Genre : Reggae Jamaica
Note : ****
Burning Spear est un des rares groupes de reggae qui ne se soit pas effrité avec le temps. Au contraire, chaque année apporte un nouvel album avec la mousson, un nouveau concert, une nouvelle rumeur. On a affaire au Burning band sur Burning Music, le business n’a pas eu sa peau, le groupe s’enrichit sans cesse de nouveaux éléments et les disques, consistants et constants, nous parviennent. Chez les Jamaïquains c’est un cas assez exceptionnel pour qu’on le souligne en rouge, or et vert.
Comme Toots ou Marley, la force du Burning Spear, alias Winston Rodney, c’est cette équipe qui lui permet de faire ses disques avec une douzaine de musiciens, sans parler des tournées. Ça l’autorise à perpétuer un style en réelle voie de disparition, celui des big-bands reggae façon années soixante-dix, cuivres au garde à vous et solos de sax, de guitares... Où sont passés les Culture, les gros groupes Island qui enregistraient et tournaient avec des colonies de percussionnistes ? Le reggae a pris le virage rap, l’option boîte à rythme où la voix est la dimension essentielle, les paroles la substance, et la rythmique un dub réduit à la fonction de concasseur. Cette évolution donne d’intéressants et tout à fait aimables artistes comme Yellowman, Dillinger ou Smiley Culture pour ne citer qu’eux, qu’on aime. Mais force est de constater que le Spear est le fer-de-lance (enflammée) d’une certaine conception du reggae.
Ce disque en est une bonne illustration, qui ne nous fera certes pas oublier ses plus beaux 33 («Social Living» «Marcus Garvey» etc), mais qui comblera les amateurs d’un style devant beaucoup à Bob Marley, et ayant tendance à s’essouffler depuis sa mort. Le Spear lui doit encore plus semble-t-il ; n’a-t-il pas pompé le «Jah Say», inclus ici, sur son «So Jah Say» ? Nous remercions donc Burning Spear de son estimable contribution au bon vieux reggae, de sa persévérance à chanter ces enfoirés de Babylon, les trucs mystiques et le Rastafari. Ce qui semblait il y a encore deux minutes du dépassé se métamorphose en l’incarnation d’une tradition. Celle du reggae-qui-plane, du reggae-musique, du reggae-vrai-groupe, musique d’écroulés, faite justement pour remuer les écroulés !
Bruno Blum dans BEST n°212 de mars 1986
© 1986 BEST. Tous droits réservés.
S’il n’en reste qu’un... il s’appellera Winston Rodney, plus connu sous le surnom de Javelot Brûlant. S’il n’en reste qu’un à couler au recto de la pochette les trois couleurs rasta sur son visage et, au verso, à tirer sur un spliff de vingt centimètres, c’est bien Burning Spear. S’il n’en reste qu’un à glorifier Jah dans tous ses morceaux, à prêcher la fraternité, à enregistrer à Kingston aux studios Tuff Gong, à ne pas faire appel à des choristes, à ne strictement appliquer que la rythmique Trenchtown, c’est toujours lui. Résister, appeler carrément son dernier album «Resistance», pratiquer le reggae tel qu’il a surgi il y a vingt ans. Seule concession au modernisme, ces cuivres ronflants dont il saupoudre les neuf titres, cuivres qui donnent un ton Spear. Burning Spear ne faillira pas, même si à certains moments, comme dans «Love To You», on effleure le rhythm’n’blues. Tel le vaillant guerrier survivant d’une tribu qui va à vau-l’eau, Javelot Brûlant a fait le serment de pratiquer le reggae tel qu’il l’a internationalisé. Ses frères de sang ainsi que l’homme blanc lui en sont reconnaissants. Jah !
Alain Gardinier dans Rock & Folk n°230 de mai 1986© 1986 Rock & Folk. Tous droits réservés.


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