Genre : Electronic & Rock UK
Note : **
D’abord, “Violator”. Qui, déjà, avait causé un choc aux “modistes” purs et durs, ce qui ne l’a pas empêché de se vendre par tombereaux, ici comme ailleurs. Aujourd’hui, c’est à nouveau la surprise, pour qui n’est pas intime du groupe. Comme le dit si bien Martin Gore : on est tous plus vieux, on a changé... Eh oui, les gars, et tant pis pour ceux qui ont toujours vu en Depeche quatre jeunes tantouzes de la pire espèce, qui avaient trouvé le bon filon pour devenir milliardaires le temps d’un été. Non, d’ailleurs l’affaire fonctionne depuis une douzaine d’années, et de mieux en mieux avec ça. Et puis, faut vous y faire, les moqueurs en santiags et Perf’, Martin Gore et sa bande — et surtout Martin ! — ne sont pas des pédés... et Dave Gahan a aujourd’hui des plus grosses bottes, et un plus beau blouson (il a les moyens !) que vous ! Na. Sans blague, vous avez vu le nouveau clip de “I Feel You”, leur dernier single ? Tatoué, cheveux longs et tout en cuir, le chanteur de Depeche Mode est devenu une sorte de fils naturel de Dave Stewart et Michael Hutchence ! Quant à Gore, non seulement, il joue de la guitare, mais c’est une Grestsch en bois ! Et “Fletch” joue de la batterie, une vraie batterie ! Rock’n’roll. Adieu les enclumes ! D’accord, tous les titres ne sont pas aussi électriques, et l’on retrouve la griffe DM dans la plupart des morceaux. Mais, on le sait, c’est tout ce qui fait la force du groupe, ce qui le rend unique : tout en expérimentant encore et toujours, il a aussi su définir un son propre, original. Alors, bien entendu, ils vont encore en vendre des wagons...
Eric Breton dans Rock & Folk n°308 d'avril 1993
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"Si tu jettes un rapide coup d'oeil aux années 80, que vois-tu ? 1980, Closer par Joy Division ; 1989, Violator par Depeche Mode. Le début et la fin d'une décennie par deux albums sombres et électroniques." Ce n'est pas Bono ou Sting qui ose ce provocant parallèle, mais le nettement plus crédible et éclairé Lawrence de Felt. Courageux. Il y a un tel halo de haine autour de Depeche Mode qu'il faut encore beaucoup de franc-parler pour reconnaître que, oui, Violator était l'un des coups de maître de la décennie passée. Album ardent sans être ardu, enlevé et élevé, étrangement pop et propre et profond à la fois. Ceci fut naturellement peu dit, la critique rock formant une justice où les cours d'appel fonctionnent mal et où les amnisties ne courent pas les rues. Ainsi, pourquoi Depeche Mode n'a pas eu la chance de Talk Talk, réhabilité après avoir commis des crimes largement aussi répugnants ? Bref, avec Viotator, Depeche Mode claquait admirablement la porte au nez des années 80.
Saurait-il s'ouvrir celle des années 90 ? Cela semblait relativement bien parti à en croire Death's Door, sur la bande originale de Jusqu'au bout du monde. Thème jazzy, peau de serpent froid et sinusoïde. Et puis voici Songs Of Faith & Devotion et l'on cerne vite le problème : c'est un disque "répliquant", un double, un sosie, un doppleganger du précédent. Violator II, le retour. Comme s'il ne s'était rien passé pendant trois ans. Bon single par exemple (I Feel) mais trop récurrent de Personal Jesus. Bon niveau d'ensemble (avec mention à Condemnation, futur single et gospel "synthétoïde") mais rien de neuf. Manque général d'audace. Il était temps pour Depeche Mode d'entamer une seconde vie, de passer à l'électro-acoustique, de se rêver jazz, soul, grunge, n'importe. Mais de changer. On espérait pour eux un big-bang à la Michel Rocard, une reconstruction de Depeche Mode (comme celle qu'a finalement réussi à opérer U2 avec Achtung Baby – si). Alors qu'on se retrouve avec un Martin Gore qui, tel un Georges Marchais du synthé, préfère encore et toujours s'en tenir à des logiciels et à des programmes désormais communs.
Arnaud Viviant dans Les Inrockuptibles n°44 avril 1993
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Rêve prémonitoire ou profession de foi, les quatre de Basildon ont tenu leur promesse du tout dernier hit de l’album précédent, lorsqu’ils scandaient Enjoy The Silence. Après nous avoir livré leur Violator colossal Dave Gahan, Martin Gore, Andy Fletcher et Alan Wilder n’ont plus desséré les lèvres trois ans durant. Ils auraient pu, cette fois au moins, se laisser tenter par un coup de Trafalgar à la Schwartzenneger en nous resservant un parfait Violator II mais c’est dans ce silence justement qu’ils ont puisé toute la conviction et l’imagination de maintenir le cap. Engaged comme le dit justement Jean-Luc Picard en propulsant son vaisseau au-delà des étoiles dans Startrek : the next generation. C’est vrai, avec leur entêtement à repousser sans cesse les frontières de leurs nombreuses chimères musicaies, Depeche Mode me fait souvent songer à l’Enterprise dans sa quête jamais assouvie d’explorer encore et encore de nouveaux mondes. Songs Of Faith And Devotion s’achemine vers tant d’univers inédits...
D’abord, il y a la voix de Dave, poussée à son paroxysme, qui ose enfin percuter les registres les plus hauts pour s’affirmer comme l’une des plus belles de cette génération. Mais la force de ce nouveau Mode réside surtout dans l’éclectisme forcené des compositions de Martin vers des vertigineuses séquences tracées par Alan. En caressant les sons les plus ambient, en osant le new age énergétique et le folk futuriste, en exacerbant les guitares de leur précédent Personal Jesus, en osant les violons d’un romantisme galagtique (One), le rock de Depeche Mode a déjà franchi le Rio Grande du second millénaire. Songs Of Faith And Devotion, avec ses ballades hyper-sensuelles, se projette en bonheur insoutenable dans la dimension du virtuel. Et tandis que le spectre du cancer de l’amour hante toutes les consciences, Depeche invente le plus safe des sexes (I Feel You, Higher Love, One Caress). Mais la technologie affirmée de Depeche sait aussi préserver toute la fragilité de leur romantisme exacerbé. Si l’on pouvait en douter, Walking In My Shoes, avec son émotion à fleur de peau, éclôt comme une orchidée rare.
Dans cette dixième aventure, Depeche prouve qu’il a encore et encore su progresser ; mais jusqu’où iront-ils ? Espace, frontière de l’infini vers laquelle voyage ce vaisseau spatial. Sa mission : explorer de nouveaux mondes étranges, découvrir de nouvelles vies, d’autres civilisations et, au mépris du danger, avancer vers l’inconnu.
Gérard Bar-David dans Rock Sound n°4 de mars/avril 1993
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