Genre : Rock alternatif UK
Note : ***
Si les membres de New Model Army étaient américains, ils seraient sûrement traités en héros, ou au moins en losers magniflques. De leurs tronches de barbares graisseux aux innombrables hymnes qui constituent leur combat-rock flamboyant, ils font passer la plupart des bas du front du gros rock FM ricains pour les simples ouvriers du top-blaireau qu’ils sont. Mais les soudards de NMA ont deux tares, apparemment incontournables, qui les rendent désespérément impopulaires : ils sont anglais, de Bradford plus précisément, et loin d’être cons. Problème. Pourtant il serait criminel de réserver le même sort à «Thunder And Consolation» que celui qui condamna aux oubliettes le magnifique «Ghost Of Cain» en 86. Car si The Alarm a très vite peiné sur la distance, NMA continue de progresser à chaque album sans jamais perdre en chemin la rage des glorieux et meurtriers «No Rest», «Vengeance» ou «No Man’s Land» des débuts. Après Glyn Johns, c’est à Tom Dowd que Slade the Leveller et sa troupe se sont adressés pour recréer en studio l’énergie brute de leur rebel-rock. Mais le producteur d’Otis Redding et de Rod Stewart, trop pointilleux et perfectionniste, tapa vite sur le système de nos mercenaires, qui terminèrent l’album seuls. Le cisaillement des riffs, aussi bien de guitares que de basse, porté par la batterie galopante et infatigable de Robb Heaton, soutient sans relâche les refrains enflammés de «I Love The World», «Stupid Questions» ou «225». Le groupe montre qu’il est aussi capable de finesse sur la ballade dépouillée et acoustique «Family Life», où la voix de Slade dévoile toute la richesse de son timbre, ou sur l’arrangement éblouissant des violons sur l’épique «Vagabonds». «Thunder And Consolation», à défaut d’être un album révolutionnaire, est certainement le meilleur disque de rock-guerrier riche et dense depuis «War». Primaire, certes, mais bougrement jouissif et efficace.
Hugo Cassavetti dans Rock & Folk n°262 d'avril 1989
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