Low, café de la danse, 19 mars 2001 (Paris) (*** LOW : les archives ***) posté le samedi 06 mai 2006 11:05

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"La prochaine fois, je ramène un oreiller !" - "Pour mieux t'endormir ?" "Naan ! Rester plus d'une heure assis en tailleur sur un parquet glacial, j'ai les reins en compote..." Certes, ce genre de dialogue (véridique) glané à la sortie du Café De La Danse reste plutôt rare dans le cadre d'un concert rock, mais prend toute sa dimension après la prestation séminale de ce curieux trio anesthésié baptisé Low. Rapidement surnommé "le groupe le plus lent du monde", Low s'est bâti une singulière spécialité rythmique en copiant ses chansons sur l'allure d'un koala repu avant la sieste. Un concert de ces Américains pépères est donc une expérience à vivre, un îlot de quiétude auditive dans un monde célébrant l'éloge de la vitesse, une musique de chevet (tout près du lit, donc) où il n'est pas rare qu'un simple arpège de guitare résonne tranquillement pendant trois minutes avant de s'évanouir. C'est donc dans une atmosphère propice au recueillement (un public assis, couché même, à qui il est demandé de s'abstenir de fumer, de parler fort et d'utiliser un flash pour les photos) que Low débarque sur scène. Le dispositif est simple : une jeune femme (Mimi Parker) placée au centre joue de la batterie comme jadis Moe Tucker, c'est-à-dire debout, son compagnon et guitariste Alan Sparhawk, sur la gauche, chante d'une voix parfaitement horizontale alors qu'à droite, le bassiste Zak Sally tourne souvent le dos au public. Spectacle zéro. Mais grand concert. Miracle ?

Oui et non : lorsque le premier album de Low, I Could Live In Hope , débarque un jour de 1994, la lenteur exacerbée des compositions, le flou artistique entourant les mélodies et, pour tout dire, l'étrangeté qui émane de l'objet nous font accueillir le trio comme un ami cher. C'est l'époque du slowcore post-Slint et du folk dépouillé, de Spain, Codeine ou Red House Painters. On connaît ces groupes qui, après une jeunesse bruyante vouée au skate et au hardcore, décident de ralentir le tempo et de passer à l'introspection. Low a fait partie intégrante de cette scène et s'en souvient parfaitement. Alan Sparhawk s'amuse d'ailleurs qu'on traite la formation de lymphatique : "Ces personnes ne m'ont pas connu à mes débuts ! Cela dit on se fout de ce qui se passe autour de Low... Les ragots, c'est très courant dans le rock américain. Au départ, ce n'était pas gagné d'avance pour nous, la plupart des gens nous détestaient. Puis, peu à peu, un cercle de spectateurs s'est formé, nous suivant à chaque concert. En fait, cela me rappelait la relation que je pouvais avoir avec des groupes punk comme The Misfits, mes préférés... J'ai dû les voir six ou sept fois sur scène quand j'étais jeune'. Mimi Parker poursuit :"Bien que Low ait donné beaucoup de concerts, on nous reparle souvent d'un seul, celui où, à une fête d'Halloween, nous avons joué en rappel trois titres des Misfits : dix minutes de bruit en sept années de concerts plutôt calmes... Cela ne représente pourtant pas grand-chose".

En 1995, survient un "problème Low" avec la sortie de Long Division : c'est le même disque que le précédent. Arrive ensuite The Curtain Hits The Cast, qui achève notre déplaisir. Un autre public, rassemblant étudiants épris de beauté doucereuse et fans de cold wave, se forme et commence à chérir cette formation venue d'ailleurs. Il faut voir sur Internet les pages personnelles de fans pour se convaincre : là, un jeune Américain raconte que la musique du trio aura su accompagner la douleur d'un deuil ; ici, une autre le compare à Dead Can Dance, "deux des plus beaux groupes de tous les temps". Surtout que survient en 97 un mini-album qui change la donne. Songs For A Dead Pilot, enregistré sur un huit-pistes, se trouve loin du folk paresseux des débuts et s'approche à grands pas des terrains d'expérimentation post-r**k : ambiance cotonneuse d'un rêve éveillé, motifs musicaux s'étirant jusqu'au presque infini... Low n'est plus anonyme, s'attire des critiques dithyrambiques et livre des concerts souvent décrits comme des messes bon enfant. Ce qui ne déplairait sans doute pas à Mimi Parker et Alan Sparhawk, leur couple ayant adopté la religion mormonne. Sur scène, le trio joue comme à la maison. Sparhawk s'amuse avec les ombres chinoises de sa silhouette, projetée façon diaporama sur les murs de la salle, les autres discutent le bout de gras en attendant. Plutôt détendus, ils attendent tous trois avec impatience les demandes du public, ces titres l'on lance à voix haute perdu dans l'anonymat de la foule. "On adore faire des reprises", confie Mimi Parker,"surtout si elles sont éloignées de notre univers". Ce soir-là, Low délivrera une version liquéfiée d'un classique des Bee Gees 60's, le fameux "I Started A Joke"." Mais cela aurait pu être un titre de Dylan, des Spacemen 3, de John Denver ou de Joy Division ... Nous n'avons aucun tabou en musique". Ainsi, Low, que l'on avait soupçonné à ses débuts de se figer dans l'immobilisme, évolue finalement plus qu'on ne l'aurait cru. Mais à son rythme. Il y a deux ans, l'album Secret Name, suivi d'un ahurissant disque de chansons de Noël simplement intitulé Christmas, confirmait l'ambition du groupe de vouloir tisser une musique dense et unique, aujourd'hui tapissée de cordes, d'éclats orageux de guitares et de passages acoustiques. Au Café De La Danse, on entendra surtout une majorité de chansons extraites du récent et magnifique Things We Lost In The Fire , dont le très pop Dinosaur Act même si le groupe, avant de quitter la scène presque à contrecoeur, n'a pas oublié son passé (Two Step, I Remember, Starfire, Over The Ocean ... ). Une seule personne aura finalement succombé au sommeil durant cette soirée : c'est la petite Alice qui, à l'âge d'un an et demi, a déjà "vu" une trentaine de concerts de Low, obligée d'assister vaille que vaille aux prestations de ses parents, Alan et Mimi. "C'est déjà sa deuxième tournée avec nous", confirme la maman. "La musique est partout dans notre vie et pour notre fille, ce sera pareil !"


article Hervé Crespy | photo Ramon Escobosa
dans Magic! n°50 avril 2001

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