Idaho : Levitate (2001) (*** IDAHO : les archives ***) posté le samedi 06 mai 2006 17:38

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Genre  :  Rock alternatif USA
Note :  *****


Depuis le départ de John Berry, Jeff Martin est le tenancier de la maison Idaho. En un mot, Martin est Idaho. Soit une poignée de disques de folk atmosphérique, une formation fluctuante au gré des saisons, quelques (trop) rares concerts et des clichés joliment flous, Idaho fait tout pour devenir une légende underground, un groupe culte aux disques difficiles à dénicher, mais vénéré par quelques communautés d’aficionados. Il arrivera à ses fins, certainement, et voilà bien là tout le mal qu’on puisse lui souhaiter. À l’instar de Songs:Ohia, le groupe utilise des guitares à quatre cordes (et non des basses), afin de mieux limiter encore les fréquences d’un spectre sonore déjà fort peu encombré, à la limite du silence. Comme ses comparses de Dakota Suite, Martin et ses musiciens marient tradition folk et musique ambient. Comme Will Oldham, Idaho ne renie pas ses racines. Il les révére outrageusement, anarchiquement parfois. Lorgnant à l’occasion sur les récents enregistrements de Radiohead — notamment pour les parties vocales — les chansons de Levitate ne se soucient guère des conventions et oublient bien vite toute convenance pour plonger dans une ascèse instrumentale apaisante interprétée, le plus souvent, sur un simple piano droit. C’est à peine si l’on entend ces guitares en bois effleurées, ces batteries balayées dans l’ombre d’un studio qu’on imagine clos, retiré du monde et où l’on peut voir voler la poussière dans un mince filet de lumière. Et même s’il n’apporte rien de plus à la discographie imposante de son auteur, ce nouvel Lp mérite néanmoins un détour.

Renaud Paulik dans magic! N°56 de novembre-décembre 2001
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«Quand je ferme les yeux, je vois une caisse sombre dans laquelle je suis enfermé. Impossible d'en sortir. Levitate, c'est ce sentiment de claustrophobie.» Jeff Martin ne va pas mieux, et c'est presque une bonne nouvelle. Impossible pour l'auteur-compositeur et homme à tout faire d'Idaho de ressembler à autre chose qu'à un ectoplasme inadapté: «Je ne fais pas grand-chose en ce moment. Je me lève tôt, prends une douche froide, nourris mes deux chiens et mon chat, puis je fais une demi-heure de yoga et j'avale une énorme tasse de café. Après, je me mets au piano. Ou je pars faire les boutiques, parce que je porte les mêmes fringues depuis des années; il est temps d'en changer. Ou de nettoyer mon studio, car c'est le vrai bordel. Je crois que quelque chose est en maturation. Je dois pouvoir maintenant ranger une pièce correctement.» Il existe un vrai paradoxe qui colle au cas Idaho: plus l'homme se perd, plus sa musique gagne en profondeur. Plus elle se peaufine, moins elle semble intéresser le public.
A côté de la plaque. L'an dernier, tandis que le groupe se produit en concert à la Guinguette Pirate durant deux soirs, rendez-vous immanquable pour une poignée d'irréductibles patientant au-devant de la petite scène de la péniche, Jeff Martin passe son temps à manipuler les fils du bout des doigts, la peur au ventre (de se faire griller la cervelle par un court-jus). Sous deux lampions et entre deux roulis, Idaho joue et se plante quelquefois: «Nous ne faisons pas beaucoup de concerts. Nous revenons d'une tournée aux Etats-Unis réduite à quelques cafés de Boston et à une ou deux universités sur la côte Est. En fait, on n'est pas tellement demandés, ce qui n'est pas un mal, car ces voyages sont toujours épuisants.»
Le bonhomme semble toujours un peu à côté de la plaque. Pourtant, c'est sûrement de cette maladresse chronique, comme s'il jonglait en permanence avec une pierre brûlante, que naît la vraie singularité d'Idaho: produire une musique qui n'intègre aucun schéma préformaté, exempte de toute politique mercantile, quitte à se tirer une balle dans le pied.
Récemment, Jeff Martin a annulé une nouvelle tournée en France. Après les attentats du 11 septembre et la crise qui toucha la Swissair (compagnie qui devait les acheminer), le groupe a préféré ne pas venir, par peur de se retrouver bloqué en Europe. Pourtant, l'événement, juste avant la sortie de Levitate, aurait pu avoir des conséquences heureuses sur l'auditoire: «Ma musique n'est pas très accessible, j'en ai conscience. A l'avenir, je ne pense pas faire des morceaux plus ouverts, même si c'était bien que le cercle s'ouvre un tout petit peu. Financièrement aujourd'hui, c'est très dur.»
Extrême ralenti. Une fois au piano, ou guitare en main, au Jeff Martin franchement empoté succède le Jeff Martin talentueux et surproductif. En cela, Levitate est un album indispensable. Des onze titres à la tristesse gaie qui le composent, aucun ne se détache vraiment. For Granted, qui débute comme un final de marathon à bout de souffle, se cambre parfois sous les harangues d'une guitare électrique. Orange est un vrai bijou, centré sur un piano en boucle et des ânonnements zen. A l'opposé, Come Back Home recèle une vraie préciosité, de cordes hésitantes et de soupirs; tandis que Casa Mia incarne un Idaho brut: au piano, le mentor y récite une ballade ralentie à l'extrême, comme si ses doigts n'étaient pas sûrs de pouvoir poser la note suivante.
Droit des animaux. Même si l'album s'inspire directement des précédents, Levitate sonne, pour Jeff Martin, comme une «étape»: «J'ai envie de mener un projet solo. ça peut paraître paradoxal, vu que je fais déjà tout dans Idaho. Mais j'aimerais réaliser un album plus apaisant, que les gens pourraient écouter pour se détendre.» S'y ajoutent une nouvelle production d'Idaho, un DVD du groupe et des visuels, histoire d'assurer à Jeff Martin quelques années de travail, qui, si elles ne lui permettent pas de vivre royalement, devraient lui occuper les mains (et l'esprit) un bon moment: «Il m'est impossible aujourd'hui d'arrêter. Mais, si je devais quand même m'y résoudre, je crois que j'œuvrerais dans une association qui milite pour les droits des animaux.».

Bruno Masi dans Libération du 22 novembre 2001
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Depuis des années, Idaho avance plus ou moins dans l’ombre, dans cette autre Amérique qu’on a découvert un jour avec Palace et quelques autres. D’abord perdu quelque part dans le folk américain, ce groupe à géométrie variable, aujourd’hui dirigé par le seul Jeff Martin, a peu à peu trouvé un cheminement personnel vers une musique épurée, où chaque note trouve sa place dans un paysage de plus en plus minéral et crépusculaire.
Avec Levitate, bon titre pour un album que peu de choses retiennent finalement au sol, Idaho inscrit sa mélancolie dans un décor fragile et presque lumineux en effleurant lentement les parois pour en tirer quelques frissons à peine visibles. Il joue maintenant avec le silence, économise ses gestes de plus en plus gracieux pour mieux écouter et trouver le ton juste. Car tout chez Idaho devient maintenant essentiel, comme si tous ces moments suspendus, volés au temps qui passe, n’étaient que les bons. Ou tout du moins ceux qui expriment beaucoup, avec peu. Quelques guitares, quelques échos, une voix cabossée, une batterie qui s’efface et surtout un piano, qu’on entend partout sans trop savoir si beaucoup de notes s’en échappent. Si Wondering The Fields et 20 Years en ouverture s’accrochent encore à quelques bribes d’un folk électrique et malade, l’album se décompose progressivement jusqu’à une certaine forme d’abstraction, vers une musique plus ambitieuse et affranchie qui n’abrite dans le même temps aucune envolée spectaculaire. C’est comme si on entrait avec Neil Young et sa guitare pour être invité à mi-parcours par Mark Hollis, qui nous tend la main au loin sans qu’on arrive jamais vraiment à le rejoindre. Alors que l’on croyait connaître Idaho sur le bout des doigts, Jeff Martin parvient encore à nous surprendre, à nous émerveiller en supprimant tous les fils de ces anciennes blessures pour n’en garder que les traces, dont la nudité suggère autrement mieux l’historique à l’image du très beau Orange, presque murmuré. Vu d’ici, la Californie d’Idaho a vraiment une drôle de gueule.

Jérôme Olivier
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Sixième album et voici bientôt dix ans depuis la sortie du premier 7’’ pour Idaho. Levitate est leur second LP à sortir en autoproduction sur leur propre label Idahomusic.
Très belle carrière sans faux-pas pour le groupe San Francisco, l’un des chantres du slowcore aux côté des Red House Painters, de Mazzy Star, Swell, Spain ou les Radar Brothers. Sans doute également le seul qui ait gardé intactes toute sa verve et toute sa sensibilité.
Même s’il n’a jamais eu droit à une distribution et à un accueil médiatique pourtant largement mérité, Idaho a su développer une carrière et une discographie qu’on ne peut que trouver exemplaires dans le monde indépendant, où la plupart des carrières sont brèves. A son sixième album, Idaho garde tout son sel et ça c’est suffisamment rare pour être signalé.
Levitate poursuit la voie largement entamée par le reste de la discographie, poussant un peu plus loin ce souci d’être aérien, sincère, gracieux et esthétique dans l’expression d’une mélancolie profonde et tenace.
La nouveauté sur ce disque consiste à faire autant, voire plus avec moins, moins de sons, moins d’instruments et la révélation de subtilités masquées et fragiles au grand jour. On retrouve donc un Idaho à l’effectif quasi réduit, mis à part une batterie discrète et économe. Jeff Martin a ainsi composé l’intégralité de  Levitate, jouant guitare, basse, clavier, piano et voix. Seule la batterie pure et parfaite présente sur une partie des morceaux a été jouée par un musicien extérieur. Un certain Alex Klimmel étudiant en académie de musique et fan hardcore d’Idaho qui avait envoyé des bandes à Jeff Martin lui proposant ses service.
Ce disque est peut-être également le plus introverti, le plus serein et le plus révélateur sur Jeff Martin. Tout baigne ici dans une mélancolie tranquille, intime et chaleureuse. Jamais Idaho ne sonne renfermé ou malsain, la tristesse est toujours sereine et apaisante. Il y a beaucoup de pudeur ici. Le climat est poignant, sincère et humble et les larmes servent à évacuer la douleur aucunement à un quelconque apitoiement.
La musique cinématique d’Idaho, ses mélodies ombragées et ses espaces accueillants et séduisants restent la promesse continue de lendemains meilleurs et c’est ce qui la rend précieuse et attachante. C’est la B.O. d’un vague à l’âme léger et profond à la fois, agréable, qui laisse un espace large d’interprétation personnelle.
Une des grandes nouveauté de ce disque est la place importante jouée par le piano qui amène une touche qui n’est pas sans rappeler celle de Mark Hollis ou du Blue Nile. Levitate est bon et envoûtant comme tout album d’Idaho, il est simplement moins rock et plus accès songwriting, mais l’essence et les mélodies restent les mêmes.
Pas de doute dès les premières secondes de  Wondering The Fields, la guitare au son reconnaissable entre toutes et le chant lascif, envoûtant et mélancolique : il s’agit bien d’Idaho. Les mêmes montées au ciel quelques secondes plus tard avec une économie de son nouvelle et une subtilité maximale qui laissent à jamais quelque poursuivant que ce soit loin derrière.
Suit un 20 years classique qui aurait pu être une des meilleurs plages du premier album. Quatres minutes sous un soleil noir que l’on déchire peu à peu comme un voile de poussières qui nous masquait la réalité. Le souvenir d’instants intenses et tellement fugaces qu’ils disparaissaient au moment où on en prenait conscience.
For Granted est la première composition à marquer l’évolution et la différence. Une plage beaucoup plus liée au chant qu’avant, un rythme continu qui sert de fil conducteur et sur lequel la voix s’appuie manquant presque de la faire céder sous le poids d’un spleen tenace. La tristesse est tangible, mais en rien liée à une simple nostalgie plutôt à l’envie de ne pas défaillir et rester réceptif à une certaine vision forte et sensible de ce qui nous arrive.
Le soleil pétille le long du littoral en notes de piano sublimes. Un  On The Shore qui respire le bonheur et l’émotion. On reste béats et immobiles, plein de lumière et de visions heureuses, éthérées et paradisiaques dans les yeux, éblouis, pour un accomplissement qui n’est pas sans rappeler les meilleurs moments de Gloria Record.
On a droit alors à un « Levitate Pt2 », expérimentation en guise de respiration sur l’album. Mise bout à bout, collage, collection d’instants de grâce privilégiés qui ne se sont pas laissés polir et glisser dans une morceau.
Suit un Santa Claus Is Weird en totale apesanteur, avec des lyrics d’une beauté et un chant d’une candeur dignes de celles de Christopher Simpson (Gloria Record, Mineral). Idaho atteint là un de ses pics himalayens d’une grâce inégalable ; il faut tendre l’oreille pour entendre un chœur féminin ultra discret et quand, à la fin, on entend les chants d’oiseaux, plus de doute on est au paradis.
Orange quant à lui rappelle The Album Leaf et Durutti Column, dynamique de la perte d’équilibre, mélodie dans le vide, glow organique sur lequel vient se poser délicatement un chant tourmenté.
Jeff Martin se laisse à jouer simplement du piano sur Come Back Home et le recouvre d’une rock song mélodique typique, aux guitares toujours enivrantes, et qui déconnecte comme peuvent le faire celles de The Good Life.
Simple piano voix alors, Casa Mia comme la mer que l’on entend murmurer dans un coquillage porté à l’oreille. Secondes de recueillement nocturnes, face à la ville apaisée et endormie.
Le passage du cycle se termine alors avec la plage éponyme, condensé de rêves et de méditations planantes, aux couleurs foncées de la nuit qui tombe, du soleil qui s’évanouit.
Chef-d’œuvre, futur classique déjà culte.
Et je me rappelle en 1994, couché sur mon lit, écoutant songeur et déprimé le Palms E-P d’Idaho. Dieu que la vie est belle ce soir.

Didier sur www.matamore.net

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