Genre : Folk USA
Note : *****
Résident à Miami, ex-étudiant en cinéma enseignant aujourd’hui le métier de chef opérateur à la Florida State University, Sam Beam, dont l’activité discographique relèverait presque du passe-temps (pour s’accorder à la discrétion de sa musique ?), n’est pas loin, non seulement d’être le secret le mieux gardé actuellement de la scène folk américaine, mais aussi et paradoxalement la révélation la plus éclatante d’une année 2003 qui n’en aura certainement compté que très peu. En à peine plus d’un an, ce sont successivement un premier Lp, The Creek Drank The Craddle, un Ep à la brièveté essentielle, The Sea And The Rhythm, et un nouvel album, Our Endless Numbered Days, qui se seront posés sur notre platine avec une grâce désenchantée sans équivalent. Quel est le secret de Sam Beam ? D’abord, sa voix, d’une douceur inimaginable dans un landernau folk américain décharné qui, par habitude, prise toujours moins le chant du merle que le sifflement du crotale. Ensuite, son sens minimaliste du songwriting qui, loin de la sévérité, permet au contraire à l’auditeur d’imprimer sans violence chaque mélodie, déjà remarquablement agencée, comme une voûte étoilée au-dessus de sa tête pensive et éplorée. Une guitare acoustique, un banjo occasionnel et tant de sentiments aussi pudiques qu’élégiaques à transmettre sont les seuls lapins que Beam peut sortir de son chapeau, et pourtant ils suffisent à transformer le folk triste de Our Endless Numbered Days en une complainte absolument lunaire et magique. Ce disque est à chérir, pour contempler sans trop d’encombre l’interminable mouvement du sablier qui nous sépare du paradis.
Julien Welter dans magic, n°79 d'avril 2004
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Sous cette enseigne qui fait un peu bougnat (Fer + Vin), voici Sam Beam. Un jeune homme qui chante dans les poils de sa barbe comme s’il avait peur de troubler la sieste des voisins. Un grizzly qui se transforme à volonté en papillon. Cette singulière mutation, déclinée en douze pièces d’un tissu rare, à la fois doux et rustique, s’est produite dans un studio de Chicago. On se croirait pourtant dans la cabane du cousin Sam, au milieu des bois. On entend pousser l’herbe. Ne l’entourent que quelques intimes, sa femme, un piano dans un coin. Il ferme les yeux, caresse ses cordes et prend son temps. Tout cela vient de très loin et peut faire un bout de chemin. Sous les murmures qui paraissent glisser pour être oubliés, certains mots, certaines images peuvent heurter. II n’est pas seulement question d’après-midi qui passent sur l’aile d’un oiseau, mais aussi de rêves enfiévrés, d’une femme qui sanglote, un revolver à son chevet, et d’un papa qui meurt à Sodom, South Georgia.
Douze fois, Sam Beam souffle la brise et s’appuie sur des mélodies sobrement charpentées, dont quelques-unes vont rouiller très lentement, quand d’autres vieilliront comme le meilleur vin. Distillant assez de charme pour faire de ce disque mieux qu’un challenger au soliste Devendra Banhart, justement encensé ici même il y a peu.
François Gorin dans Télérama n°2851 du 1er septembre 2004
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Ce disque est beau. Pas la peine d’en rajouter, Our Endless Numbered Days est de ces albums qui s’imposent d’eux-mêmes, tranquillement mais sûrement. On le sent dès la première écoute, on pourra y revenir dès que le besoin s’en fera ressentir. En d’autres termes : il vient de prendre place dans notre discothèque pour un bon moment.
Il est l’œuvre d’un professeur de cinéma floridien père de 2 enfants, le dénommé Sam Beam - dissimulé sous le pseudonyme d’Iron & Wine donc. Evacuant miraculeusement toutes les scories que son CV pourrait laisser craindre (… prof… barbu… père de famille… qui joue du folk… Quelqu’un veut une verveine ?), Iron & Wine investit en même temps qu’il renouvelle subtilement le disque-de-coin-du-feu. Très convaincant dans le rôle de celui qui pourrait être Nick Drake à la place des Kings of Convenience (Naked As We Came, sublime), Beam séduit d’abord par son timbre de voix modeste et limité (dans un registre finalement assez proche, on est loin de l’angélisme d’un Elliott Smith), mais incroyablement chaleureux, et nous plaçant d’emblée sur un terrain de confiance.
C’est alors clair dès le premier titre : le country-folk US minimaliste, sa mythologie des grands espaces, des hommes de peu de mots, des tourments pudiques, a une fois de plus réussi son coup. Et il n’est sans doute pas exagéré de dire que ce disque atteint de nouveaux sommets de grâce et de recueillement : les arpèges finement ourlés et déroulés de Sunset Soon Forgotten, la légèreté et la gracilité de Each Coming Night, touchent en plein cœur. Pas besoin de beaucoup lorsqu’on possède l’essentiel, à savoir les chansons : un piano, une guitare slide, quelques percussions, une voix féminine, et l’émotion est jouée. La pureté de la musique de Beam atteint son apogée sur Radio War qui accède quasiment au rang de chant religieux : on songe à Low et à ses psaumes fragiles et fiévreux.
Non content de signer quelques perles sur un terrain somme toute familier, Beam se différencie de ses congénères indie-folkeux par son goût apparemment prononcé pour le blues acoustique : c’est le bourru Teeth In The Grass, ou le stomp de Free Until They Cut Me Down. Son art est alors celui du passeur, puisqu’il parvient avec une dextérité confondante à jouer sur deux tableaux : il apporte une sensibilité pop-folk dans un genre plutôt rustre, en même temps qu’il virilise en quelque sorte le folk délicat et intimiste. A plusieurs reprises, il allie directement les deux styles, comme sur Cinder And Smoke, où son finger-picking vient se superposer à une rythmique claudicante pouvant figurer le bruit d’un cheval au pas.
Mais tout ça n’est que théorisation superflue : lorsque Sam Beam prend sa guitare et pose son timbre de voix proche du murmure sur ses mélodies simples, on se tait et on écoute. Our Endless Numbered Days est un baume pour le corps et l’esprit.
Laurent Garcia sur Benzine
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