Johnny Cash : Unearthed (2004) (*** 2000's ***) posté le samedi 29 juillet 2006 07:56

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Genre  :  Country Folk USA
Note :  ****


Sans Elvis Presley, le nom de Sam Phillips ne serait pas aussi célèbre. Pourtant, le patron de Sun Studio mérite à plus d’un titre sa place dans l’histoire du rock : il a été le premier à enregistrer Jerry Lee Lewis, Carl Perkins, Roy Orbison. Et Johnny Cash. Et s’il découvrit les talents électrisants du King en couchant sur la cire That’s Alright Mama, il semble avoir été plus sûr de lui pour ce qui est de Johnny Cash. “Vas-y, chante et voyons ce que tu as dans le ventre !”, lui a demandé Phillips. Une oreille sur un disque de cette époque prouvera que c’est bien là la meilleure façon de s’y prendre. Quelque trente-cinq années après, au début des années 90, Johnny Cash est certes devenu une légende incontestable du rock et de la country, mais il n’est plus beaucoup intéressé par l’enregistrement. Et apparemment, Columbia non plus. Le label qui ne sait plus trop quoi faire pour vendre ses albums lui a même rendu sa liberté, comme on dit poliment. Pourtant, on ne pourra pas dire que la collaboration n’a pas été fructueuse. Cash y a enregistré des œuvres fantastiques, de véritables témoignages de la culture et du folklore américain (que Columbia s’est d’ailleurs empressé de rééditer consécutivement au tardif succès du monsieur) : Carryin’ On en duo avec sa femme June Carter, le très pieux Hymns (splendide premier recueil de chansons gospel), des récits fascinants de cow-boys (Ride This Train et Ballad Of The True Old West), une histoire de l’Amérique (America) et autant d’hommages à ceux qu’elle a laissés sur le carreau — les taulards (les mythiques et indispensables Live At Folsom Prison et St Quentin) comme les Indiens (Bitter Tears). Malgré cela, Cash traverse donc au crépuscule du siècle dernier un désert commercial et artistique. Le fameux producteur Rick Rubin (Beastie Boys, Run DMC, The Cuit, Slayer, Red Hot Chili Peppers) vient pourtant le voir et lui demande peu ou prou la même chose que ledit Sam Phillips à ses débuts : “Joue tout ce dont tu as envie et joue encore”. Il l’enferme dans son studio et laisse dérouler des kilomètres de bande. Il fait aussi (re)naître chez lui l’envie simple de faire des disques. En 1994, sort American Recordings, le premier volet d’une crépusculaire mais éblouissante série d’albums où l’homme en noir fait à nouveau retentir sa voix caverneuse, tantôt accompagné de sa seule guitare, tantôt épaulé par des amis — ceux de toujours (Merle Haggard, Willie Nelson, Glen Campbell, Carl Perkins), mais aussi des nouveaux, présentés par Rubin (Nick Cave, Joe Strummer, Fiona Apple, quelques Chili Peppers ou Tom Petty & The Heartbreakers). Unearthed est le très étoffé cinquième chapitre de l’insigne série. Et malgré son aspect sinistre et son titre morbide, ce coffret de cinq Cd’s est un bijou : des notes (et un livret) remarquables qui commentent chacun des soixante titres couchés ici et rien de superflu, sauf peut-être un Best Of Cash On American puisque l’amateur de folk possède déjà tous les volumes précédents. Qu’elles soient signées Kris Kristofferson, Dolly Parton, Tom Waits, Chuck Berry, Neil Young ou Bob Marley, les compositions qui sortent de la guitare de Cash lui appartiennent. À la vie, à la mort. Elles rendent aussi compte à merveille de la complicité qui unissait l’artiste et son producteur. Ensemble, en une dizaine d’années, ils ont écrit l’un des plus beaux chapitres de l’histoire de la country. Sans doute l’un des derniers. Et sûrement l’un des plus audacieux. Enfin, là où Cash est le plus touchant, c’est certainement sur My Mother’s Hymn Book, son ultime recueil de chansons gospel dénudées qu’il interprète seul et qu’il a reconnu comme étant son meilleur disque. C’est aussi le dernier puisque qu’il disparu juste après avoir mis fin à l’enregistrement de ce coffret. Le 12 septembre 2003, l’Amérique a perdu l’un de ses derniers grands personnages. Une sorte de Clint Eastwood rock’n’roll. Un Pale Rider crépusculaire en quête de rédemption, qui chantait l’amour du Christ et qui pouvait vous coller une balle dans le ventre “juste pour [vous] voir crever”. De toutes les œuvres qu’il nous a léguées, celle-ci est sans doute l’une des plus fortes. L’une des plus belles aussi.

Sylvain Collin dans magic n°82 de juillet 2004
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Tout est dans la boîte noire, titrée Unearthed, soit "déterré". Conçu avant la mort de Johnny Cash le 12 septembre dernier, mais commercialisé après, ce coffret de cinq disques porte son nom avec une violente ironie. Johnny Cash, que certains de ses fans appelaient Dieu, est mort. Unearthed est l’Évangile selon saint Rick. Rick Rubin, producteur américain qui, en 1993, offrait à Johnny Cash la possibilité d’enregistrer un album seul à la guitare acoustique. La collaboration entre Rick Rubin et Johnny Cash a duré dix ans. Ensemble, ils ont enregistré quatre albums qui ont propulsé Johnny Cash, ancienne icône rockabilly et star vieillissante de la country, au statut de mythe, voisin d’Elvis Presley, Billie Holiday ou Frank Sinatra sur le mont Rushmore des grands mystères de la chanson américaine.
Pour chaque album de la série American, Johnny Cash avait enregistré entre quarante et cent chansons. Soixante-quatre de ces chansons inédites sont sur Unearthed. Ce ne sont pas des chutes de studio – la plupart de ces chansons sont à la hauteur de celles qui figurent sur les albums officiels –, mais elles montrent le spectacle implacable d’un homme qui tombe. Les fans d’art gothique devraient aimer Unearthed. Les autres aussi. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ces chansons inédites de Johnny Cash. Sur la qualité du livret de cent pages, dont les textes et les photos dressent un portrait lui aussi inédit de Johnny Cash – cette image insolite de Johnny Cash souriant, une marguerite dans les cheveux, dessoude toutes les impressions morbides. Il y aurait beaucoup à dire sur My Mother’s Hymn Book, quatrième disque de Unearthed, album de gospel que Johnny Cash tenait pour ce qu’il avait enregistré de mieux dans sa vie, un disque aussi intime et élégiaque que le premier volume de la série American (le label prévoit de sortir cette année un autre album inédit de gospel blues, enregistré par Cash peu avant sa mort).
Sur Unearthed, on entend des duos inédits de Johnny Cash et Joe Strummer, Nick Cave, Willie Nelson, Fiona Apple ou le vieux copain Carl Perkins… Mais si ce coffret testament est un objet sans équivalent dans l’histoire de la musique, c’est uniquement parce que Johnny Cash a chanté la plupart de ces chansons en duo avec une invitée un peu spéciale, un peu malvenue : la mort.

Stéphane Deschamps dans Les inrockuptibles du 21 janvier 2004
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Johnny Cash est mort le 12 septembre 2003 au matin, à 71 ans. L’homme en noir du Tennessee a traversé comme un bolide tous les âges de la country et du rock, et laisse derrière lui d’immenses chansons. Ainsi que cette sobre boîte noire qui nous parvient aujourd’hui. Que renferme-t-elle ? Un testament musical un peu singulier, des chansons, tristes, illuminées, vacillantes, des ballades, des complaintes et des hymnes, comme autant de chroniques d’outre-tombe retenant les derniers souffles d’une fabuleuse énergie. Les cinq disques d’Unearthed font la somme d’une histoire peu commune : en 1993, Rick Rubin, producteur de rap et de rock métallique, contacte Johnny Cash et lui propose de revenir aux sources de son art et d’enregistrer, seul à seul, de la manière la plus dépouillée possible. Jusqu’à la mort du chanteur, la collaboration n’a pas cessé, elle a fourni la matière de quatre albums. Johnny Cash se savait malade mais il a continué à chanter. Des choses étonnantes, compositions de Nick Cave ou de Depeche Mode, et des incunables du répertoire folk. Il se retirait le plus souvent dans une cabane forestière où des amis musiciens lui rendaient visite. Sa voix tremblait mais se tendait d’une force singulière. Johnny Cash chantait la mort, la promesse du paradis ou les terres arides de la dépression, mais une hargne et un désir surréels enflammaient ses interprétations. En dix ans, on a eu le temps de louer la richesse de ces enregistrements, regroupés sous la bannière des American Recordings, de disserter sur leurs accents élégiaques de chansons du condamné, mais on était loin d’imaginer que Johnny Cash finirait par mourir en chantant. Et qu’il resterait tant de choses à écouter. Sur ce coffret posthume, il n’y a pas moins de 64 chansons inédites, datant de ces «sessions», des reprises de Neil Young (Pocahontas, Heart Of Gold) ou des classiques de son propre répertoire (Long Black Veil), des duos avec Joe Strummer ou Nick Cave. Et l’album qu’il a tenu secret jusqu’au dernier jour, celui où il reprend seul les airs de gospel que lui chantait sa mère.

Laurent Rigoulet dans Télérama n°2830 du 7 avril 2004
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