, formation des Byrds.

Sur les photos des Byrds Gene Clark est celui qui ne sourit jamais, comme relégué loin derrière son visage. Le plus secret du groupe mais aussi le plus doué et le plus prolifique, il va enrichir leur répertoire de quelques classiques comme «Here Without You», «Feel A Whole Lot Better», et surtout composera l’essentiel de l’incontournable «Eight Miles High». Mais déjà au détour de son «Set You Free This Time» on entend une voix différente, presque trop fragile et mélancolique pour les chatoyants Byrds. En 1966, pendant les séances du troisième album, il quitte le groupe, écrasé par une dépression entraînée par un succès massif, frustré sur le plan artistique (les autres, jaloux de ses droits d’auteur, ont pris l’habitude de restreindre le nombre de ses compositions), et sujet à la phobie des avions.

Après quelques mois d’indécision il assemble un groupe et commence à répéter. Avec les frères Rex et Vern Gosdin, un duo qui a souvent tourné avec les Byrds et partage leur manager Jim Dicksun, la section rythmique des Byrds (Chris Hillman et Michael Clarke), Van Dyke Parks, Leon Russell et quelques autres, il enregistre en 1967 l’excellent Gene Clark With The Gosdin Brothers. Mélange hétérogène de réminiscences des Byrds et d’orchestrations très élaborées dues aux arrangements de Russell, l’album contient le classique «Tried So Hard» - repris entre beaucoup d’autres par Yo La Tcngo dans Fakebook (1990) et confirme avec des chansons comme «The Same One» ou le nostalgique «Echoes» un net penchant pour l’introspection. Cruellement sorti la même semaine que Younger Than Yesterday (1967), un des meilleurs albums des Byrds, il échouera vite dans les bacs à soldes, inaugurant ainsi une carrière menée dans l’ombre. Ce qui, étant donné le profil bas du personnage, n’est pas forcément un handicap : «Finalement, le fait d’être un peu dans l’ombre a dû contribuer à me tailler cette réputation “mythique”. J’ai dû gagner au compte», dira-t-il plus tard.

Après avoir brièvement rejoint les Byrds au moment du départ de Crosby en 1967, il commence à frayer avec l’ex-Dillard Doug Dillard, un joueur de banjo qui avait participé aux séances du premier album. Désireux de «faire quelque chose d’un peu différent» il enregistre avec lui deux disques qui seront avec quelques autres à l’origine du country-rock, The Fantastic Expedition Of Dillard & Clark (1968) et Through The Morning, Through The Night (1969). De la juxtaposition curieuse de la voix vulnérable de Clark et du bluegrass survolté de Dillard (on baptisera alors newgrass ce style où clavecin et effets électroniques font leur apparition) émergeront quelques merveilles, «With Care From Someone» ou la fabuleuse «Radio Song», une de ces ballades moroses dans lesquelles décidément il excelle. Mais aussi bons que soient ces albums — acclamés à l’époque par la critique — ils contiennent peu de compositions originales et la singularité de Clark, enserrée dans des carcans et des formules, ne trouve que rarement à s’y exprimer.

C’est dans les années 70 qu’il va vraiment laisser éclater son talent, se rendre à sa mélancolie, et devenir cet artiste un peu largué et tellement attachant, grâce à une poignée de disques bancals, banals par endroits et souvent à moitié réussis, comme d’ailleurs presque tout ce qu’il a enregistré. Mais les bonnes moitiés chez Gene Clark sont d’une qualité telle qu’aucun album n’est vraiment à négliger. Après un bref séjour au sein des Flying Burrito Brothers, où il est un temps pressenti pour remplacer Gram Parsons, il rentre en studio avec le guitariste-producteur Jesse Ed Davis et enregistre en 1971 White Light, un album dépouillé à l’extrême, où l’on entend un Gene Clark qui a gagné en simplicité, en profondeur, plus vulnérable que jamais. De sa voix tremblée, parfois seul à la guitare, il y interpréte quelques chansons parmi les plus poignantes de tout le répertoire folk-country. Et assurément «With Tomorrow» ou la renversante «With A Spanish Guitar» sont difficiles à oublier. Mais sa «réputation mythique», selon ses propres termes, est surtout due à ce fascinant chef-d’œuvre qu’est No Other (1974), son seul album entièrement satisfaisant et un des plus maladifs des années 70 avec le troisième album de Big Star. La pochette le montre en chemise et pantalon de soie beaucoup trop large pour lui, les yeux trop maquillés, les cheveux longs bouclés, des colliers jusqu’au nombril. Cet accoutrement inattendu, vu la timidité du personnage, contraste avec le regard, terriblement sérieux, fixe, perdu. Et le disque est à l’image du malaise ressenti, déglingué, baroque, décadent, aussi surchargé et boursouflé que le précédent était sobre, avec un country-rock psychédélique qui bascule dans une démesure obsessionnelle, avec des visions de «Corbeau d’argent» qui «plane loin au-dessus des eaux sombres», avec des refrains du genre : «On a tous besoin d’un fix par les temps qui courent.»

Après ce sommet il reviendra à des ambiances moins mouvementées avec Two Sides Of Every Story (1977), et à sa manière habituelle : cinq chansons d’un country-rock banal, cinq ballades exceptionnelles. En 1978, il rejoint McGuinn et Hillman pour quelques tournées et une paire d’albums sans intérêt (une reformation des Byrds d’origine avait déjà été organisée en 1973 ; donnant lieu à The Byrds, album sauvé de l’insignifiance par deux de ses chansons, «Full Circle Song» et «Changing Heart»). Il quittera vite cette mouture et s’enfoncera dans l’alcool, la drogue, et «plusieurs années de dépression assez sévère». Avant sa mort en 1991, il aura encore le temps de sortir Firebyrd (1984), son seul album vraiment médiocre, et en 1987, en duo avec la chanteuse des Textones Carla Olson, So Rebellions A Lover, dont le vibrant et fragile «Gypsy Rider» dit à lui seul toutes les raisons d’aimer ce type un peu à côté de la plaque.

François Keen dans Le Dictionnaire du Rock
(Collection Bouquins, Editions Robert Laffont © , 2000)

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