Idaho : Year After Year (1993) (*** IDAHO : les archives ***) posté le samedi 06 mai 2006 17:10

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, Idaho : Year After Year (1993)

Genre  :  Rock alternatif USA
Note :
  *****




Loin de n’engendrer que des monstres sonores, les USA regorgent de groupes intimistes, chantres d’un mal de vivre moins tape-à-l’oreille. A leur tête, un Mark Eitzel dont le groupe, American Music Club, n’a jamais aussi bien porté son nom. Derrière lui, Red House Painters, Swell, Codeine et autre Slint promènent leur mélancolie d’ouest en est, forains d’une foire depuis longtemps abandonnée. La petite troupe compte désormais un nouveau venu : Idaho. Originaire de Los Angeles, le duo n’a eu aucun mal à se faire accepter dans ce “club” fermé dont les conditions d’admission sont leurs critères de prédilection pour composer une chanson : textes personnels et désabusés sur fond de musique sensible et retenue. Year After Year se pose donc en nouveau manifeste de l’errance, du désoeuvrement, de la mélancolie. Mais contrairement à tous les autres, il se veut moins négatif : car si la voix de Jeff Martin et surtout sa basse sont pesantes (Gone, Sundown, Memorial Day, The Only Road, Year After Year), les larsens de John Berry semblent toujours vouloir traduire l’espoir, autoriser une échappée. Il y a même ce One Sunday presque gai. Incompris chez eux, Idaho grâce à Year After Year vient prêcher chez vous, écoutez-les.  

Philippe Jugé dans M@GIC m u s h r o o m n°8 de l'automne 1993
© 1993 Association PSYLÖH. Tous droits réservés.




Le Club de la Musique Américaine est heureux (?) d'accueillir un nouvel adhérent : Idaho. Aux assemblées générales, chacun se recroqueville dans son coin pour écouter voler les mouches en se rongeant les ongles. Idaho, anonyme duo T-shirts fatigués-cheveux longs, est président de la sous-section bruitistes convalescents. Ceux qui ne peuvent plus le supporter, le bruit. Sur Year After Year, on entend autant les guitares que les doigts qui glissent sur les cordes. Mais le danger est ailleurs. Attention : disque en ruines. A gauche, des pans de guitares lézardés par une autre guitare acide, omniprésente. A droite, une voix qui penche dangereusement, menace de s'écrouler à tout moment. Partout, des compositions où l'érosion a fait son oeuvre. Le détail, le plaisir de l'oeil ont disparu. On se croirait dans la photo de pochette du Mercury d'American Music Club. Year After Year... Idaho n'attend rien, même pas le bout du tunnel. Ni complaisance, ni révolte, juste le vol de nuit sur pilotage automatique, plus pour cause de neurasthénie que par manque d'imagination. Si Sebadoh avait eu une enfance malheureuse, il sortirait des disques comme ça, morne plaine à la beauté pétrifiée (Gone), no man's land où ne passent que des mirages : lent, Year After Year est aussi violent. On a l'impression de visionner au ralenti un reportage sur la violence urbaine. Ici aussi, des accidents et des drames surviennent. Fractionnés, étirés et finalement aggravés. Le bruit comprimé, reste une écriture de fond de puits, chute et écho compris. Un disque en pente. Idaho, un duo qui réussit du premier coup ce que d'autres ont mis des années à trouver. Au Club de la Musique Américaine, des têtes vont tomber.

Stéphane Deschamps dans Les Inrockuptibles n°50 novembre 1993
© 1993 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.





En jouant cette musique et en choisissant un tel nom, les deux membres d’Idaho auront sérieusement balisé le terrain pour la critique française. Côté chanson, il est en effet tentant de paraphraser Gainsbourg et Adjani pour suggérer que dans un Etat proche de l’Idaho on semble bien avoir le moral à zéro ; et rayon cinéma, les fans de Gus Van Sant ne manqueront pas de souligner que “Year After Year” a tout pour induire de bons gros accès de narcolepsie. C’est dire qu’avec ce duo de Los Angeles on est assez loin des clichés surf-palmiers-soleil : la Californie d’Idaho semble sortir à grand peine d’une longue période de glaciation et on ne serait guère étonné d’y voir des morceaux de banquise dériver au large de la plage de Venice. Chant contri, mélodies affligées et guitares en berne, John Berry et Jeff Martin paraissent tirer un plaisir fortement teinté d’aquoibonisme d’une entreprise qui a tout l’air d’être vouée à l’illustration des délices du fatalisme morose. En principe ce genre d’exercice prête un peu à sourire tant le catastrophisme confine souvent à la pose nombriliste un rien chichiteuse ; pourtant dans ce cas précis les harmonies pâlichonnes ont un amère goût de volupté qui évoque un Perfect Disaster polaire ou des Swell un brin monolithiques et un disque qui à priori avait tout pour être à la fois pesant et soporifique s’avère au contraire curieusement troublant.  

Bruno Juffin dans Rock Sound n°8 de novembre 1993
© 1993 Rock Sound. Tous droits réservés.

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