PALACE SONGS : Hope (1994) (*** WILL OLDHAM : les archives ***) posté le dimanche 07 mai 2006 09:11

Blog de cocosuodo : ~~ lost songs and other blues ~~ les archives rock, PALACE SONGS : Hope (1994)

Genre  :  country, folk USA
Note :  *****


Pour les moins de 30 ans, c'est par les écrits des anciens et les rééditions CD que la vérité est un jour apparue : nulle poussée d'acné du rock des années 80 ne saurait éclabousser les trônes de Roy Orbinson ou de Tim Buckley. Soit. Mais quelle frustration de ne pas avoir découvert ça tout seul, de ne pas l'avoir vécu en direct ! Nous aussi, nous aurions aimé tombé d'accord sur quelque chose, pouvoir donner des noms avec la certitude d'avoir raison. Puis il y a eu Will Oldham. Palace Brothers en groupe, Palace sans frères, Palace Brothers tout seul, aujourd'hui Palace Songs. Les hommes changent (ici des membres de Royal Trux et de Beautiful South), Will Oldham reste. Et nous tend la main. Avouons-le, nous avons eu peur pour lui. Peur qu'il nous quitte pour ce deuxième album fragile où il s'évertuait à souffler sur sa petite braise condamnée à mourir. On ne savait plus qu'attendre de Will Oldham, ni où l'attendre.  Hope, bien nommé mini-album. Will Oldham est retourné à l'endroit d'où il était parti : sur une piste de danse désuète et déserte, écoutant la musique parce qu'il n'y a plus personne avec qui danser. Will Oldham chante des histoires d'amour délavées. Comment les raconter, quel costume porter ? Celui de Nick Cave sur The good son — piano et orgue, un voile de gaz sur le tout —, encore jamais essayé par les Palace Brothers. Will Oldham ne sanglote plus. Cette voix sous étouffoir possède une force qui nous dépasse. Pauvre Nick Cave, qui passe pour un chanteur d'opérette face à Will Oldham. La comparaison s'arrête ici. On ne peut pas disséquer cette musique qui marche à l'aveugle sur des cimes émotionnelles rarement foulées auparavant. Will Oldham a ranimé sa petite braise, elle pourrait réchauffer le monde. Autant There Is No-one... était un disque douloureux — on redoute de l'écouter trop souvent de peur de foutre ses journées en l'air —, autant Hope est envoûtant. Un poison qui nous mange le coeur comme on aimerait que ça arrive plus souvent dans la vie réelle. L'orchestre déplumé des Palace Brothers vole aujourd'hui parmi les anges : ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu la respiration difficile et les larmes aux yeux en écoutant un album.
En un an et demi et une poignée de disques, les Palace Brothers ont disqualifié les trois quarts de ma discothèque.

Stéphane Deschamps dans Les Inrockuptibles n°62 hiver 1994-1995
© 1994 Les Inrockuptibles Multimedia. Tous droits réservés.




La première fois qu'on a entendu une chanson des Palace Brothers, c'était comme si un vieux copain un peu effacé nous avait avoué avoir passé les dix premières années de sa vie au fond d'un placard ou attaché à un radiateur. Nous connaissions cette musique – de la country d'amateurs enregistrée sur un grille-pain – mais nous découvrions l'effroi qu'elle pouvait encore susciter. Péril en la demeure. Les Palace Brothers : plaie sanglante et réouverte sur un corps qu'on croyait exsangue. Une herbe folle qui s'entête à pousser entre les dalles du caveau. Cauchemar d'un cowboy qui verrait son troupeau se jeter du haut d'une falaise.  Certains disent que les Palace Brothers de Will Oldham sont tristes et vieux. Faux. Les Palace Brothers sont beaux, purs, protégés des tares de l'époque. Ils transforment la détresse la plus noire en compagnon de route acceptable. Comme 1993, 1994 fut l'année des Palace Brothers : d'un concert français où l'on a cru voir Roy Orbison accompagné par Creedence Clearwater Revival ; de Will Oldham, jeune homme diaphane et insaisissable ; d'un deuxième album qui parlait à mots voilés de foi et du grand Meaulnes ; d'un troisième – six titres joués en groupe –, arrivé in extremis pour boucler l'année.

Stéphane Deschamps dans le supplément au n°62 Les Inrockuptibles décembre 1994
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