Depeche Mode : Music For The Masses (1987) (*** OLDIES ***) posté le samedi 20 mai 2006 13:50

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Genre  : Electronic & Rock UK
Note :  ***


De notre bonne ville-lumière au Danemark, avec arrêt obligatoire sur la case Londres, Depeche Mode a assemblé les pièces de «Music For The Masses». Sept ans que ça dure et deux tubes minimum garantis à chaque album. Ebouriffant. Aussi frais et pimpants qu’au premier jour ! Leurs chansons n’ont pas pris une ride, et eux non plus. Auraient-ils découvert l’élixir de jouvence, le secret de la pérennité ? Ce serait presque émouvant de les retrouver ainsi, d’année en année, fidèles à leur public, leur image, leur musique. Mais cette rassurante stabilité n’est que le côté émergé de l’iceberg. Ils évoluent en douceur, sans heurt ni révolution. Impression de continuité, et pourtant, ça change.
Gamins studieux, ils atteignent peu à peu la maturité. La pop dansante s’estompe, la mélancolie est toujours là. En rafales, par saccades, ou en vagues mélodiques, les compositions de Martin L. Gore, au-delà des apparences, restent empreintes d’une même nostalgie. Un certain pessimisme. Pas un gouffre, juste une blessure mal cicatrisée. «Nothing». Les mêmes thèmes, les mêmes obsessions. Drapés souvent cette fois d’envolées symphoniques. «Sacred» démarre sur un étrange Kyrie ; «Pimpf» sonne comme un requiem, un requiem pour choeurs et samplers, «Little 15» ambiance piano et cordes. Les autres morceaux sont plus linéaires.
Album concept ? L’image du haut-parleur hante les clips d’Anton Corbijn («Strange Love», «Never Let Me Down Again») et orne la pochette du disque, symbole de la communication de masse — Music for the masses. Les plans insistants et saccadés dans la vidéo sur ce symbole un peu oppressant rappellent ceux d’une série mythe : Le Prisonnier. Et c’est vrai que quand il danse, Dave Gahan a toujours l’air de briser des chaînes invisibles ! Mais les membres de Depeche Mode sont quand même de joyeux lurons qui ne peuvent garder leur sérieux d’un bout à l’autre du clip «Strange Love» et répriment difficilement un fou rire libérateur. L’ambiance générale n’est donc pas à la déprime, surtout que, ça ne fait pas un pli, «Music For The Masses», comme ses petits frères, va faire un carton.  

Emmanuelle Debaussart dans BEST n°231 d'octobre 1987
© 1987 BEST. Tous droits réservés.

Le désert des Tartares, quelque part dans le fin fond du royaume du Danemark agricole. Des mégaphones vainement plantés dans un décor sans vie, relais d’une inutile propagande. «Music For The Masses» joue dès l’emballage la carte de la contradiction, de l’humour grinçant, de la dérision... Poursuivant un concept ébauché avec «Strangelove» (que l’on retrouve d’ailleurs dans cet album), les quatre lutins de Depeche Mode lancent par haut-parleurs interposés (nos petits amis appellent ça des «bongs») leur pop synthétique à l’assaut d’un univers creux et vide, infestent les campagnes de leurs sequencers et diffusent leurs messages late-Eighties tous azimuts comme, autant de bouteilles (de téquila-champagne ?) à la mer. L’image est belle. Le disque aussi.
«Music For The Masses», à plus d’un titre, apparaît comme un disque important dans la carrière de Depeche Mode. Comme un virage. Comme un infléchissement sensible dans son évolution musicale. Les kids de Basildon se sont pour la première fois dégagés de l’influence de Daniel Miller (Mister Mute et leur producteur attitré, discret sur cet album) et ont pris comme des grands (des très grands, même !) les studios en main, introduisant de nouvelles colorations, de nouvelles sonorités, ou tentant de nouvelles expériences. Le résultat est peut-être moins évident. Peut-être aussi plus intéressant !
D’un bout à l’autre, «Music For The Masses» semble osciller entre deux pôles. D’un côté la continuité d’une pop efficace, apparemment fluide (mais toujours chiadée), grosse porteuse en hit singles (éventuellement remixables sous mille délires maîtrisés). De l’autre, et c’est nouveau, la tentation d’un baroque passablement pompeux, voire même grandiloquent, empreint d’un classicisme amusé. «Pimpf» (ambiance «Carmina Burana» chez les robots), ou «Sacred» (l’abbaye de Sénanque croulant sous des chants techno-pop grégoriens) soulignent ce nouveau «petit genre» parfois discutable, en tout cas surprenant. Le reste, tout le reste, pop plaintive et alanguie («Little 15», «I Want You Now»), surchargée de bruitages indédits («The Things You Said», sur un tempo de respiration humaine, atmosphère tente à oxygène/Samu. Electro flip ?) ou hymnes sautillants («Behind The Wheel»), apparaît comme une éclatante démonstration des talents de nos quatre bobs à produire une pop mutante accessible «for the masses», sans aucune démagogie. «Don’t Let Me Down Again», assorti d’un clip noir et blanc de toute beauté (Anton Corbijn again, l’illustrateur de U2), qui ouvre cet album charnière, pourrait être déposé au Pavillon de Breteuil comme échantillon pop millésimé 87. Personne ne fait mieux dans le genre... et il faudra bien tout l’hiver pour s’en lasser. En attendant les remix, bien sûr...

Philippe Blanchet dans Rock & Folk n°245 d'octobre 1987
© 1987 Rock & Folk. Tous droits réservés.

 

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