Genre : folk USA
Note : ***
La pochette d’«American Stars’n Bars» témoignait d’une savante recherche d’images où les symboles et les contrastes s’enchevêtraient en une atmosphère à la fois outrée et grandiose. Celle de «Comes A Time» est d’une sèche simplicité, avec une photo en demi-teintes où un Neil Young vu de face regarde de côté en arborant un étrange sourire. Tel un galopin très fier d’avoir réussi un mauvais coup mais n’osant quand même pas le revendiquer trop ouvertement, il préfère éviter de nous regarder droit dans les yeux ; mais en écoutant ce nouveau disque l’auditeur ne peut pas oublier ce sourire narquois qui épie ses réactions. En général c’est l’artiste qui propose un disque au public, et celui-ci qui en toute sérénité va juger l’oeuvre. Mais Neil Young a depuis longtemps dépassé ce stade : c’est lui qui en toute sérénité va nous juger, et il s’en amuse d’avance. Renversement des rôles quand l’esclave enchaîne son maître...
Après le succès commercial de «Harvest» Neil Young avait connu une période où il livrait son coeur à nu d’une manière effroyablement directe (sur «Tonight’s The Night» en particulier), les réactions du public étant bien la dernière chose qui pouvait le préoccuper. Mais avec ce «Comes A Time» c’est un Neil Young régénéré, presque serein que nous découvrons. Certains trouveront là matière à déception, mais ce n’est pas le rôle du public de dicter à un artiste ses états d’âme en lui criant «souffre pour nous». D’autant plus que cet album, probablement le plus accessible et le plus facile de tous les disques de Neil Young, est dans son genre parfaitement réussi.
Bien que près de quarante musiciens aient participé à son enregistrement, il y règne une assez grande unité de son, marquée en particulier par les entrelacements des guitares acoustiques et le violon de l’acadien Rufus Thibodeaux (immortalisé par notre Michel Fugain national). On est loin des déferlements électriques de «Hurricane» ! Dans ce contexte acoustique et country, la rythmique se fait discrète et priorité est donnée à ces arrangements extrêmement soignés qui intègrent avec brio aussi bien des petites touches de guitare électrique qu’une section de cordes venue pimenter la musique, et non comme c’est trop souvent le cas l’affadir. Et, dominant tout cela, il y a la fantastique beauté de ces nouvelles chansons, pures et éclatantes comme un diamant brillant de tous ses feux (à l’exception quand même de ce «Already One» qui n’est qu’un auto-plagiat plutôt gênant de «Long May You Run», et elles effacent bien vite la déception causée par l’absence de merveilles découvertes lors de la tournée de 1976 comme «Too Far Gone» ou «Don’t Say You Lose». Quant à ceux qui voudraient savoir dès maintenant à quoi ressemblera le prochain disque de Neil Young, qu’ils écoutent ce qu’il chante sur «Field Of Opportunity» : I don’t have any answers — Je n’ai pas de réponses. Michel Lousquet dans BEST n°121 d'août 1978
© 1978 BEST. Tous droits réservés.


