THE GUN CLUB  (*** BIOS ***) posté le mardi 15 août 2006 06:50

THE GUN CLUB


  Groupe de rock, blues et country américain, 1979-1996 : Jeffrey Lee Pierce (chanteur et guitariste), né en 1958 au Texas, mort le 31-03-1996 dans l’Utah, etc.

Émanation du Texan Jeffrey Lee Pierce, obsédé par la noirceur du blues rural et du hillbilly, ce groupe formé à Los Angeles en 1979 a repris la tradition d’un rock américain littéraire et tourné vers ses racines, à la façon des Doors, mais dans une version grinçante et marquée par le punk. Inventeur malgré lui du psychobilly avec les Cramps, The Gun Club a été plus apprécié par la critique européenne que dans son pays.

Jeffrey Lee Pierce naît au Texas d’une mère mexicaine et catholique, ayant des origines française et indienne, travaillant comme manucure, et d’un père fonctionnaire syndical. «Les deux caractéristiques du Texas, déclare-t-il à Rock & Folk en 1982, c’est des déserts pleins de fantômes et une foule de jeunes mecs ignorants et bornés qui s’emmerdent.» Après une enfance bagarreuse, il interrompt ses études et, se prenant pour un beatnik vagabond, parcourt les Etats-Unis, de New York à Miami, de La Nouvelle-Orléans à Los Angeles, poussant jusqu’en Jamaïque et au Salvador. Mais c’est le sud-ouest qui l’impressionne le plus, par son mélange particulier de misère, de désolation et de déchéance suicidaire. Fixé en 1979 à Los Angeles, qui l’écoeure («un grand désert puant et emmerdant, rempli d’alcooliques»), déçu par le style inoffensif des groupes new wave, Pierce préfère regarder en arrière : il redécouvre Creedence Clearwater Revival, puis, remontant encore plus loin, le rhythm’n’blues-soul des années 5O-60. Il écrit à ce moment-là des articles sur la musique noire pour le magazine Slash et gagne sa vie en s’occupant de la section californienne du fan-club de Blondie, liant une solide amitié avec Deborah Harry et Chris Stein. Il rencontre à un concert punk Kid «Congo» Powers [Brian Tristan], qu’il persuade d’apprendre la guitare pour former un groupe dont il serait le chanteur. Celui-ci vient de New York et a été très marqué par les concerts de Suicide, de James White et des Cramps. «Notre idée, racontera-t-il en 1983 au NME, était de jouer deux ou trois fois et puis de se séparer, juste histoire de se faire payer des verres par les journalistes.» Avec une rythmique formée par le bassiste Rob Ritter et le batteur Terry Graham, le succès est, à leur grande surprise, immédiat. Pierce, le visage bouffi par l’alcool (il descend déjà une bouteille de bourbon par jour), chante les yeux clos des incantations hystériques sur un fond de punk-rock informe. Il s’initie peu à peu au blues sous l’influence des Blasters et de Bob Hite, le chanteur de Canned Heat, possesseur d’une collection incomparable. Il en tire une fascination pour le blues rural du Delta et ses interprètes rugueux et hallucinés, comme Charley Patton et Son House. Il se passionne aussi pour sa version blanche, le hillbilly sudiste, à travers la figure d’un Jimmie Rodgers. Début 1981, Kid «Congo» Powers est appelé par les Cramps pour remplacer Bryan Gregory.

Pierce enregistre un peu par hasard une maquette pour le label Slash, avec le guitariste Ward Dotson. Mal et vite enregistré, l’album Fire Of Love, qui sort en 1981 sous le label Ruby, dégage pourtant une force exceptionnelle. L’attaque sonore est punk au possible, le blues marque tous les morceaux sous la forme d’éructations féroces, Pierce singeant la possession non d’ailleurs sans un certain humour pince-sans-rire : il reprend ainsi de façon très personnelle le «Preaching The Blues» de Son House. Les choses changent en 1982 grâce à Deborah Harry et Chris Stem, qui proposent au groupe un contrat sur leur label Animal. The Gun Club enregistre sous la direction de Chris Stem l’album Miami, ainsi nommé parce que, selon Pierce, cette ville est «le plus grand mouroir du monde», «un cimetière des éléphants déguisé en paradis tropical» et qu’il perçoit ce disque comme un «hymne funèbre». Il s’y roule dans des obsessions sataniques imprégnées d’imagerie vaudoue, gémissant et hurlant comme un prêcheur tour à tour insidieux et hystérique. Au cours de l’enregistrement, Pierce, dépressif, fait des allers et retours réguliers entre le studio et l’hôpital pour soigner un «foie enflé» par le bourbon. L’album bénéficie d’un son clair et, cette fois, la couleur musicale est plutôt celle du hillbilly, poussé vers la noirceur, comme en témoigne la sinistre ballade «Mother Of Earth» ou, dans un autre registre, la reprise du «Run Through The Jungle» de Creedence Clearwater Revival. L’album est remarquablement accueilli en Europe, où la critique compare le groupe aux Doors. The Gun Club se produit en Europe fin 1982 avec sa nouvelle bassiste, la brune flamboyante Patricia Morrison (née le 14-01-1962), musicienne connue du milieu punk de Los Angeles (elle a joué avec Legal Weapon).

Brièvement désintoxiqué, Pierce met, début 1983, à la porte son guitariste Dotson (qui fondera les Pontiac Brothers) et son batteur Graham. Il embauche le guitariste Jim Duckworth, un amateur d’Eric Dolphy et Lester Young, originaire du groupe de Tav Falco, et le New Yorkais Dee Pop, ancien batteur des Bush Tetras. Ce nouveau Gun Club enregistre l’E.-P. Death Party, qui comprend cinq reprises de vieux rocks obscurs, dont la mélodramatique chanson-titre et «Come Back Jim». L’attitude autodestructrice de Pierce, qui joint désormais l’héroïne et la cocaïne à l’alcool, fait vite fuir Duckworth et Dee Pop. Un nouveau Gun Club regroupe en 1984 le dernier carré des fidèles, avec le retour de Kid «Congo» Powers et du batteur Graham. La musique s’oriente vers un rockabilly-punk saturé et déglingué, comme en témoigne le disque live The Birth The Death The Ghost, paru en 1984 chez ABC (un autre live, Sex Beat ‘81, paraît en France chez New Rose, témoignage de la toute première formation du groupe). The Gun Club enregistre The Las Vegas Story (1984), un disque ambitieux et inégal où Pierce se veut le chroniqueur visionnaire de l’Amérique, dans la lignée de Jim Morrison. Son comportement devient si imprévisible que le groupe se sépare. Patricia Morrison rejoindra quelques années plus tard les Sisters Of Mercy d’Andrew Eldritch.

En 1985, Pierce décide d’arrêter l’héroïne. Il enregistre à Londres pour le label Statik l’excellent album solo Wildweed, considéré par les amateurs comme son meilleur disque depuis Fire Of Love. Passant désormais beaucoup de temps en Europe, il se produit avec une petite formation de jazz. En 1987, il se sent assez confiant pour remettre The Gun Club en circulation avec l’éternel «Congo» Powers, une nouvelle bassiste d’origine japonaise, Romi Mori, aussi «glamour» que Patricia Morrison, et le batteur Nick Sanderson. Le groupe enregistre à Berlin pour le label Red Rhino l’album Mother Juno (1987), produit par le compositeur et guitariste de Cocteau Twins, Robin Guthrie, d’où se détache la ballade «The Breaking Hands». Très bien accueilli par la critique, l’album remet le groupe en selle. Désormais obsédé par la remise en forme, Pierce se surmène par des exercices physiques, continuant par ailleurs à boire régulièrement, ce qui occasionne une rupture de sa rate. Il décide alors de cesser de boire. Pour comble de malheur, le label Red Rhino fait faillite. Le groupe survit en donnant des concerts. En 1990, un fan néerlandais finance une nouvelle maquette pour The Gun Club qui parvient à décrocher un contrat avec le label anglais Fire et enregistre l’album Pastoral Hide And Seek, qui présente une riche variété d’arrangements, suivi en 1991 de Divinity. Après le départ définitif de «Congo» Powers pour Killing Joke, Pierce enregistrera un album solo très country-blues sous le nom de Ramblin’ Jeffrey Lee, Ramblin’ Jeffrey Lee & Cyprus Grove With Willie Love (1992). The Gun Club publie en 1994 un dernier album, Lucky Jim, à l’instrumentation austère. Pierce mourra le 31 mars 1996 des suites d’une hémorragie cérébrale. Un intéressant album inédit, Early Writings, a été publié en 1998, réunissant les meilleurs titres de The Gun Club sur scène et comportant des morceaux enregistrés par Jeffrey Lee Pierce seul chez lui, en 1982.

Michka Assayas  dans Le Dictionnaire du Rock
(Collection Bouquins, Editions Robert Laffont © , 2000)

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