Genre : Pop Rock UK
Note : ***
Non mais vous avez vu cette pochette, y’a pas mieux que les Stones pour afficher un mauvais goût aussi insolent. Génial. On n’a rien besoin d’autre dans la vie, une pochette qui hurle et éclabousse presqu’aussi fort que le disque à l’intérieur. Ces perruques à deux sous, synthétiques, plastiques et compagnie, ces quelques filles, pas vraiment des laiderons, Brigitte, Raquel, Marylin, Farrah, Lisa, Jane, Elisabeth, uh, George H., le jeu consiste à retrouver les noms, mais les plus attirantes restent encore les cinq garçons, grimmés, pétris et... pitreries. Raffolent de ça. Je veux dire, c’est ça, aussi, le rock’n’roll, non ? Les Stones qui s’amusent continuellement avec leur image, oui, c’est justement ça leur image. Hein, qu’est-ce que tu dis ? Les Stones c’est toujours la même chose ? Alors t’es de ceux-là, encore aujourd’hui ? C’est drôle cette idée. M’a toujours étonné qu’on reproche aux Rolling Stones d’être les Rolling Stones, est-ce qu’on reproche à Jeanne d’Arc d’être pucelle, au Génie d’être sur la Bastille, au rock’n’roll d’être du rock’n’roll ? Mmh, faut-il dire encore aujourd’hui que Charlie Watts n’est pas un mauvais batteur, Freddy, il l’appelle la vieille et il ajoute : «Les Stones c’est pas l’armée du Salut, s’il était pas bon, les glimmer twins l’auraient lourdé depuis longtemps, tu vois c’que je veux dire ?» Pour sûr, la vieille c’est une machine capable de tenir le tempo sans bouger d’un poil, suffit d’écouter «Shattered», ce rythme qui tombe comme ça lourd et syncopé sur un rock costaud qui avance sans détours, et celui de «Miss You», façon disco, qui claque et plaque. Y’a pas un séquenceur qui peut lui faire la pige, parce que ces boîtes ne pensent ni avec le ventre ni avec les pieds ; et celui encore de «Before They Make Me Run», où Charlie part carrément dans tous les sens, tout en manigançant un jeu de cymbales pas frelaté, se casse la gueule avec tout le monde derrière Keith qui postillonne, vacille, nous refait le coup de «Happy». Difficile de chanter aussi mal de façon aussi percutante, et les guitares jubilent, coquines et tranchantes, difficile de distinguer le Ron du Keith. Avec Taylor on savait. Là en lisant les notes de pochette on apprend que c’est Ron qui fait la pedal-steel au milieu du morceau le plus joyeux de l’album. Et Bill, vous avez écouté son jeu à Bill, tiens juste dans le break de «Miss You», ses notes qui dérapent et suggèrent la mélodie. «Miss You» c’est le 45 t..., ce désir, toujours vivant des Stones à décrocher un hit comme tout rock’n’roll band populaire qui se respecte. Depuis «Angie», «It’s Only Rock’n’roll» a foiré «Hot Stuff» c’était pas ça, alors là ils ont mis le pacson, façon disco «Black and Blue», mais disco-stones, pas disco-crotte, avec les tripes, la fiesta, la mélodie et tout le touti. Et Jagger qui lance «And I Miss You», toi aussi, Mick, toi aussi. Et les choeurs qui roucoulent et encore Jagger qui fait son numéro de charme, chuchotte et trépigne et hurle. Et l’harmonica de Sugar Blue qui chiale, le sax de Mel Collins qui grince. Disco Babe. Une face qui débute disco, l’autre country, «Far Away Eyes» la B side du single. A la manière de «Exile», Jagger traîne la voix, cossard et vieux routier, le plus grand fabriqueur qui existe, se colle à tous les styles pour les faire siens et les copains pareil, c’est tout bon. Voilà pourquoi les Stones c’est toujours la même chose et jamais la même chose. Toujours du rock’n’roll. Pas un titre qui se ressemble, des styles en voilà en veux-tu et toujours ce même climat, fièvre et oppression.
Des rocks calcinés, «Lies», Jagger shoote les mots, méprisant et enjôleur, les riffs de Keith qui laminent, furieux et catégoriques, vous connaissez un autre guitariste ? Un rock de la plus belle époque des enculeurs d’étoile. «Respectable» aussi peu respectable qu’il est permis, solos juteux et tranchants, ça tourneboule serré et vocifère crispé. «When The Whip Comes Down» et le fouet claque à la manière de «Black And Blue». «Some Girls», Sugar Blue fait des siennes et Jagger bouffe les mots avec son plus bel accent des faubourgs. «Beast Of Burden», un blues saccadé avec des changements de tons et «Just My Imagination», une reprise de Whitfield/Strong. Vous savez, les reprises des frangins c’est leur petit péché mignon aux Stones. Y’a un truc qui me tournait dans la tête, le mec qui disait en trois mois les Pistols ont fait passer les Stones pour des ringards. Et c’est pas impossible, les uns qui se faisaient virer d’EMI, les autres qui y entraient et avec tout le truc new-wave c’était un peu l’examen. Seulement les Stones ne jouent pas, ne vivent pas simplement le rock’n’roll, ils le racontent, peuvent rester des mois en studio à Paris ou ailleurs, la spontanéité est toujours là, même s’ils doivent la fabriquer, mais ça on s’en fout. C’est pour ça que Jagger sera jamais Sinatra ou Presley parce que tout bonnement il n’en est pas capable, lorsqu’il chante c’est de la vermine qui sort de sa bouche et Keith est toujours là à lui coller le train, à renverser les principes alchimiques, faire d’un joyau un détritus puant. Le rock. Et puis aussi je vois pas un groupe dont j’attends le disque avec plus d’impatience. Comme toujours le «Stones» colle à l’été, il en dégage ses odeurs et ses senteurs, en évoque les souvenirs avec ses images, l’humidité, la chaleur et la moiteur, la sueur qui coule. Les Stones c’est le bonbon qui colle au papier. Bill Schmock dans BEST n°120 de juillet 1978
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