BONNIE 'PRINCE' BILLY : Ease Down The Road (2001) (*** WILL OLDHAM : les archives ***) posté le dimanche 07 mai 2006 12:07

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Genre  :  country, folk USA
Note :  ****


Après les sombres et magnifiques élucubrations de I See A Darkness, Will Oldham continue, à son rythme tranquille, son bonhomme de chemin le long des routes tortueuses d’une country folk inclassable. Ease Down The Road n’a rien de surprenant à première vue, une impression qui se mue assez vite en un sentiment d’évidence, de familiarité. On irait presque jusqu’à se sentir coupable de ne pas avoir pris du premier coup cette simplicité d’écriture et d’interprétation pour ce qu’elle est : du talent pur. Dans le plus simple appareil, les chansons d’Oldham, qu’elles soient prière (Careless Love et son orgue mystique), complainte morbide (Lion Lair, entre autres…) ou ballade apaisée (After I Made Love To You) ont en commun d’être incroyablement humaines, à l’image de sa voix chevrotante et dénuée de tout apparat. Du reste, malgré ses airs de chien battu, il ne faudrait pas prendre ce petit prince, qui chante pince-sans-rire "My finger’s in your behind", pour un triste sire. Les musiciens qui l’accompagnent, encore différents de ceux de I See A Darkness, brillent par leur justesse et leur discrétion (à noter la micro-intervention du réalisateur déjanté Harmony Korine : plus on est de fous, plus on crie). Bref, une fois encore, le frêle troubadour, à l’instar de Neil Young ou Mark Linkous, ferait aimer la country à n’importe qui.

Gilles Duhem dans magic! n°49 mars 2001
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Sachant que les icônes sont faites pour être brûlées, on ne donnait plus cher de la peau de Will Oldham. Au fil des années et des disques, il était devenu ce petit prince entre guillemet, un peu péteux, du folk lo-fi. Une mini rock-star de plus, maître à penser de fanatiques qui n'osaient pas s'avouer leur amour de la vraie musique américaine, maître à dépenser ses sous pour des disques qui n'en valaient pas toujours la peine. On avait beau clamer qu'il y avait plus de beauté américaine chez Willie Nelson, Herman Düne ou Ramsay Midwood que dans l'énième single de Will Oldham il y avait toujours une légion de nains pour préférer Oui-Oui, ce saule pleureur chétif qui cache la forêt profonde. Pas de chance pour nos bonnes résolutions - détester Will Oldham, lui faire payer son statut -, il sort le magnifique Ease Down The Road. Si Will Oldham est bel et bien devenu un chanteur installé, c'est d'abord dans ses chansons. Ou dans ses chaussons, serait-on tenté de dire, tant ce disque ressemble à un retour chez soi, à une harmonie intime enfin trouvée. Dans les disques précédents de Will Oldham, il y avait toujours une esthétique confuse et à la longue fatigante du mal-foutu, entre pose arty et arthrite, une autocomplaisance dans le malheur. Ici, Will Oldham chante comme s'il avait fait la paix avec lui-même, avec ses musiciens, avec le style, avec le monde. Sur le fond, rien de nouveau. Sur la forme, pas grand-chose : une précieuse chorale de copains (parmi lesquels un génie : Harmony Korine) qui illumine la plupart des morceaux, une interprétation infiniment délicate, harmonieuse, respectueuse du songwriting. L'écriture de Will Oldham n'a pas changé, mais il s'accompagne de musiciens à la hauteur des compositions, il privilégie le chant en duo, les harmonies vocales et revient ainsi à la source de la country-music. Il fait attention à ses chansons parce qu'elles sont ce qu'il a de plus précieux. Souvent, les chansons de Ease Down The Road semblent avoir toujours été là, comme des classiques oubliés de Leonard Cohen ou Willie Nelson, les parrains spirituels de ce disque (à une lettre près, Will Oldham a les mêmes initiales que Willie Nelson - un signe). Will Oldham vient de prendre un salutaire coup de vieux, de cette vieille sagesse dont on fait les songwriters qui durent (et restent). Est-ce d'avoir approché Dieu (Johnny Cash) qui l'a fait grandir d'un coup ? En parlant de coup : a-t-il rencontré l'amour pour chanter aussi bien After I Made Love To You ? Ease Down The Road est étonnant parce qu'il est un disque de chaleur humaine et de partage, de la part d'un homme que l'on avait trop souvent connu drapé dans une rebutante solitude. Le premier album de Bonnie "Prince" Billy s'appelait I See A Darkness. Cette fois-ci, il a vu la lumière.

Stéphane Deschamps dans Les Inrockuptibles n°282 du 20 mars 2001
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Après s'être fait récemment remarquer en sortant coup sur coup deux E-P brillamment décalés (All Most Heaven et Get On Jolly) et au moment où il semble enfin accéder à un début de consécration via la somptueuse reprise de I See A Darkness par Johnny Cash, Will Oldham choisit de revenir en douceur avec ce Ease Down The Road, deuxième album proposé sous pseudo cow-boy queue de race de Bonnie 'Prince' Billy. Mais, si le mémorable I See A Darkness impressionnait d'emblée par sa noirceur intense et parfaitement maîtrisée, il n'en est pas tout à fait de même avec ce nouveau disque qui nécessite plusieurs écoutes pour révéler ses vraies richesses. En effet, si l'on excepte le splendide Just To See My Holly Home qui sonne instantanément comme un classique country, soulignant une fois de plus que Will Oldham est bien le digne descendant des plus grands héros du genre, le reste des chansons donne souvent l'impression de se dérober dans les sonorités chaleureuses d'une production semble-t-il plus soignée qu'à l'accoutumée. Pourtant, de belles réussites comme Break Of Day ou le superbe Sheep ne tardent pas à émerger, pour peu que l'oreille ait fini de se familiariser avec le chant volontairement rentré de Will Oldham. Il n'empêche que, malgré le bref rugissement de guitare sur May It Always Be ou l'inattendu synthé de Rich Wife Full Of Happiness, Will Oldham apparaît ici (de Mrs William à l'entêtant Grand Dark Feeling Of Emptiness) de plus en plus cramponné à une country pur jus qu'il s'acharne à réinventer. Assez convaincant tout de même.

Cédric Rassat dans Rock & Folk n°405 de mai 2001
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Bonnie 'Prince' Billy est l'un des pseudonymes utilisés par Will Oldham, chanteur-compositeur basé au Kentucky connu pour sa morne approche lo-fi de la musique hillbilly américaine contemporaine. Ne craignant apparemment pas de semer la confusion parmi son public culte, Oldham enregistre sous son propre nom ou celui de 'Prince' Billy, et aussi comme membre de Palace Bros, également connu sous l'intitulé Palace Music. Il serait tentant de penser qu'il se sert de ces différentes appellations afin de créer différents styles pour chacun de ses projets; mais en vérité, tout ce qu'il fait sonne peu ou prou de la même façon: il est seulement trop prolifique pour se permettre d'agir sous un seul nom. Cela posé, Ease Down the Road signale quelques changements rafraîchissants dans son approche de l'écriture. Les sons produits s'apparentent toujours à du country-folk artisanal, avec la voix vacillante d'Oldham mixée très en avant, mais, cette fois, il a invité quelques proches à venir l'épauler en studio sur quelque bizarre ornement instrumental ou d'occasionnelles harmonies vocales. Parmi eux, les deux frères d'Oldham, Ned et Paul, un guitariste appelé Dave Pajo qui a précédemment produit des sessions pour les postrockers de Tortoise, un sosie vocal d'Emmylou Harris du nom de Cathy Irwin et le jeune metteur en scène Harmony Korine (réalisateur des films-cultes Gummo et Julien Donkey Boy). A l'écoute du résultat, des boissons alcoolisées furent également servies aux participants. Reste que Oldham garde le contrôle des opérations. Le créateur de I See a Darkness se sent visiblement toujours assiégé par de noires pensées. Certaines des paroles de ce disque narrent de sombres histoires de meurtre, infidélité, suicide – mais, d'un autre côté, Oldham n'a jamais paru si enjoué que lorsqu'il évoque telle expérience sexuelle débridée avec une femme anonyme mais à l'évidence fascinante sur des titres comme A King at Night et After I Made Love to You. Autrement dit, Ease Down the Road n'est pas un mauvais point de départ : ceux qui estimaient les travaux précédents d'Oldham trop arides et désolés pour vouloir même s'en approcher peuvent désormais se familiariser avec l'un des meilleurs songwriters américains vivants. Recommandé.

Nick Kent dans Libération du 02 avril 2001
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Il y a un moment de magie blanche au milieu de ce disque. Au quatrième titre, Just to see my holly home, soudain, tel l'homme des bois solitaire enfin sorti de sa tanière, l'ami Billy mêle sa voix souvent glapissante à un choeur mi-jamboree scout, mi-fin de cuite à l'eau de vie. Cette éphémère élévation fait forcément un effet boeuf à qui fréquente l'animal depuis ses débuts, sous l'enseigne Palace Brothers. Il y a huit ans, Will Oldham entamait son premier album (opportunément réédité ces jours-ci) en confessant d'un timbre grêle : "Des mains oisives sont les instruments du démon." Une dizaine de rondelles plus tard, semées comme des ossements blêmes sur un chemin de poussière, les quelques lueurs prodiguées par Ease down the road règlent la question d'étiquetage qui pend au nez de tout artiste encore maudit. On hésitait pour le cas Will entre country squelettique et folk-blues aphasique. Il s'agissait bien de gospel malade. Psalmodies fracassées, spectrales, grattant la terre, la chair, la moindre plaie ; jérémiades interrompues par des aboiements de chien ; prières calcinées exsudant le sang, le foutre et la honte, où le blanc-bec retrouvait les accords émiettés des bluesmen d'avant-guerre, bricolait sur fond de Midwest éternellement dépressif. Cette veine-là, forcément souterraine, culmina, si l'on peut dire, avec le terrible I see a darkness (1999), diamant noir extrait du fond de la mine des mauvais jours, ode étouffée sous effigie macabre. Aucun doute, Oldham habitait bien le côté obscur de la rue, ce dark end of the street que chantaient Gram Parsons (prince oublié du country-rock, 1946-1973) ou Richard Thompson (maître artisan sous-estimé du folk-rock anglais, toujours en activité). Le revenant Johnny Cash et sa basse vieillie en fût de chêne firent du morceau-titre une version mémorable, et l'on parla un peu plus de Bonnie Prince Billy. Ease down the road arrive à point nommé. Parce que lumières, trous d'air et guitares moins rêches le rendent plus aimable que les albums précédents. Parce que l'amour d'une femme, évoqué ici et là, trouve un équivalent vocal dans le filet clair de Cathy Irwin, sur le modèle déposé jadis par Leonard Cohen avec Jennifer Warnes. Mais aussi parce que, même en voie de guérison, ce gospel malade passe toujours par le chant fiévreux d'une gorge nouée, raclant des reliefs de beauté dans les recoins d'une âme en peine. Comme on ne se refait pas, sur Sheep, la perle du lot, "massacre et mystère" mènent la danse — un genre de tarentelle vaudoue. La suite s'énonce Grand dark feeling of emptiness ("grand sentiment noir de vide"), et le vieux kid Billy continue de cultiver un côté "vol au-dessus d'un nid de coucous". Moinillon pervers, imprévisible, un peu plouc, un peu dandy, capable de mettre en musique six poèmes de Tagore pour autant d'insomniaques (Get on jolly, 2000) comme d'aguicher ici les fans de R.E.M. avec ses complaintes aux genoux écorchés. Drôle de type, grand disque.

François Gorin dans Télérama n°2675 du 18 avril 2001
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