Genre : Rock alternatif Europe
Note : *****
Après avoir fêté dignement son vingtième anniversaire par une série de rééditions et de concerts, le label belge Crammed publie un coffret rétrospectif d’une des gloires de son catalogue, le groupe israélo-européen Minimal Compact. Formé à l’aube des années 80 à Tel-Aviv, le trio originel — le chanteur Samy Birnbach, le guitariste Berry Sakharof et la bassiste Malka Spigel — s’expatrie à Amsterdam, puis est rejoint par deux nouveaux membres (le batteur hollandais Max Franken en 82 ; Rami Fortis, à la seconde guitare, deux ans plus tard), et atterrit à Bruxelles. Le long de cinq Lp’s (dont un mini), d’un disque dans la série Made To Measure, d’un live en guise de (premier) adieu et d’une poignée de singles, la formation fait fondre la glace de sa cold-wave originelle, incorporant des vocaux hantés par le souffle des poètes beat et des sonorités orientales pour donner naissance à un inclassable mélange. Culte en France et en Angleterre, souvent comparé à Joy Division pour l’intensité de sa musique, le groupe attire des collaborateurs de renom tels Colin Newman de Wire, Russell Mills et John Fryer, affiliés au label 4AD, sur deux derniers albums mieux maîtrisés et plus mélancoliques. À l’orée d’une tournée américaine en 1988, les membres se séparent pour partir dans de nouvelles directions. Après une escapade électronique avec Bertrand Burgalat appelée The Gruesome Twosome, Birnbach sera reconnu sous le pseudo de DJ Morpheus. Malka Spiegel, elle, crée avec Colin Newman, devenu son mari, le label ambient techno Swim pour des projets solos et en duo. Mais on retiendra surtout l’electro pop rêveuse d’Oracle, où les deux tourtereaux sont rejoints par Samy, qui préfigure la scène allemande, Lali Puna en tête, avec quelque dix années d’avance. Quant aux autres, ils oublient complètement la musique (Franken) ou deviennent des pop stars de retour en Israël (Fortis et Sakharof).
Le premier volet de ce coffret (agrémenté d’un livret richement informé et illustré) embrasse tous les albums et maxis d’une discographie assez chiche, et compile les morceaux marquants de cette formation iconoclaste. On y retrouve entre autres l’implacable Statik Dancin’ souvent asséné par James Murphy de l’écurie DFA pour animer les dance-floors, la sublime ballade funeste When I Go utilisée par Wim Wenders dans Les Ailes Du Désir, ainsi qu’un inédit serein, Dedicated. Les laborantins les plus pointus ont été conviés sur un deuxième Cd pour des remixes et/ou reprises aux fortunes diverses. On évitera les orientations dub peu convaincantes et les relectures house pour mieux gigoter sur la version sautillante de Deadly Weapons signée Optimo, ou les inflexions dark disco de Next One Is Real par les Français de Volga Select tandis que Maurice Fulton défigure la danse de Saint-Guy désordonnée de Happy Babouge. Quant au troisième disque, il propose trente expérimentations ou chutes de studio inédites, et livre une facette encore plus empirique de Minimal Compact. Ces pièces courtes, pour la plupart instrumentales, dévoilent un groupe inspiré et impressionniste, proche sur certains morceaux de son compagnon de label, Tuxedomoon. Une première reformation avortée en 1993 offre sur ce dernier volet quatre morceaux apaisés, dont une reprise de Bob Dylan (Lay, Lady Lay). De nouveau reformés en 2003, Samy Birnbach & co s’apprêtent à partir en tournée, après deux concerts remarqués à Bruxelles et à Rennes. La roue continue donc de tourner pour ces aventureux mélomanes. Et Returning Wheel est une belle introduction à ce groupe apatride, unique, ouvert à tous les styles, sans successeur. Puisque résolument à part.
Alexandre Cognard dans magic, n°77 de février 2004
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Ce fut l’un des concerts les plus saisissants des dernières Trans Musicales : le 4 décembre 2003, Minimal Compact, fraîchement réanimé après quinze ans de mort clinique, brûlait littéralement les planches et cramait les cervelles des spectateurs. Un simple feu de paille, attisé par le souffle de la nostalgie ? Au plus fort du revival eighties, ce retour d’outre-tombe, qui fait suite aux résurrections remarquées de Wire et Tuxedomoon, a naturellement de quoi éveiller quelques soupçons.
Certains en concluront que le rock n’en finit plus de bégayer et que l’avenir appartient désormais moins aux nouveaux venus qu’aux revenants. Pourtant, la leçon prodiguée par Minimal Compact est d’une tout autre nature. Aux groupes qui, depuis quelque temps, recyclent sans vergogne les sonorités post-punk et les transforment en accessoires de mode, ce fleuron de la new-wave continentale oppose l’éternelle jeunesse d’une musique dictée par l’urgence et la nécessité, qui n’a au fond jamais cessé de se conjuguer au présent.
La sensation tenace d’être étranger au monde, de se heurter à une réalité indéchiffrable : ce thème universel, beaucoup de formations du début des années 80 l’ont creusé jusqu’à l’obsession. Minimal Compact l’a exploré avec d’autant plus de densité et de mordant qu’il était à la base un véritable groupe de déracinés : quatre de ses cinq membres avaient quitté Israël pour les brumes d’Amsterdam et de Bruxelles. Combinant la sécheresse abrasive du post-punk et la luxuriance des mélopées moyen-orientales, la gestuelle hiératique de la new-wave et les vertiges du funk, leur musique formait un assemblage explosif de souvenirs, de tourments et d’espoirs, un mélange comburant de mélancolie, de rage et de passion : un de ces bagages à la fois fragiles et chargés d’histoire que traînent les éternels exilés. En trois volets (classiques, archives inédites et remixes), Returning Wheel retrace de façon magistrale l’épopée solitaire d’un groupe qui a su renouveler l’imaginaire rock et anticiper bien des métissages actuels.
Richard Robert dans Les inrockuptibles du 28 avril 2004
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Il est donc possible de remonter sur scène près de quinze ans après la dissolution de son groupe sans se ridiculiser. Samy Birnbach, Berry Sakharof, Rami Fortis, Malka Spigel et Max Franken en ont fait la démonstration lors d'un exaltant concert de reformation de Minimal Compact à l'occasion des dernières Transmusicales de Rennes.
C'est ce même groupe d'origine que l'on retrouve ce soir au Centre Pompidou, dans une grande et belle salle qui n'est malheureusement pas idéale pour un tel groupe de rock. Parallèlement à ces concerts, les Belges de Crammed, leur maison de disque historique, ont sorti un passionnant coffret permettant de s'initier aux mystères d'un groupe new wave atypique, formé en 1981 à Amsterdam par cinq Israéliens voyageurs. Trois riches CD associant classiques, archives et remixes bien vus (Volga Select, Optimo, Tiefschwarz...). Les Statik Dancin', I Imagine ou New Clear Twist de l'époque ont étonnamment peu vieilli. L'influence de groupes comme Joy Division ou Wire (la bassiste de Minimal Compact, Malka Spigel, épousera d'ailleurs Colin Newman) est évidente. Mais cette rigueur «cold wave» est contrebalancée par une ouverture sur l'Orient sans équivalent à l'époque (ou alors chez quelques autres excentriques cosmopolites du même label Crammed). Hier comme aujourd'hui, cette richesse sonore fait toute la force d'un groupe qu'il est urgent de (re)découvrir.
Alexis Bernier dans Libération du lundi 03 mai 2004
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