Bob Marley & the Wailers : Catch a Fire (1972) (*** 20 albums pour l'île déserte ***) posté le mercredi 03 mai 2006 09:40

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Genre  :  Reggae
Note :  *****


Sans la subtilité stratégique de Chris Blackwell, patron d’Island, cet album n’aurait sans doute jamais vu le jour, et le cours de l’histoire en aurait été probablement modifié. Jusqu’ici le reggae était resté une musique de singles s’adressant aux Jamaïquains et à la communauté antillaise exilée en Angleterre. La majorité des chansons tournaient autour du plus fédérateur des sujets, le sexe. Avec des titres tels que “Spermy Night Over Kingston” ou “Wet Dream”, le reggae était même considéré dans les discothèques comme parfait levier pour toutes les mises à feu lubrique. Pourtant Blackwell estimait qu’il suffirait de quelques compromis pour intéresser le marché européen et américain, comme d’envisager la sortie d’un album avec une dizaine de chansons organisées autour d’un thème central. Encore fallait-il trouver l’artiste susceptible de porter un tel concept. Et c’est là que Bob Marley, flanqué des deux autres Wailers historiques, Peter Tosh et Bunny Wailer, entre dans le bureau. Et s’engouffre avec lui une culture au dépaysement radical, sa cohorte de coutumes, de symboles et de mots, sa vision du monde imprégnée de millénarisme et de prophéties et plus encore, une vibration inconnue. Paru en décembre 1972, “Catch A Fire” est le premier disque de reggae conçu comme un album rock. Pour épauler les trois Wailers et leur section rythmique, composée des frères Barrett, Man “Family Man” et Carlton, Blackwell fit appel à quelques musiciens de studio dont Robbie Shakespeare, ce dramaturge de la basse à qui l’on doit une monumentale secousse sismique sur “Concrete Jungle”. Les choeurs sont chantés par Rita Marley, Martha Griffiths et Judy Mowatt, avant qu’elles n’adoptent le nom des I-Threes. Enregistré à Kingston, l’album sera mixé dans un studio londonien où Blackwell ajoute des séquences de synthés et fait venir le guitariste de Muscle Schoals Wayne Perkins pour délivrer quelques parties de guitare dont ce superbe solo au lyrisme sinueux s’enroulant comme une liane autour du tronc puissant de “Concrete Jungle”. Bien que les Wailers s’octroient quelques instants de légèreté sur “Kinky Reggae” et “Rock It Baby”, l’album est construit sur une imparable logique dialectique unissant l’aliénation et la rébellion. La description d’une situation contemporaine sur “Concrete Jungle”, l’évocation d’une condition historique avec “Slave Driver” et “400 Years”, alimente le feu d’une (rasta) révolution dont ce disque est la première mèche. Le premier couplet d’un flamboyant cantique de la racaille.

Francis Dordor dans Rock & Folk hors série n°11
  “300 Disques Incontournables 1965-1995”
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C’est sur le prestigieux label Island – célèbre pour ses succès avec Traffic, Cat Stevens, Free, King Crimson et Emerson Lake & Palmer – que Bob Marley & The Wailers connaîtront la consécration internationale en 1975. Mais en 1973, l’album Catch a Fire est simplement signé The Wailers : Chris Blackwell, le directeur d’Island, estime préférable de présenter le trio vocal comme un groupe de rock noir, mieux à même de séduire le grand public. La pochette du 33t Island de 1973, conceptuelle, a la forme d’un briquet Zippo qui s’ouvre, découvrant des flammes en carton et le disque vinyle.
L’album ne reçoit d’abord qu’un succès d’estime, bien que les titres interprétés par Bob Marley, notamment Stir It Up, Kinky Reggae, Concrete Jungle et Slave Driver, soient d’impérissables classiques. Deux compositions, Four Hundred Years et Stop That Train, sont interprétées par Peter Tosh.
Enregistré en Jamaïque en septembre 1972, l’album est livré à Chris Blackwell qui décide, par un judicieux souci de marketing, de remixer entièrement les bandes et d’y ajouter les solos d’un guitariste américain, Wayne Perkins, issu des studios Muscle Shoals en Alabama, ainsi que les nappes d’orgue produites par le Texan John “Rabbit” Bundrick, futur membre de Free et des Who. Stir It Up a ainsi été rallongé de deux minutes pour y intercaller le solo de guitare.
Cette version internationale, remixée, de Catch a Fire est une réussite et, concerts en Grande-Bretagne aidant, contribue grandement à mettre Bob Marley & The Wailers sur le chemin de la gloire. Premier grand classique du reggae, cet album déterminant n’est pas une collection de 45t comme le veut la tradition en Jamaïque : il est conçu en tant qu’œuvre à part entière. Il expose l’héritage de mépris et de pauvreté légué par un passé colonial encore récent. Dans Concrete Jungle, il offre à goûter l’âpreté et le désarroi de la vie du ghetto. Cette exigence de justice, ce défi lancé à la société des puissants est cependant tempéré par de tendres ritournelles comme Baby We’ve Got a Date ou le brillant Kinky Reggae, ouvertement sexuel.
L’édition Deluxe en double CD de Catch a Fire, parue en 2001, contient, outre l’album commercialisé en 1973, sa version jamaïcaine ; The Jamaican Mixes, qui propose chacun des morceaux exempts de tout effet de production, était jusqu’alors entièrement inédite. Elle contient en outre la ballade High Tide or Low Tide, présente également sur le coffret Island Songs of Freedom, et un splendide morceau interprété par Marley, une obscure face B, All Day All Night.

Service Musiques dans Les Inrockuptibles
    Hors série Bob Marley du 1er juin 2002
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Tous les commentaires liés à l'article : Bob Marley & the Wailers : Catch a Fire (1972)

  • Romain a posté :mardi 29 août 2006 16:13

    voilà de très belles éloge à propos de ce morceau mythique qu'est CONCRETE JUNGLE !

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