Genre : Rock alternatif Islande
Note : **
Éparpillés entre Reykjavik et Berlin, les membres de Múm viennent de donner suite aux splendides Yesterday Was Dramatic, Today Is Ok (Thule Music, 2000) et Finally We Are No-One (FatCat Records, 2002) qui les firent connaître en Europe. Au bord de l’asphyxie, la voix haut perchée de Kristin Ann Valtysdottir — sa jumelle Gya a pris la poudre d’escampette et manque cruellement au générique vocal — continue de nourrir une matière électronique raffinée dont la joliesse n’a d’équivalente recensée qu’en terre islandaise, nichée quelque part au creux des disques de Björk et d’Emiliana Torrini. En effet, s’il ne rajoute guère de vocabulaire à la prose de son prédécesseur, Summer Make Good émeut toutefois par ses thèmes à la mélancolie communicative et son abandon de toute notion de rythme au profit de longues nappes éthérées. Les douze titres s’enchaînent ainsi pour se fondre en un seul et même rêve délicieux auquel on s’abandonne sans retenue, certain d’avoir trouvé là le compagnon idéal de crépuscules douillets. Précisons d’ailleurs aux plus fervents adeptes de ce groupe à géométrie variable que l’édition japonaise de Summer Make Good offre en bonus quelques films Super-8 de son cru, comme pour mieux démontrer encore l’aspect éminemment visuel de ces compositions aériennes. Enfin et pour conclure, on ne saurait que trop recommander d’aller goûter la qualité de cette musique logicielle sur scène, Múm sillonnant ces jours-ci les routes de notre beau pays avec pour unique bagage quelques claviers analogiques, guitares acoustiques, ordinateurs portables et autres mélodicas vintage.
Renaud Paulik dans magic, n°79 d'avril 2004
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Il y a deux ans, le groupe Múm sortait un album hanté, le toujours beau Finally We Are No One, qui comportait un morceau, Green Grass of Tunnel, à la beauté pastorale, se dénouant doucement pour mieux embrasser, puis embraser, les oreilles. Ce disque s’est vendu à 100.000 exemplaires (dont 10.000 en France) : un exploit pour un groupe indépendant. Depuis, Múm a légèrement muté. Sa formation de base s’est réduite à trois personnes, les deux bidouilleurs Orvar et Gunnar et la chanteuse Kristin, la sœur de cette dernière ayant décidé de quitter la formation.
Malgré son titre, Summer Make Good est un disque hors saisons. Il débute par un morceau court où se mêlent les craquements d’un bateau en bois, pris en haute mer, et les notes d’une guitare furtive. Le disque se poursuit avec une grâce nonchalante et une fluidité envoûtante, mi-électronique et mi-pop, mi-diurne et mi-crépusculaire. Múm prend plus que jamais son temps pour construire ses atmosphères chavirées, placer ses rythmes et ses mélodies instrumentales graciles, au centre desquels le chant de Kristin délimite invariablement une zone d’apaisement feutré. Summer Make Good n’est pas un disque d’ordinateur, mais un album d’artisans sonores à la limite de l’autisme. Il se feuillette délicatement, à la manière d’un carnet de croquis intimes, dans lequel la nostalgie se mêle à un intense sentiment de modernité en marche. Ecrire le futur au passé : armé de sa grammaire islandaise, Múm fait cela mieux que personne.
Joseph Ghosn dans Les inrockuptibles du 14 avril 2004
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Orvar Smarason est prostré sur le canapé, tripotant son ordinateur portable comme un prolongement de son corps, à peine conscient du froid qui s'engouffre par la fenêtre voisine. On pourrait rester là des heures à se geler sans que le jeune homme aux cheveux blonds en tee-shirt ne s'enquière du but de la visite. Plutôt charmant quand il parle, l'élocution rocailleuse due à l'accent, Ovar Smarason est islandais. Ce point d'état civil éclaire l'attitude de l'ermite : satellisé à des milliers de kilomètres, aussi enflammé qu'une soupe de légumes, bref, convaincu que la musique se fait plutôt qu'elle ne s'explique.
La personnalité de Smarason adhère au plus près à Summer Make Good, troisième album du trio Mum, véritable congère où l'oxygène ne perce que par de rares trous de perdrix. Une douche froide de quarante-six minutes en catatonie cristallisée, où chaque son est amorti par une épaisse couche de neige.
Quand Finally We Are No One, leur précédent album, sorti en 2002, s'arrêtait à mi-chemin d'un parcours en tous points autistique, Summer Make Good pousse l'enfermement à son terme. Ecrits dans un phare au large de l'Islande, enregistrés dans une station météorologique désaffectée, les douze titres prennent la forme d'un concept album «bruineux et venteux» : «D'ordinaire, nous enregistrons nos partitions puis nous les remontons par ordinateur, explique Smarason. Pour Summer Make Good, nous avons voulu travailler par strates : mêler des prises de son extérieures à des instruments, remonter l'ensemble électroniquement, puis rejouer par-dessus. C'est aussi la première fois qu'Anna chante vraiment.»
Anna Valtysdottir a délaissé les murmures pour poser sa voix sur les sifflements et les notes éparses de harpe chinoise qui jalonnent l'ensemble. Depuis que sa jumelle Gyoa a quitté Mum pour privilégier ses études de violoncelle, la jeune femme s'est retrouvée au premier plan d'un groupe fuyant la personnalisation. Le timbre enfantin et les accents d'une langue absolument incompréhensible ajoutent à l'étrangeté de Summer Make Good. La formation se méfiant de toute étiquette, impossible de ne voir en eux que les nouveaux prophètes de la lande islandaise : «C'est un peu rasoir, qu'on nous assène à chaque fois le couplet sur nos origines, reprend Smarason. Je préfère que les gens aiment notre musique parce qu'elle correspond à leur état d'esprit, plutôt qu'ils la trouvent joliment pittoresque. En tout cas, c'est ainsi que nous l'avons composée.»
Disque atmosphérique rappelant les plus belles productions du label 4AD et notamment celles de This Mortal Coil, ou, évidemment, les gnomes rafraîchis de Sigur Ros, Summer Make Good est d'une veine electronica qui préfère les bricolages aux envolées lyriques. Les instruments à cordes s'entremêlent au vent, les compositions synthétiques aux percussions rêches, les plaintes brumeuses aux comptines pour enfants. Un mélange qu'on imagine difficile à retranscrire sur scène.
Pour Orvar Smarason, après de nombreux concerts à Berlin (où ils résident entre leurs enregistrements) et aux Etats-Unis, le trio semble prêt à donner un visage différent à Mum : «Notre musique est très difficile à transposer sur scène. On pensait utiliser des vidéos, avant d'abandonner devant la complexité de la tâche. Les concerts sont très importants pour nous : le public doit retrouver l'atmosphère de l'album, il doit être littéralement englobé par les sons. Du coup, avant chaque date, on répète sans arrêt pendant trois semaines.»
En dépit d'un manque criant de charisme, et d'un positionnement écolo-rêveur un brin léger («le travail des enfants, l'esclavage et la faim dans le monde sont des choses mauvaises»), Mum concentre les tenants d'une bande-son recroquevillée : sombre sans être lugubre, douce mais sans niaiserie.
Bruno Masi dans Libération du mardi 20 avril 2004
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La pochette du disque, à elle seule, mériterait une pleine page d’éloges. Carton épais, collages poétiques, art délicat façon do-it-yourself. Sophistication extrême, l’air de rien... A l’image de la musique du collectif islandais, manière de rock atmosphérique langoureux. Une musique faussement sauvage, très réfléchie en vérité, mais capable aussi de grands moments d’évasion, comme lorsque les mélodies tournoyantes et les rythmiques filandreuses prennent le large pour se réinventer dans de passionnantes digressions instrumentales. Chez Múm, il n’y a pas de chanteur, pas de batteur, pas de rôle attitré. Par contre, on entend résonner des voix (beaucoup d’enfants, notamment), des rythmes souterrains, des caisses entières de sons étranges — fanfares chétives, sirènes de bateaux perdus en mer, chants de baleine, (beaux) bruits de casseroles. Quelques guitares, aussi, mais à moitié cassées, et des pianos de bistrot, après la fermeture. Etrange symphonie faite de petits riens mêlés, concassés...
Plus d’une fois, Summer Make Good ressemble à une BO de film. Le type de thriller improbable que pourrait tourner Emir Kusturica s’il quittait le soleil des Balkans pour aller se perdre dans le Grand Nord. Un genre de polar déserté où le vent et la glace joueraient les rôles principaux. Le titre du disque dit pourtant que nous sommes en été, mais, mise en musique par ces Islandais férus d’avant-garde et de jazz, la chaude saison plafonne à 5 ou 6 degrés au-dessus de zéro. Raison de plus pour se lover dans les titres les plus habités, ces Weeping Rock, Rock ou Nightly Cares, qui opèrent comme des couvertures chauffantes. Froid à l’extérieur, chaud à l’intérieur (les fans de Dead Can Dance apprécieront), tel est le rock minéral de ces reclus de l’Atlantique. Pour tous ces moments de réconfort, thank you very much, Múm.
Emmanuel Tellier dans Télérama n°2836 du 22 mai 2004
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