Chanteur et guitariste de soul, ska, rock steady et reggae jamaïcain, 1963-1987 : né le 19-10-1944 à Westmoreland, Jamaïque, mort le 11-09-1987 à Kingston, Jamaïque.
Fondateur en 1963 du trio vocal des Wailers avec Bunny Wailer et Bob Marley, ce bouillant interprète à la forte personnalité demeure un des plus légendaires des chanteurs rasta jamaïcains. Les chansons les plus engagées et contestataires de Marley comme «Get Up, Stand Up» étaient sa marque. Assassiné en plein succès, il a pu mener une carrière solo qui lui avait permis de pleinement sortir de l’ombre de Bob Marley, qui lui pesait beaucoup.
Quand les Wailers créent la marque Wail’n’ Soul’m fin 1966, Tosh enregistre de nombreux rock steady aux paroles audacieuses et impertinentes comme «Funeral», «Pound Get A Blow», «Fire Fire», «Dem A Fi Get A Beatin’» et le «Stepping Razor» de leur professeur de chant Joe Higgs. A la naissance du reggae en 1968, il continue à prendre occasionnellement la parole avec les superbes «Love» (repris par Johnny Nash) ou «The World Is Changing» (qu’on peut entendre dans le CD de Bob Marley Rock To The Rock inclus dans The Complete Bob Marley & The Wailers 1967 To 1972 Part I), «Give Me A Ticket» (une reprise de «The Letter» des Box Tops). Il s’impose avec l’album The Best Of The Wailers produit par Leslie Kong en 1970, notamment avec quatre titres dont son célèbre «Soon Come» qui proteste contre l’habitude qu’ont les Jamaïcains de prendre (un peu trop) leur temps. Pour le producteur Lee «Scratch» Perry, il chante «400 Years», «No Sympathy», «Downpresser» et «Second Hand» avec les Wailers (The Complete Bob Marley & The Wailers 1967 To 1972 Part II), puis fonde la marque Tuff Gong avec Bob Marley et Bunny Wailer. En solo, il grave «Rightful Ruler» (produit par Lee Perry en 1970), où figure la première apparition de U Roy, et une série de 45 tours introuvables (dont une reprise du «Here Comes The Sun» des Beatles en 1971) réunis dans le triple coffret Honorary Citizen (Sony, 1997) qui inclut aussi un concert et une compilation de titres connus.
En octobre 1972, les Wailers signent enfin un contrat international avec les disques Island. Peter Tosh cosigne l’hymne contestataire «Get Up, Stand Up» chanté en duo avec Marley, interprète «One Foundation», «400 Years» et «Stop That Train» pour les albums Catch A Fire et Burnin’, puis, déçu par le manque de revenus immédiats après la tournée qui donnera le CD Talking Blues, fin 1973, il quitte le groupe peu après Bunny Wailer. Armé de sa guitare et de sa fameuse pédale wah-wah, il fonde sa marque intitulée Intel-Diplo HIM (Intelligent Diplomat for His Imperial Majesty) en signe d’allégeance à l’empereur Hailé Sélassié 1er. Il publie quelques 45 tours contestataires comme «Babylon Queendom» en référence à la reine d’Angleterre, signe en 1976 avec Columbia (Virgin en Grande-Bretagne) et publie les excellents albums Legalize It (Grammy posthume du meilleur album de reggae en 1988) qui crée une controverse (la chanson du même nom est de fait interdite à la vente en Jamaïque) et Equal Rights, deux disques enregistrés avec les musiciens de Marley et Bunny Wailer.
Peter Tosh travaille ensuite avec l’équipe de Sly & Robbie, qui constitue son groupe officiel d’accompagnateurs : Word Sound And Power. Mick Jagger enregistre avec lui un duo pour le «Don’t Look Back» des Temptations revu en reggae, s’inspirant du succès de Keith And Tex arrangé par Derrick Harriott. Tosh collabore avec Mick Jagger et Keith Richards qui produisent pour lui Bush Doctor en 1978 (Rolling Stones Records-EMI) après l’avoir vu chanter en Jamaïque au «One Love Peace Concert» en première partie de Bob Marley. Ce jour-là, Tosh s’en prend aux politiciens de l’île lors d’une conférence de presse filmée : en conséquence, pour la deuxième fois de sa vie, la police le passe à tabac quelque temps plus tard, lui brisant les mains et le blessant gravement. Après une tournée avec les Rolling Stones en 1978, Peter Tosh atteint une réputation internationale. Une tournée américaine et européenne réunit ainsi des dizaines de milliers de spectateurs en 1979.
Clairement influencés par le son pop international ambiant (dans les solos de guitare notamment), ses disques ultérieurs pour EMI, Mystic Man, Wanted Dread And Alive, Mama Africa (qui contient une reprise du «Johnny B. Goode» de Chuck Berry) et Captured Live montrent ses limites, malgré la présence de titres occasionnellement excellents, et se vendent relativement mal, même s’il continue à donner de bons et nombreux concerts. En 1983, Tosh joue au Swaziland en Afrique du Sud et tourne en Europe avec une guitare en forme de mitraillette. Il joue aussi à Kingston, mais ce sera sa dernière tournée. Souffrant de séquelles de ses passages à tabac, il se repose alors beaucoup. Son dernier album No Nuclear War, plus réussi, sort peu avant son meurtre. Selon la version officielle c’est lors d’un braquage chez lui que l’impertinent «Toughest» («Le plus dur», son surnom) est assassiné précisément au moment où il s’apprêtait à racheter la seule radio indépendante de l’île. Dans le film documentaire sur sa vie Red X Tapes (1993), on comprend que Tosh connaissait bien son assassin, à qui il avait versé de l’argent en prison, et que les tueurs avaient sans doute des mobiles plus profonds. Plusieurs rumeurs circulent depuis, notamment sur un important trafic de chanvre indien.
Peter Tosh reste probablement le chanteur jamaïcain le plus radicalement engagé dans la lutte pour l’égalité et la justice. Son fils Andrew a enregistré quelques disques de reggae pop, mais sans succès.
Bruno Blum dans Le Dictionnaire du Rock
(Collection Bouquins, Editions Robert Laffont © , 2000)


