Genre : Rock alternatif USA
Note : ****
Dès les premières secondes de They Cannot Let It Expand, splendide entrée en matière du premier album de Midlake, on est en terrain conquis par Grandaddy et Mercury Rev : voix nasillarde, mélodie céleste et arrangements psychédéliques. C’est que les cinq Texans partagent avec leurs compatriotes de Modesto et Buffalo les mêmes appétences pour les ambiances cosmiques (Balloon Maker) et les refrains lunaires (fantastique Kingfish Pies), mâtinés d’un air bucolique (Some Of Them Were Superstitious). En prolongeant la réhabilitation d’Electric Light Orchestra, Midlake verse avec bonheur dans la plénitude éthérée, la légèreté débonnaire, l’excentricité rustique. Et démontre sa capacité à composer aussi bien en altitude (He Tried To Escape) qu’en plaine (I Guess I’ll Take Care). Dans ces conditions, on comprend mieux l’engouement de Simon Raymonde, la tête pensante de Bella Union, à l’écoute des premières moutures de Bamnan And Slivercock. D’ailleurs, il était grand temps pour le label de Twickenham de signer, après les indispensables The Czars et Departure Lounge, un groupe important, auquel on prédira sans trop se mouiller un avenir radieux, placé sous le signe de la bonification.
Franck Vergeade dans magic n°79 d'avril 2004
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Il faut vite rétablir la vérité : nous avons beaucoup à apprendre du Texas. On se souvient du rock furibond de Lift To Experience ou de The Baptist Generals, on devra désormais retenir les jeunes Midlake, rejetons moins teigneux mais tout aussi ingénieux de cette petite commune située au nord de Dallas. Midlake donc, ou le nom de l’hirondelle qui fera le printemps cette année. Il faut vraiment que le groupe ait été doté d’ailes pour avoir composé une musique aussi aérienne. Recueil contemplatif tant il appelle aux songes sans jamais rien imposer, Bamnan and Silvercork est multiple pour le nombre de références qu’il endigue. Ce premier album ressemble à celui que les Californiens de Grandaddy, après avoir entendu Rock Bottom du Commandeur Robert Wyatt, auraient pu composer s’ils n’avaient finalement offert l’analogue et somptueux Sumday. Indéniable donc : les influences de Midlake fleurent bon la pop psychédélique et la barbichette géniale.
On imagine toutefois ses membres totalement imberbes du faciès, leurs pommettes pareilles à leurs sornettes : fraîches et douces, qu’on voudrait embrasser et garder près du corps. Au-delà des ballades enchantées (I Guess I’ll Take Care) et couplets délicats (They Cannot Let It Expand) dont il regorge, Bamnan and Silvercork est surtout l’œuvre d’une tribu de savants fous qui se sont donné l’expérimentation et la recherche comme mots d’ordre. Plutôt comme mots de désordre. Chez Midlake, comme chez les congénères Sparklehorse et Radiohead, le moyen est aussi important que la fin, le flacon aussi considérable que l’ivresse. Ici, le son est matière première : on le palpe, on le pétrit et surtout on le décompose. Tout ça à la maison. Artisans avant d’être artistes, les musiciens de Midlake mettent de la fragilité bricolo dans la pop et agencent des ritournelles démontables, amovibles, jamais glacées. Le résultat est d’autant plus émouvant qu’il est imparfait, d’autant plus charmant qu’il est parfois maladroit, telle une déclaration d’amour gauche et fouillis, plus agissante qu’un discours virtuose et impeccable.
Johanna Seban dans Les inrockuptibles du 24 mars 2004
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Midlake ce sont cinq étudiants de la North Texas School of Music qui ont décidé de former un groupe ensemble. Simon Raymonde (Cocteau Twins), producteur, passait par là, en tomba amoureux et décida de les produire et de les héberger sur son label européen, Bella Union Records (V2 en France). Le festival des Inrockuptibles en France et un autre en Espagne ont fini de faire de cette pupille un espoir plus que certain. Mérité.
Et force est de constater qu’outre la manière de chanter, comme un chien hululant, très proche de Grandaddy, on sent également un goût prononcé pour l’expérimentation sonore ultra-mélodieuse, très proche des grands Flaming Lips, et pas uniquement à cause des synthés que l’on dirait trouvés au détour d’une brocante.... Non seulement sur "Balloon Maker", où le synthétiseur est amené à créer des sons fantasques du plus bel effet, mais aussi et surtout sur le single "King Fish Pies", où l’utilisation de la flûte qui a l’air enchantée donne à l’ensemble un arrière-goût féérique qui manquait au paysage actuel du rock.
Ce qui frappe aussi sur ce disque, c’est que ces sons joyeux n’empêchent pas une certaine saturation ou amplification des autres instruments qui donnent cette touche rock hypnotisante à laquelle on reste accro comme un drogué face à son shoot. Les titres ne sont jamais speed, mais ils laissent ici et là des traces indélébiles qui se savourent à profusion.
On n’ose imaginer ce que «Some of Them Are Superstitious» aurait donné avec une production à la Phil Spector, orchestre classique à la rescousse d’une grandiloquence pourtant présente grâce au synthétiseur et à la flûte. Ou sur «The Jungler» où l’on a tout de même droit à une fanfare. Mais tout ça serait grandiose avec un orchestre, c’est clair. Ce qui laisse augurer d’un avenir plutôt flamboyant pour ce groupe qui n’en est qu’à son premier essai. Réussi donc. Chaque chose venant à qui sait attendre.
Laurent sur Pinkushion le 30 avril 2004
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