Genre : Rock alternatif UK
Note : ****
Après deux Ep’s jamais distribués ici, cet album d’un quintette londonien au nom fort sibyllin devrait en régaler plus d’un. Les premiers servis seront les goûteurs de pop remue-méninges, liquide, latérale, imbibée de folie douce et point trop empesée d’électronique, très précisément le cas de la musique de Flotation Toy Warning, menée de voix de maître par un dénommé Paul Carter. Il est le propriétaire d’un organe au timbre indélébile, qui marque et oscille entre l’angélisme de Rufus Wainwright et le vibrato d’Ollie Knights (Turin Brakes). Ses envolées sont de celles qui fichent la chair de poule et des frissons le long de la colonne vertébrale. Les seconds seront les anglophiles qui ne manqueront pas de fondre de bonheur, tant Bluffer’s Guide To The Flight Deck abonde de cette culture de l’excentricité si britannique, et de balises sonores touchantes, telle la résonance évocatrice des arrangements "Brass Band", qui invoquent l’esprit d’humanité et de camaraderie régnant sur les cités minières et ouvrières de l’Angleterre industrieuse du siècle dernier. Flotation Toy Warning se livre à un spectaculaire traitement baroque de la matière sonore, où les chorales sont sous influence, les cordes se shootent à l’absinthe et où les anges, planqués derrière un cumulo-nimbus, se mijotent une infusion. Même les chants d’oiseaux sont louches ! En dix pièces d’égale durée, le Guide Futé Du Cockpit a de quoi renvoyer les Mercury Lips et les Flaming Rev de ce monde à leurs chères études. Illustrant à merveille ce que nous disait Oscar Wilde au siècle dernier, “le monde est fait par le chanteur pour les rêveurs”... Sachez toutefois que même si les musiciens de Flotating Toy Warning ont l’humour à fleur de notes, il convient de ne pas les secouer trop fort car ils sont aussi plein de larmes.
Marc Gourdon dans magic n°83 d'août/septembre 2004
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Pour décrire Bluffer’s Guide to the Flight Deck, le mieux est encore de parler du temps. Du temps qu’il fait, d’abord, dans ces chansons sous influence océanique, enrobées par la brume des claviers et des samples, le souffle des cuivres, les nuées de cordes que viennent parfois trouer des chœurs tombés du ciel. Du temps qui passe, ensuite, et que ces gens-là savent prendre, comme pour sculpter dans sa matière même la trame élastique de leurs mélodies. Du temps révolu, enfin, que cette musique à la fois moderne et nostalgique, comme conjuguée au futur antérieur, semble vouloir retrouver : le temps des découvreurs, des inventeurs et des poètes qui, jadis, firent les belles heures de l’Angleterre victorienne. Disque étrange, suspendu entre songe et réalité, entre hier et demain, Bluffer’s Guide… fait au final un bien bel ofni : un objet flottant non identifié.
Richard Robert dans Les inrockuptibles du 25 août 2004
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Flotation Toy Warning... Bon sang, mais c’est bien sûr, ce nom sonnait vaguement familier dans ma tête. Une compilation ? Une chronique élogieuse ? Pas moyen de mettre le grappin dessus. Finalement, c’est en fouillant dans un coin poussiéreux de l’étagère que la réponse s’est cristallisée ! Cette cristallisation (ou plutôt matérialisation), c’est I remember Trees, second EP prometteur sorti voilà deux ans et qui m’avait fait une très grande impression. C’est donc avec un peu de culpabilité qu’on avoue les avoir un peu oublié (c’est le cas de le dire), la patience n’étant point une vertu dans le monde du rock.
Quintet londonien formé en 2001, ce « dangereux jouet flottant » possède un vice délicieux : un goût immodéré pour les compositions alambiquées et barrées, se rêvant de passer de l’autre côté de l’Atlantique pour rejoindre le prestigieux triptyque Mercury Rev/Grandaddy/Flaming Lips. Détail notable toutefois, au lieu de faire dans le clonage médiocre, nos amis apportent une pointe de psychédélisme anglais revigorant, rappelant à notre bon souvenir les œuvres des grands déjantés 70’s Kevin Ayers et Robert Wyatt.
Bluffer’s Guide to the Flight Deck est une oeuvre dense qui prend le temps de s’installer dans nos méninges. De même, il aura fallu près de deux ans avant d’aboutir à ce premier album. L’essentiel des deux EP sortis en 2002 chez Pointy records a été collecté sur ce long format, plus quelques inédits qui pourraient faire un superbe troisième EP. La moitié du matériel présenté ici n’est donc pas de première fraîcheur, mais comme pratiquement personne ici n’a mis la main dessus auparavant, il n’y a pas vraiment de quoi faire la fine bouche.
Et puis ce baptême du feu ne souffre aucunement d’un manque d’homogénéité : les chansons ont été retravaillées, étirées voire amputées ou augmentées de parties instrumentales et vocales. Le producteur Steve Winsdow, présent depuis leur première session d’enregistrement - qui pourrait donc faire office de sixième membre - semble être devenu un allié cher, un homme de confiance qui connaît parfaitement les rouages de leur secret de fabrication. Seul changement notable, le mixage a été cédé à Brian O’Shaughnessy, producteur discret qui a collaboré avec quelques-uns de nos favoris (notamment les trop sous-estimés Moose).
Les compositions se veulent ambitieuses, mais moins grandiloquentes qu’un Mercury Rev, même si tous deux usent de ficelles souvent similaires (scie musicale, orchestre, chœurs de sirènes...). Flotation Toy Warning se veut plus humble, préfère le calme à la tempête et cible davantage son tir sur l’émotion que sur la surenchère. Le disque semble baigner ainsi dans un océan de mélancolie.
Pourtant, si l’on se fie au track-listing et à la longueur des morceaux, on aurait tendance à penser que nous avons affaire à un groupe épique de rock progressif. A vrai dire il n’en est rien. Nos londoniens sont assez futés pour ne pas tomber dans le piège du pompeux et du soporifique. Il suffit de poser une écoute sur le délicieux "Donald Pleasance", longue plage de 9 minutes, qui s’octroie l’usage d’une section de cordes et berce tellement bien nos oreilles que l’on ne se rend pas compte de sa durée marathon. "Losing Carolina ; For Drusky" est un autre tour de force, sa mélancolie nous prend par les tripes, n fabuleux bric-à-brac où alternent pêle-mêle passages ambients, pedal steel, incursions de voix de ténor : ce morceau peut résumer à lui seul toute la philosophie du groupe. Que dire aussi de "Fire Engine on Fire", suite en deux parties, dont les pleurs de scie musicale filent la chair de poule.
Enfin, la voix de Paul Carter (compositeur, parolier), souvent noyée dans des effets de flanger, rappelle un peu le timbre timide de Mark Linkous, ce qui n’est pas pour nous déplaire. L’homme est de plus un parolier talentueux, semblant obnubilé par la tématique du désespoir amoureux, sans pour autant ressasser les vieilles recettes.
" This is the funeral of our love, I came here only to say Goodbye" Donald Pleasance.
Devant une telle démonstration de sentiments éreintés, comment ne pas prendre ce disque sous son aile, franchement ?
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