Genre : Rock alternatif USA
Note : ***
L’histoire mériterait à elle seule son feuilleton du dimanche sur M6. Deux sœurs d’origine new-yorkaise se retrouvent après des années d’absence dans la ville de tous les fantasmes, Paris, où l’une d’elles a élu domicile. Et comme symbole de leur réunion, elles décident d’enregistrer un album nourri par leurs fantasmes arty et francophiles. A écouter ce premier opus, on les imagine affalées au milieu d’instruments sur le parquet ciré d’un appartement vaguement haussmanien, à peine déconcentrées par le ramdam des voisins et la chaleur écrasante de l’été. Car c’est en pleine canicule 2003 que le duo Casady a imaginé sa maison de rêve forcément aride, sèchement rythmée par des beats lo-fi lancinants et portée par la voix rocailleuse de cette Sierra au nom prédestiné. Le contraste entre la formation classique de celle-ci et les appétences bricolo de sa soeur Bianca offre un merveilleux relief à ces chansons dépenaillées. En ouverture, Terrible Angels, habile comptine folk, délivrée par des instruments-jouets et des sons de la vie quotidienne savamment trafiqués par Bianca, est un exemple probant des étincelles que peuvent susciter une telle association. L’oreille collée contre les murs, on entend même des échos de Cat Power sur Butterscotch ou de Lisa Germano sur West Side. Si la formule fonctionne à merveille dans le meilleur des cas, elle s’étiole sur la longueur, à force de systématisme, d’autant que l’écriture musicale n’est pas toujours à la hauteur. Le duo peine aussi à éviter le maniérisme et la préciosité de paroles un poil maladroites voire pauvres, nourries de références trop lourdes pour être parfaitement crédibles (Freud, Morrisson, hum). La Maison De Mon Rêve bénéficie certes d’un très bon décorateur, mais quelle utilité quand l’architecte a bâclé son travail ? A suivre au prochain ravalement de façade.
Estelle Chardac dans magic n°80 de mai 2004
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La Maison de mon rêve : volume insolite, à découvrir, dirait la petite annonce immobilière. La maison, un petit appartement plutôt, est située à Paris, vers la mairie du XVIIIe arrondissement, dans le bas de Montmartre. Ce que la petite annonce ne dirait pas, c’est que la maison est hantée depuis que deux sœurs, deux jeunes Américaines nommées Sierra et Bianca Cassidy, l’ont habitée l’été dernier et y ont enregistré une musique pas très normale, à la fois nouvelle et ancienne, terrifiante et envoûtante. Une musique de rêve, un de ces rêves qui semble durer une vie, dont on sort épuisé, profondément troublé, comme si on avait accédé à une autre dimension du monde. La dimension du trop intime, peut-être. Leur musique illustre leur quotidien. On entend la pluie qui tombe, les oiseaux à la fenêtre, quelqu’un dans l’escalier, des bruits d’appareils ménagers aux moteurs usagés et aux lames rouillées.
Ce n’est pas de l’avant-garde, pas de la musique concrète. Plutôt de la musique domestique. Elles chantent qu’elles veulent être femmes au foyer. Elles enregistrent souvent dans la baignoire, annexent l’appartement de Stéph, la voisine remerciée sur le disque. Si CocoRosie ne ressemble à pas grand-chose de connu aujourd’hui, ces petites apprenties sorcières convoquent les âmes perdues des artistes femmes-enfants, des innocentes salies, des chanteuses un peu pourries de l’intérieur : Karen Dalton, Billie Holiday, Rose Murphy.
Entre lo-fi, electronica rouillée et prouesse vocale, les chansons de CocoRosie sont des sortes de comptines lancinantes, fragiles et chuchotées, tellement les chanter fort pourrait les anéantir. On a rarement entendu un disque pareil, sorti de nulle part, qui semble tout réinventer et brise le cœur avec une délicatesse inédite.
Stéphane Deschamps dans Les inrockuptibles du 26 mai 2004
© 2004 Les inrockuptibles multimedia. Tous droits réservés. CocoRosie ce sont deux sœurs : Bianca et Sierra Cassady, toutes deux originaires de New York. La première a rejoint la deuxième à Paris pour enregistrer la chose, d’où vient probablement le titre de l’album et cette ambiance générale qui plane tout au long du disque et qui doit ses lettres de noblesse aux vieux disques 78 tours et aux jouets pour enfants - et pourquoi pas trouvés au marché aux puces de la porte St Ouen -.
La Maison de mon Rêve est le résultat patent de la rencontre entre les deux sœurs (qui ne s’entendaient, dit-on, pas si bien que ça auparavant) et qui nous font partager sur leur premier album leurs délires et autres fantaisies foutrement bien ficelées. Elles aiment se déguiser aussi - le livret en montre une avec une moustache dessinée - et jouer au couple époque début XXème siècle. Les gamines savent aussi entretenir le sulfureux et l’ambiguité, à l’instar du baiser sur la pochette du disque qui ne semble avoir d’autre but que de choquer...
Dès les premières notes de "Terrible Angels", le ton est donné. C’est une boîte à « Hihan » (sorte de boîte à "meuh" mais ici c’est l’âne qui est à l’honneur) - il y en a pour tous les goûts -) qui donne le rythme, et l’on sent bien vite que l’on va avoir droit à du tiré par les cheveux. Mais la fratrie a réussi, au gré des douze chansons qui composent cette galette, à distiller une émotion qui fait mouche, et l’on se surprend très vite à être accro à ce disque, et à ne plus pouvoir s’en passer. On comprend aussi que tout ceci - le disque, la pochette, les jouets en guise d’instruments, les déguisements, le côté lo-fi manisfeste - participe à penser que l’on se trouve devant un phénomène culturel plus important et surtout plus ambitieux qu’il n’y paraît, à l’instar de Tom Waits.
Le deuxième titre, "By Your Side", étend la palette de leur savoir-faire : des chants d’oiseaux en filigrane, une des deux sœurs susurre un refrain à la Moby, proche du blues donc (car Moby n’a pas fait autre chose que de piquer des bandes de blues...), pendant que l’autre chante, d’une voix délicieusement divine. On croirait entendre Billie Holiday. La beauté des mélodies est époustouflante. On a envie d’épouser les deux sœurs sur-le-champ, en hommage autant au dadaïsme qu’à tout le surréalisme. Les chansons sont faites de bric et de broc, il y a un vrai/faux côté minimaliste, faisant penser aux albums solo d’un Howe Gelb mais aussi et surtout aux expérimentations plus que lucides du grand Tom Waits. (histoire de le citer plusieurs fois - il le mérite plus qu’amplement)
On a même droit à une incartade orientale et paisible sur "Tahiti Rain Song", qui s’ouvre sur du champagne que l’on sabre, où des casseroles sont appelées à rythmer la chanson pendant qu’on entend la pluie qui s’abat au dehors. Tout cela a l’air tellement improvisé et naturel que : soit ça l’est, et on est devant de véritables génies, soit ça ne l’est pas, et on est devant de véritables génies de la technicité. Enfin, dans tous les cas, ce disque est le fait de génies !
« I once fell in love with you just because the sky turned from grey into blue ». Voici un bel exemple de la simplicité des paroles qui vont droit au cœur. Elles peuvent aussi se faire plus engagées : "Jesus loves me But not my wife Not my nigger friends Or their nigger lives".
Rosie (Sierra), celle qui a la voix extraordinaire, va même jusqu’à nous montrer qu’elle sait chanter de façon très lyrique sur "Candy Land". Pas étonnant puisque la jeune gazelle a un background d’opéra classique derrière elle, qu’elle tente - avec succès - de servir à une autre sauce. Une harpe, instrument par excellence appartenant au registre de l’opéra, vient pointer le bout de son nez ici ou là.
Outre les voix angéliques des deux sœurs, une guitare sèche constitue la trame de tout le disque. Et peut-être le seul instrument classique avec le piano. Et c’est Sierra qui s’y colle, la diva d’opérette, pendant que sa sœur fait tout le reste, à savoir tout et n’importe quoi avec n’importe quoi. Mais le résultat est là : incroyable !
Pour le côté people, sachez que l’une des deux - probablement celle qui a rejoint l’autre à Paris - était la petite amie de Devendra Banhart . Si quelqu’un a des photos volées, il peut les envoyer à Voici...
Assurément dans mon top 5 de l’année 2004, voire du quinquennat. La vie est belle !
Laurent sur Pinkushion le 28 juin 2004
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