Genre : Reggae Jamaica
Note : ***
L’album Burnin’ s’ouvre sur l’hymne révolutionnaire Get Up Stand Up, interprété par Bob Marley et Peter Tosh. Ce sera la dernière composition signée par les deux hommes. Leur amitié ne résistera pas à la nouvelle donne qu’impose le contrat avec Island : ils se brouilleront peu après pour une histoire d’argent. Bientôt, Bunny Wailer s’en ira aussi. Bob remet ici au goût du jour ses compositions les plus élaborées de la période avec Lee “Scratch” Perry. Reprenant la formule guitare, orgue et percussions éprouvée sur Catch a Fire, Small Axe, Duppy Conqueror, Put It On s’enchaînent à de nouvelles créations comme Burnin’ and Lootin’ où Marley exhorte son public à “brûler et piller toutes ses illusions”. Point d’orgue de ce manifeste, I Shot the Sheriff (“J’ai tué le shérif mais pas son assistant”) stigmatise la police jamaïcaine qui martyrise les pauvres des ghettos, rastas en particulier, dans un univers où la violence des gunmen répond à celle de la police.
Bunny Wailer, comme Peter Tosh, ne pourra placer qu’une seule composition sur les trois enregistrées pour l’album original de 1973, et se sentira poussé vers la sortie par Chris Blackwell. De retour en Jamaïque après la tournée, il quitte le groupe et entame une carrière solo. Malgré un accueil critique favorable, Burnin’ passe inaperçu auprès du public rock que souhaite accrocher Island.
Service Musiques dans Les Inrockuptibles
Hors série Bob Marley du 1er juin 2002
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Au début des années 70, si le reggae compte une star, c’est bien Jimmy Cliff. A l’époque, cette musique est considérée comme un style des Caraïbes parmi d’autres, avec des textes sans danger, vantant les plaisirs de la chair. Tout bascule à la sortie du film The Harder They Come où Jimmy Cliff, justement, incarne un jeune musicien jamaïcain qui tente d’échapper à sa condition de «sufferer» (ceux qui souffrent, les gens du ghetto) grâce à la musique. De la fiction à la réalité, il n’y a qu’un pas. Pour Chris Blackwell, Bob Marley n’est autre que ce personnage. En effet, durant son enfance dans le ghetto de Trench Town, Bob se forge un caractère à toute épreuve. Cette pugnacité héritée de la rue, il la mettra au service de sa musique, travaillant ses textes et reprenant ses mélodies avec un acharnement hors du commun. Grâce à cette volonté de fer et au soutien de Blackwell, l’image d’un groupe de rock venu du ghetto jamaïcain s’installe peu à peu dans les esprits et commence à faire mouche.
Burnin’ et Catch A Fire sont très proches en apparence mais varient considérablement par l’esprit. Si le premier dresse le tableau d’une génération qui a perdu tout espoir, le deuxième est ouvertement révolutionnaire et propose de réagir fermement à l’oppression. Avec Burnin’, le message prend une dimension concrète, immédiate. Dans une magnifique chanson de jeunesse, Bob chantait : «Pour chaque petite action, il y aura une réaction» («Reaction», 1967). C’est sur ce principe radical et libérateur qu’est construit Burnin’. Et c’est dans ce sens qu’il faut comprendre les paroles de «I Shot The Sheriff». Si le héros de cette chanson tue le shérif, c’est bien par légitime défense, en réaction à une oppression qui, elle, est illégitime. Cette chanson va mettre le feu aux poudres. Reprise par Eric Clapton, elle devient un hit en quelques semaines et monte jusqu’à la première place dans les charts US. Le nom de Marley commence à circuler et sera bientôt sur toutes les lèvres. Ce personnage atypique portant des dreadlocks intrigue fortement le public de l’époque qui découvre avec Marley que le reggae est subversif. La brèche est ouverte. Le loup est entré dans la bergerie. Des brûlots comme «Get Up, Stand Up» et «Burnin’ And Lootin’» sont de véritables bombes à retardement.
C’est le dernier album qu’enregistreront ensemble Peter, Bunny et Bob. Une page est définitivement tournée. Désormais Marley fera cavalier seul. L’album (ironie de l’histoire ?) est uniquement signé «The Wailers».
Nicolas Pradat dans Reggae Magazine
n°21 spécial Bob Marley de l'été 2003
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